La révolution de Renault passera par la case austérité

Luca de Meo, patron du groupe Renault. ©EPA

Le nouveau plan stratégique de Renault fait la part belle aux économies, à la rentabilité, à la rationalisation, aux voitures "vertes" et aux business du futur.

C’est une révolution indispensable que présentait le nouveau patron du groupe Renault ce jeudi, Luca de Meo. Après les années Carlos Ghosn, marquées par une course aux volumes, il était temps de resserrer les boulons tout en préparant le constructeur pour le futur.

Le plan "Renaulution" de Luca de Meo n’y va donc pas par quatre chemins. Comme PSA l’a fait en son temps, il va d’abord falloir diminuer le nombre de voitures vendues pour être rentable. "Le point mort va devoir descendre de 30%", dit le CEO. L'objectif se tourne aussi vers une réduction des coûts - qui a déjà commencé. C’est la priorité pour la phase 2020-2023. D’ici 2023, les coûts fixes devront baisser de 2,5 milliards d’euros par an et de 3 milliards d'ici 2025.

Cap sur des nouveaux business

Luca de Meo veut aussi développer de nouveaux business. "Nous souhaitons devenir une société technologique qui intègre le véhicule et plus le contraire", dit-il. Il y aura bien sûr les services de mobilité, mais aussi la vente de services de données et de produits/services dans l’énergie. Renault se dit ouvert aux partenariats dans ces domaines et veut "devenir un acteur des technologies clés, du big data à la cybersécurité". 20% des revenus du groupe doivent être générés par ces nouveaux services d’ici 2030 et seront intégrés au sein d’une nouvelle marque, Mobilize dirigée par la CFO de Renault, Clotilde Debos.

Diminution des capacités

Le premier focus va concerner les capacités de production. Renault prévoit de réduire les siennes afin de passer de 3,9 millions de véhicules à 3,1 millions d’ici 2025. L’idée est d’en même temps maximiser l’utilisation des capacités. Actuellement, les usines ne tournent qu’à 70%. Elles doivent tourner à 90% d’ici 2023 et à 120% pour 2025.

"80% des voitures de Renault pourront être produites sur 3 plateformes (bases techniques des véhicules, NDLR) de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Cela équivaudra à 6 millions de véhicules pour toute l’alliance. Cela nous mènera en finale de la ligue des champions par rapport aux autres constructeurs automobiles", sourit le patron qui veut diminuer le temps de conception des nouveaux modèles à trois ans, contre 4 actuellement.

3%
Dès 2023, le groupe table déjà sur une marge opérationnelle de 3%, puis de 5% en 2025.

Avec la pandémie, Renault n’anticipe un retour à la normale pour le marché automobile qu’en 2023 dans les marchés émergents et en 2025 en Europe. Mais dès 2023, le groupe table déjà sur une marge opérationnelle de 3%, puis de 5% en 2025

Deuxième vie des véhicules électriques

En conséquence, certaines usines vont devoir arrêter la production pure et simple de voitures, mais Luca de Meo ne veut pas trop en dire à ce sujet et promet des transitions accompagnées pour les sites et les travailleurs qui seront concernés.

Il pointe cependant en exemple l’usine de Flins (Île-de-France) qui a été totalement repensée comme une usine avec des services dits de refactoring. Autrement dit, il s’agira de redonner une deuxième vie aux véhicules électriques qui résistent mieux au temps en changeant leur batterie. Des batteries qui seront reconverties en source de stockage d’énergie stationnaire, ce qui doit générer des revenus additionnels de 1.000 euros par batterie.

"Les services de refactoring vont devenir la marque de fabrique de Renault (...) La maîtrise de cette compétence pourrait redéfinir tout le business autour des voitures électriques."
Luca de Meo
Patron du groupe Renault

"Nous le savons d’expérience, nos batteries peuvent durer 10 ans sans problème. Ces services de refactoring vont devenir la marque de fabrique de Renault. C’est intéressant pour la valeur résiduelle. La maîtrise de cette compétence pourrait redéfinir tout le business autour des voitures électriques", insiste le patron qui met donc en avant une économie circulaire autour des véhicules électriques.

Empreinte géographique et avant-garde

"Nous sommes présents sur 130 pays, mais 75% des bénéfices viennent d’Europe et la moitié de nos bénéfices ne viennent que de 5 pays ", détaille Luca de Meo. Ceci, alors que deux tiers des travailleurs du groupe sont en dehors de l'Europe et qu’une vente sur deux se fait ailleurs dans le monde. Il ne s’agit pas d’abandonner les régions peu rentables pour Renault mais de revoir de fond en comble le positionnement vers des produits plus rentables dans ces régions.

-21,3%
Suite à la pandémie, le groupe Renault a vu ses ventes mondiales baisser de 21,3% en 2020 sur un marché en baisse de 14,2%.

Toute la structure du groupe est d'ailleurs revue. D’un côté, il y aura l’achat, la qualité, la production et l’ingénierie. De l’autre, les marques censées tirer l'ensemble groupe. Fini les modèles à petit budget s’appelant Renault ici et Dacia là-bas.

Dacia et Lada sont dans une seule unité. Dacia représente l’entrée de gamme sans partage avec Renault comme c'est le cas dans certaines régions du monde. Renault sera "la marque axée sur le cœur du marché" avec notamment des véhicules hybrides et électriques. La marque devra aussi se focaliser à nouveau sur le segment C en Europe, un segment bénéficiaire qui a fait les beaux jours du groupe par le passé avec la Mégane.

Alpine "va passer d’un positionnement nostalgique vers l’avant-garde de l’automobile", assure le CEO. La marque va donc centraliser toutes les activités de sport et ne vendra que des voitures haut de gamme 100% électriques. Alpine compte beaucoup sur la vitrine marketing des compétitions sportives, la F1 en particulier, pour se développer. Elle devrait devenir rentable d’ici 2025 (sans le sport). Les défis concernent aussi le court terme car avec le Covid, le groupe Renault a vu ses ventes mondiales baisser de 21,3% en 2020 sur un marché en baisse de 14,2%. La période reste donc des plus incertaines.

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