La Commission dévoile une nouvelle tricherie sur les émissions automobiles

Des constructeurs chercheraient à nouveau à contourner les règles d'émission de CO2. ©REUTERS

D’après les scientifiques de la Commission européenne, des constructeurs automobiles ont gonflé artificiellement leurs émissions de CO² de référence en vue de fausser les objectifs de réduction qui seront prévus pour 2025 et 2030. Le secteur dénonce des accusations farfelues.

Trois ans après le scandale du dieselgate, les scientifiques de la Commission européenne ont débusqué une nouvelle tricherie mise au point par l’industrie de l’automobile pour contourner les règles d’émissions de CO2. Aucun nom de constructeur n’a été dévoilé, mais l’affaire fait grand bruit.

Cette nouvelle manipulation pourrait réduire de moitié les ambitions de réductions d’émissions de CO2.

Dans un document interne et consulté par L’Echo, la Commission européenne affirme détenir des preuves selon lesquelles des constructeurs automobiles gonflent artificiellement les mesures de CO2 déclarées de leurs véhicules afin de fournir une référence plus élevée pour le calcul des nouvelles normes d’émission de 2025 et 2030.

Ces preuves ont été établies par le centre d’études scientifiques de la Commission européenne (JRC).

Cette nouvelle manipulation pourrait réduire de moitié les ambitions de réductions d’émissions de CO2. Et retarder la lutte contre les changements climatiques.

Pour rappel, à partir de 2021, une nouvelle norme d’émission entrera en vigueur dans l’UE, de 95 g de CO2 par km contre 130 g par km aujourd’hui. La vérification de cette norme est déjà réalisée sur les véhicules futurs, qui seront vendus et immatriculés dès 2020, en suivant la nouvelle méthode dite WLTP (Worldwide Light Vehicles Test Procedure).

Cette procédure, en vigueur depuis septembre dernier, est jugée plus rigoureuse que l’ancienne NEDC (New European Driving Cycle). Elle tient compte de nombreux paramètres, comme la résistance à l’air, au roulement et le poids du véhicule.

De plus, l’exécutif européen a fixé un objectif commun de réduction des émissions de CO2 de 30% pour 2030 et de 15% pour 2025. Ces objectifs seront calculés pour chaque constructeur par rapport aux niveaux d’émission de leur parc automobile en 2021.

"Retarder" la transition vers l’électrique

La Commission soupçonne l’industrie de profiter de la transition entre la procédure NEDC et WLTP pour hausser les mesures de CO2 qui serviront de référence ultérieurement.

"Après le dieselgate, les constructeurs automobiles avaient promis de changer."
William Todts
Directeur de Transport and Environment

Sur base des données fournies par les États européens, "il a été détecté que les constructeurs automobiles pourraient utiliser la transition de l’ancienne procédure de tests (NEDC) vers le WLTP pour gonfler leurs émissions en 2020", affirment les commissaires européens Miguel Canete et Elzbieta Bienkowska, chargés respectivement du Climat et de l’Industrie dans un courrier envoyé le 18 juillet dernier au Parlement européen et à la présidence autrichienne de l’UE.

D’après les calculs du JRC, basés sur l’examen d’une centaine de types de véhicules, l’écart moyen entre les mesures réelles d’émissions et les valeurs WLTP déclarées par les constructeurs pour 2020 seraient de 4,5%. L’écart le plus important serait de 13%.

Certains constructeurs iraient jusqu’à fausser les tests lors des essais en désactivant la fonction "démarrage/stop" du véhicule ou en utilisant des batteries déchargées afin de brûler plus de carburant et émettre plus de CO2.

"Après le dieselgate, les constructeurs automobiles avaient promis de changer. Les nouveaux tests étaient la solution", dit William Todts, directeur de l’association Transport and Environment (T&T). Maintenant, il est clair qu’ils utilisent ces nouveaux tests pour saper les nouvelles normes d’émissions de CO2 déjà très faibles. Il dénonce une "collusion" entre les constructeurs. "L’industrie automobile pourra continuer à vendre plus de diesel et retarder la transition vers les voitures électriques", regrette William Todts.

Des accusations "farfelues"

L’industrie automobile balaie ces accusations. "Nous avons travaillé dur pour aider la Commission européenne à développer les nouveaux tests en laboratoire WLTP", explique une porte-parole d’ACEA (European Automobile Manufacturers’ Association). WLTP introduit des conditions de tests beaucoup plus réalistes et solides, qui garantissent que les mesures en laboratoire reflètent mieux les performances sur route", ce qui expliquerait les mesures plus élevées. "L’ACEA et ses membres restent déterminés à aider la Commission à améliorer et à peaufiner le règlement WLTP, si nécessaire."

Volkswagen  , considéré comme l’auteur des tricheries du dieselgate, juge ces nouvelles accusations "farfelues". "Avec une augmentation artificielle des niveaux de WLTP, nous rendrions nos véhicules moins attractifs pour nos clients", dit le constructeur allemand.

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