La voiture du Belge a pris un coup de vieux

©Siska Vandecasteele

La tendance est connue. Elle découle d’une certaine logique. Les voitures "durent" plus longtemps. Chaque année, depuis 20 ans, l’âge moyen du véhicule du Belge augmente en conséquence. Mais en raison de la crise, notre parc automobile vient de prendre un sérieux coup de vieux ces dernières années.

Eté 2014, fin de galère pour l’automobile en Europe. Selon les données du cabinet LMC Automotive, les immatriculations de véhicules "neufs" viennent une nouvelle fois de s’afficher en hausse en juillet, dans l’Union européenne. En croissance de 5% mensuellement comparé à 2013. Pour la première en sept ans, l’industrie peut espérer terminer l’année (2014) avec des volumes de ventes supérieurs à ceux de son exercice précédent. Mais alors que l’optimisme renaît dans les concessions et sur les lignes d’assemblage, de nombreux experts commencent à analyser comment la "crise" a changé le rapport du consommateur avec la voiture.

La crise a "tout" changé

Longtemps, la Belgique est passée à côté du "crash" commercial du secteur. Cette année encore les ventes des constructeurs affichent une relative stabilité chez nous, avec 323.099 citadines, SUV ou berlines immatriculées depuis le 1er janvier (- 0,3% au cumul des sept premiers).

En grattant les statistiques de la Fédération Belge de l’Automobile (Febiac), de nouvelles tendances sont néanmoins apparues. Le Belge s’est laissé séduire par le lowcost. Seul exemple, aucun groupe n’a fait mieux l’an dernier que Dacia dont les ventes ont progressé de 29,9%. En 2014, ce sont près de 70.000 voitures de la marque roumaine, filiale de Renault, qui circulent sur les routes du pays. Il n’y en avait encore que 9.604 il y a 5 ans (au 31/12/2009).

Entre "entrée de gamme" et haut luxe, le marché automobile en Belgique s’est polarisé. Alors que Mercedes (+ 14,6% en 2013), BMW et Audi ne s’en sont jamais mieux sorties qu’aujourd’hui, les enseignes généralistes trinquent. Opel (avec des ventes en baisse de 6% l’an dernier et de 5% sur le 1er semestre 2014) et Ford (tombé 8e constructeur) en premier lieu.

Mais le plus frappant, c’est la rapidité avec laquelle la voiture belge a vieilli.

La faute à la fiabilité

La tendance est connue. Elle découle d’une certaine logique. Les voitures "durent" plus longtemps. Chaque année, depuis 20 ans, l’âge moyen du véhicule wallon, flamand ou bruxellois augmente donc en conséquence. En quelques années de "crise", notre parc automobile vient pourtant de prendre un sérieux coup de vieux.

Fin 2013, un véhicule immatriculé en Belgique atteignait ainsi un âge moyen de 8 jours, 1 mois et 14 jours, selon les chiffres de la Febiac. Son ancienneté était encore de 8 ans et 28 jours fin 2012; et "seulement" de 7 ans, 10 mois et 21 jours il y a cinq ans.

À comparaison, la voiture belge n’avait vieilli que de 3 "petits" jours, entre 2005 et 2008. Elle, que les médias ont toujours présentée comme une petite jeune, n’est aujourd’hui plus bien loin de la "vieille poubelle" française qui affichait, en 2013, 8 ans et 3 mois d’âge moyen au compteur (soit exactement la moyenne d’âge également calculée à l’échelle de l’Union européenne).

Chez nous, un véhicule en circulation sur deux aurait aujourd’hui plus de cinq ans. Près d’un sur trois dépasserait la décennie (voir infographie ci-contre). "La première a qui l’industrie peut ou doit en vouloir, c’est elle-même", réagit Joost Kaesemans, directeur de la communication de la Febiac. "Les usines produisent des véhicules de plus en plus fiables, dont l’entretien est aussi devenu de plus en plus facile", continue-t-il.

Quand le moteur, la courroie et l’embrayage tiennent, pourquoi changer? Le secteur le reconnaît d’ailleurs sans détour. Le climat économique a aussi bridé les achats impulsifs.

Et aux contrats de "leasing"

Il n’y a pas que le coût à l’achat difficile à amortir. "Plus un véhicule est vieux, moins la taxe de mise en circulation sera élevée", complète Joost Kaesemans pour la Febiac qui prône pour une revalorisation à la hausse de la fiscalité à partir d’un certain âge. "Pour nettoyer le parc automobile de tous ses véhicules trop polluants".

Enfin, pendant des années, les marques automobiles ont profité du renouvellement particulièrement rapide (3-4 ans) des flottes de véhicules d’entreprise, pesant pour plus de la moitié du parc automobile en Belgique. Un "turnover" qui, artificiellement, rajeunissait la "voiture belge".

Sauf qu’en début de crise, "beaucoup de sociétés ont demandé pour prolonger la durée de leurs contrats de leasing ou renoncer à de nouvelles commandes", indique-t-on dans le secteur. D’après Leaseplan, N°1 des "leasers" en Belgique, "elles cherchent à nouveau des contrats plus courts". Selon le dernier rapport annuel de la Fédération Belge des Loueurs de Véhicules, néanmoins, un tiers des voitures louées par nos entreprises le sont aujourd’hui pour plus de quatre ans. Avec des contrats qui peuvent facilement dépasser les soixante mois.

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