La Formula E a des accents belges

©Panasonic Jaguar Racing

La Formula E sera à Bruxelles en juillet. Dans les coulisses de la discipline, la société Spark Racing Technology, détenue à 25% par les Liégeois de Sodaphi. Visite au sein de cette pépite qui entend vendre son savoir-faire bien au-delà des pistes.

Le lien entre Koekelberg et Tigery en île-de-France ne saute pas aux yeux. C’est pourtant ici que sont nés les bolides qui arpenteront les contours du Parc Elisabeth à Koekelberg le premier juillet. Après plusieurs péripéties, Bruxelles aura en effet sa course automobile dans le cadre de la troisième saison de la Formula E, la Formule 1 électrique.

Ce n’est pas le seul volet belge de cette aventure faite de watts et d’ingénierie. Les châssis de la voiture sont ceux de Spark Racing Technology, une société détenue à 25% par les Liégeois du groupe Sodaphi dirigé par Alexandre Dallemagne. Le reste appartient à Frédéric Vasseur, un homme fort dans le sport automobile qui dirige aujourd’hui l’équipe Renault en Formule 1.

"Tout est manuel car une voiture de course doit pouvoir être préparée rapidement."
Théophile gouzin
CEO de Spark racing technology

Au fil des saisons, la Formula E se fait connaître. Avec la pérennisation du championnat et l’obtention des licences pour les saisons 5 à 8, les bolides au design Spark donnent donc une visibilité intéressante.

À Tigery, les équipes de Spark ont investi un bâtiment flambant neuf. Dans les bureaux, quelques pièces de mécaniques, des décorations et surtout un gros simulateur de course vous rappellent que vous êtes dans un environnement de sport auto. Ici, l’actionnaire on l’appelle par son diminutif. Alex nous fait faire le tour du propriétaire avec une étincelle dans les yeux. Il nous met dans le simulateur. N’est pas pilote qui veut…

Alex est comme la plupart des employés un fils des circuits, un passionné. Le nouveau patron Théophile Gouzin, un ingénieur de formation, a lui fait ses armes en Formule 3 avant de rejoindre les équipes de Spark et de récemment reprendre le lead de la société. Ici, tout le monde l’appelle Théo.

Grands voyageurs

Chez Spark, si ce n’est un prototype, vous ne trouverez pas de bolides. Ceux-ci font le tour du monde et suivent la compétition. Lors de notre passage, les 40 voitures étaient en route pour Buenos Aires. D’ici leur arrivée à Bruxelles, ils auront certainement subi de nombreux remplacements de pièces. "La crise est aussi passée dans le sport auto. Les constructeurs sont ravis de trouver des plateformes dans lesquelles ils n’ont pas besoin de développer des voitures complètes. En Formula E, les équipes achètent un package avec un châssis, une batterie, un kit aéro, etc. Et du coup, les coûts sont maîtrisés, les budgets sont raisonnables", nous explique Théophile Gouzin.

Tout au long de la saison, les équipes de Spark font le tour du monde avec leurs bolides, et accompagnent les courses de Formula E. Ils aident au support technique des équipes. "Tout est manuel car une voiture de course doit pouvoir être préparée rapidement. Tout se passe sur une journée. Quand il y a un petit crash le matin, il faut que la voiture soit prête à midi pour la qualification", détaille l’ingénieur habitué des courses. Spark livre donc les pièces sur les circuits à travers le monde. Par défaut, une voiture de course est constamment démontée et remontée.

©Renault

Depuis que McLaren a décidé de se lancer dans la course en tant qu’écurie, les équipes de Spark gèrent également le pack batterie. "C’est très intéressant, on capitalise beaucoup sur cette expérience", dit Théo.

Aujourd’hui, les équipes travaillent sur deux fronts simultanément car depuis que Spark a remporté la soumission pour les châssis des saisons 5 à 8 du championnat, il s’agit de concevoir la nouvelle voiture en plus d’assurer le suivi de la compétition actuelle.

Bientôt une voiture par course

Pour l’instant, les pilotes changent de voiture une fois pendant la course. À partir de la saison 5, c’est fini. Une seule voiture devra tenir toute la course. Un vrai challenge. La batterie, c’est McLaren qui s’en charge, le châssis c’est Spark. Entre les deux équipes, un bras de fer amical est à l’œuvre, car il s’agit de faire rentrer la batterie dans le nouveau châssis. Les équipes de Spark demandent de diminuer la taille de la batterie, celles de McLaren de trouver de la place. "Il n’y a jamais trop de place dans une voiture de course pour tout mettre", sourit Théophile Gouzin.

La Formula E décolle bien. De nouveaux acteurs comme Audi s’engagent dans la compétition et de plus en plus de constructeurs sont impliqués. "On travaille avec des gens qui ont l’habitude d’avoir un certain standard." Chez Spark, on le sait, on sera très challengé par tous ces nouveaux arrivants.

D’ailleurs, les équipes des différentes écuries, la première chose qu’elles font c’est de démonter les voitures une fois reçues pour vérifier le montage et peindre les composants.

Chasse aux débouchés

L’autre challenge de Spark vient du fait qu’actuellement, la société dépend avant tout d’une discipline. Il s’agit donc pour la société de dégoter de nouveaux débouchés. C’est la volonté des actionnaires de la société. Spark a donc engagé en conséquence. Depuis juin dernier, Frédéric Le Gall a rejoint les équipes en tant que directeur du développement des ventes. Cet ancien d’Altran a cette mission de bien prospecter le marché et de trouver les débouchés adéquats. "C’est aujourd’hui qu’il faut se poser la question de la diversification de Spark qui est une pépite et pas dans 5 ans quand la Formula E pourrait risquer de s’essouffler pour eux", dit-il. Son idéal? "Du prototype innovant dans le premium, plutôt autour de l’hybride et l’électrique." Ça ne s’arrête pas à l’automobile, mais dans le transport au sens large, voire au-delà.

McLaren ou Williams ont pavé la voie avec des "applied technologies" dérivées de la course automobile qui génèrent des revenus conséquents.

Spark a déjà à son actif une étude sur l’hybridation dans une voiture essence d’un constructeur automobile dont Spark ne peut pas dévoiler le nom. Aéronautique, constructeurs automobiles, équipementiers, secteur militaire… Spark a de nombreuses cibles potentielles.

Dans les équipes de Spark, on se voit déjà développer une voiture de série. "Ça peut être un grand constructeur, mais pas obligatoirement. Mon rêve, ce serait par exemple un ‘Google car by Spark’. Se diriger vers des sociétés qui ne maîtrisent pas particulièrement la voiture, mais qui veulent mettre en avant leurs techniques propres", dit Le Gall.

En attendant, Spark fait de la prospection. Les Belges pourront, eux, admirer leurs créations avec la Basilique en toile de fond ce premier juillet.

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