La folle idée de la semaine: sortir Tesla de la Bourse

Pour Tesla, une sortie du Nasdaq serait au moins aussi périlleuse que son récent voyage dans l'espace. ©EPA

Sortir Tesla de la Bourse, l'idée d'Elon Musk a chamboulé les investisseurs en plein cœur de l'été. Une telle opération ne sera pourtant pas chose aisée.

En plein été, Elon Musk a secoué la planète finance habituée à ses déclarations tonitruantes sur Twitter. Cette fois, le patron de Tesla a été encore plus loin. Il a évoqué la possibilité de sortir sa société de la Bourse quand le cours de l’action atteindrait les 420 dollars, de quoi valoriser Tesla à environ 72 milliards de dollars, soit 62 milliards d’euros. Ce mercredi, le conseil d’administration de Tesla a brièvement confirmé étudier cette option depuis une semaine.

Mardi, l’information a provoqué la suspension de l’action Tesla à Wall Street alors qu’elle s’envolait de plus de 7%. La cotation a repris un quart d’heure avant la clôture et a terminé sur un bond de près de 11%. Si l’emblématique patron réussit son coup, la sortie de Tesla constituerait le plus important LBO (leveraged buy-out, acquisition financée par de la dette) de l’histoire.

Les jours qui ont suivi ont été plus chaotiques. L’autorité des marchés financiers américaine, la SEC, aurait décidé d’intensifier une enquête préliminaire sur Tesla.

D’autres sources de presse anglo-saxonne ont également laissé entendre que le comité de direction de Tesla allait se faire conseiller par des spécialistes financiers sur sa proposition. Le CEO devra alors se récuser le temps que le reste du management de Tesla évalue sa proposition.

Résultat, mercredi Tesla a corrigé de 2,4% mercredi puis de 4,8% jeudi. A l'heure d'écrire ces lignes vendredi vers 17h, l'action s'échangeait à 349 dollars, loin des 420 dollars évoqués par Musk et à des niveaux légèrement supérieurs à ceux de début de semaine.

Comment financer ? 

Dès mardi, la planète finance s’est demandée comment l’homme pourrait arriver à financer une telle opération. Elon Musk ne possède que 20% de sa compagnie. Il espère qu’un maximum d’actionnaires seront donc prêts à le rester une fois la société sortie de la Bourse.

Certains banquiers d’investissement et analystes se sont montrés plus sceptiques. Il va être difficile pour Musk, dont Forbes estime à 22 milliards de dollars le patrimoine net, de trouver les fonds nécessaires à l’opération compte tenu du fait que Tesla perd de l’argent. "La société a un flux de trésorerie négatif. Comment s’endetter quand le flux de trésorerie est négatif", a indiqué Stephen Kaplan, professeur de l’université de Chicago et spécialiste du capital-investissement. Trouver des partenaires et des financements bancaires est essentiel pour ce type d’opération.

Lorsqu’en 2013, Michael Dell a retiré de la Bourse le constructeur de PC éponyme moyennant 24,9 milliards de dollars, il a fait entrer le fonds d’investissement Silver Lake à son capital à hauteur de 1,4 milliard de dollars, a emprunté plus de 10 milliards de dollars auprès des banques et a reçu un prêt de 2 milliards de dollars de Microsoft.

Quand un abonné de Twitter a commenté le projet de Musk d’un "Exactement comme Dell; ça épargne beaucoup de migraines", Musk a répondu par l’affirmative. Ce dernier se plaint des contraintes trimestrielles de la cotation en Bourse qui induisent des objectifs à trop court terme. Il estime que sa société est la plus "shortée" de l’histoire et donc être victime des commentaires très négatifs de ceux qui jouent à la baisse sur sa société. Ces "shorteurs" auraient perdu des milliards de dollars suite au récent rallye de l’action.

Le constructeur de voitures électriques est endetté à hauteur de 10,9 milliards de dollars, perd de l’argent et ses obligations sont classées dans la catégorie spéculative par les agences de notation. Sans capacité à accroître son endettement, Elon Musk devra peut-être se tourner vers des sources de financement moins habituées à faire de la dette le moyen de rendement juteux, à l’exemple des sociétés de capital-investissement.

Fonds souverain

Les fonds souverains étrangers pourraient être une possibilité, estiment des banquiers d’investissement. Le Financial Times dévoilait mardi, une heure avant le tweet de Musk, que le fonds souverain saoudien Public Investment Fund (PIF) avait pris une participation entre 3 et 5% dans Tesla. PIF n’a pas répondu à la question de savoir s’il pourrait financer l’opération envisagée par Musk.

Le Vision Fund du groupe japonais Softbank, qui compte parmi ses investisseurs les fonds souverains d’Arabie saoudite et d’Abu Dhabi, est considéré comme un partenaire évident, au vu de son intérêt pour la technologie. Mais il n’a pas été contacté par Elon Musk, et ne semble pas intéressé, étant donné qu’il possède déjà une participation dans Cruise, la filiale de General Motors dédiée aux véhicules autonomes, et concurrente de Tesla, selon des sources de presse. SoftBank n’a pas souhaité s’exprimer.

Le géant technologique chinois Tencent Holdings, qui a pris une participation de 5% dans Tesla l’an dernier, pourrait aussi faire l’affaire. Cependant, la Commission des investissements étrangers américaine (Cfius), chargée d’étudier ces derniers au regard de la sécurité intérieure, examinera de très près toutes les sources de capitaux extérieurs.

Un coup à deux milliards

Le projet devra recevoir l’aval des actionnaires et du management de Tesla. La simple sortie de Musk est déjà une réussite en tant que telle. La hausse de 11% du titre a en effet fait passer le cours de l’action au-dessus d’un seuil important pour ses dettes convertibles. Ce faisant, des détenteurs de dettes, parmi lesquels George Soros, peuvent maintenant échanger des titres de dettes pour des actions, et ce pour un total de 2,3 milliards de dollars.

S’ils décident de le faire, leur profit sera colossal et aura pour effet de diminuer en partie la dette de Tesla. Ce qui est crucial dans le sens où Tesla devrait à nouveau s’endetter pour sortir de la Bourse.

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