analyse

La pénurie de semi-conducteurs contraint Audi Brussels à l'arrêt

Les 3.000 employés de l'usine de Forest d'Audi sont à l'arrêt cette semaine du 15 février. ©BELGAIMAGE

L'usine de production d'Audi à Forest est à l'arrêt cette semaine. La cause: une pénurie mondiale de composants électroniques amplifiée par la pandémie.

L'usine de production d'Audi était bien silencieuse ce lundi matin. La plupart des quelque 3.000 employés la peuplant habituellement ne se sont pas rendus sur place. Il en sera ainsi toute cette semaine et le chômage temporaire sera de mise. Et ils ne sont pas les seuls: en Allemagne, c'est une usine Ford qui a dû fermer ses portes durant un mois. Ailleurs en Europe, les Honda, Toyota, Volkswagen et Daimler ont annoncé faire face à des situations similaires.

"Nous suivons la situation de près et nos prévisions de production pour l'année 2020-21 ne sont pas menacées."
Peter D'hoore
Porte-parole d'Audi Brussels

À l'origine de ces arrêts forcés, un phénomène mondial: la pénurie de semi-conducteurs. Ces composants électroniques - ou puces -, aujourd'hui essentiels aux véhicules toujours plus connectés, sont en rupture de stock. Et c'est toute l'industrie qui en pâtit. Pourtant, chez Audi Brussels, le temps n'est pas à la panique. "L'usine ne produira pas cette semaine. Nous manquons de composants électroniques et nous devons temporairement adapter notre production. Cependant, nous suivons la situation de près et nos prévisions de production pour l'année 2020-21 ne sont pas menacées", résume Peter D'hoore, porte-parole de l'usine.

Chez Volvo à Gand, la pénurie est aussi bien réelle, mais ne causera pas, pour cette semaine du moins, d'interruption de la production. "La production n'est pas impactée pour l'instant", annonce Barbara Blomme, porte-parole du constructeur suédois. "La pénurie frappe le secteur depuis décembre et la situation est de plus en plus critique. Il est pour nous impossible d'avoir une vision à long-terme. On s'adapte au jour le jour", poursuit-elle.

"Beaucoup d'autres secteurs ont besoin du même genre de puces électroniques que l'automobile."
Barbara Blomme
Porte-parole de Volvo Gand

Coronavirus et digitalisation

Alors, comment expliquer cette pénurie qui, selon Peter D'hoore, "n'aurait jamais eu lieu sans la pandémie de Covid-19"? Pour la porte-parole de Volvo Gand, durant la pandémie, "beaucoup d'autres secteurs ont besoin du même genre de puces électroniques que l'automobile. Cela est vrai pour le gaming ou l'informatique par exemple. L'économie s'est donc remise en route plus vite que prévu et les fournisseurs n'arrivent plus à assumer cette hausse de la demande."

"Audi Brussels est victime de l'évolution de la voiture, de la digitalisation et de la pandémie de coronavirus."
Eric Desomer
Expert du secteur automobile chez Deloitte Belgium

Ces déductions de Barbara Blomme sont d'ailleurs partagées par Eric Desomer, l'expert numéro un de l'industrie automobile chez Deloitte en Belgique. "Audi Brussels est victime de l'évolution de la voiture, de la digitalisation et de la pandémie de coronavirus", lance-t-il. En effet, alors que les véhicules de dernière génération comptent toujours plus sur l'électronique et le numérique, la demande de semi-conducteurs grimpe. Logique. "Mais la demande de puces a explosé dans le monde du coronavirus parce que l'adoption de nouveaux modes de vie comme le télétravail concerne également d'autres industries. Et l'automobile est alors arrivée en bout de chaîne", explique l'expert.

Chaîne d'approvisionnement

L'industrie automobile entre donc en concurrence avec d'autres secteurs pour son approvisionnement en composants électroniques. Et, visiblement, les constructeurs ne sont pas non plus les premiers servis. Mais, pour Eric Desomer, le problème est aussi inhérent à la nature de la chaîne d'approvisionnement actuelle.

"Les chaînes d'approvisionnement sont aujourd'hui tellement intégrées que lorsqu'un problème surgit quelque part, ses effets se répercutent partout dans le monde."
Eric Desomer

"Les chaînes d'approvisionnement sont aujourd'hui tellement intégrées que lorsqu'un problème surgit quelque part, ses effets se répercutent partout dans le monde", observe-t-il. De plus, la concentration forte des producteurs de semi-conducteurs n'aide en rien. Aujourd'hui, le pouvoir de négociation des constructeurs automobiles auprès de leurs fournisseurs a tellement baissé qu'ils sont obligés de faire des choix en temps de crise. Dans le groupe Volkswagen, c'est aujourd'hui Audi Brussels qui en fait les frais.

Cette dépendance à l'international ne convient naturellement pas à tout le monde. Une chaîne d'approvisionnement intégrée et contrôlée par quelques fournisseurs répartis entre l'Europe de l'Est et l'Asie n'est pas de nature à rassurer les constructeurs automobiles. "Il n'y a pas assez de producteurs de puces", souligne Eric Desomer. "C'est pourquoi certains dirigeants entendent reprendre le contrôle sur ces actifs stratégiques. Joe Biden en a d'ailleurs fait l'un des points clés de son plan de relance", appuie-t-il.

Au-delà des effets de la pandémie, cette pénurie de semi-conducteurs se veut révélatrice d'une industrie souffrant de sa dépendance à quelques fournisseurs. Dans un monde toujours plus électrique et toujours plus numérique, la souveraineté sur la production de composants clés risque de devenir un sujet d'actualité. Au risque, pour les constructeurs, d'être sans cesse, relégués au second plan.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés