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Lâcher le volant, c'est possible mais interdit

L'Audi A8 est prête depuis plusieurs années pour la conduite autonome de niveau 3. Mais la législation, elle, ne le permet pas. ©Audi

Tesla est dans le viseur de la sécurité routière américaine. Les voitures autonomes tardent à devenir réalité et, en attendant, le terme "Autopilot" gêne de plus en plus de monde.

Cela fait maintenant 6 ans que L'Echo a pu lâcher le volant d'une Audi capable de rouler toute seule à du 130 km/h sur autoroute. À l'époque, tout le monde pensait que la voiture sans chauffeur allait rapidement devenir une réalité.

Depuis, la rhétorique a changé. La voiture vraiment autonome, n'est pas encore au coin de la rue. En Europe, comme aux États-Unis, il est d'ailleurs toujours interdit de ne pas regarder la route pendant que vous êtes derrière le volant, quel que soit le modèle utilisé ou le système d'assistance à la conduite qui est activé.

Aux États-Unis, l'administration de Joe Biden a décidé de regarder de plus près la responsabilité des constructeurs, Tesla en premier lieu. L'agence américaine de la sécurité routière (NHTSA) ouvre une enquête préliminaire sur les systèmes d'assistants à la conduite (Autopilot) et les techniques mises en place pour surveiller, assister et faire respecter l'engagement du conducteur dans la conduite pendant son utilisation.

-4,32%
L'action Tesla a perdu 4,32% lundi après l'annonce de l'enquête préliminaire de l'Agence de sécurité routière. Elle perdait à nouveau plus de 3% en séance ce mardi vers 16h CEST.

Dans son viseur, onze accidents de la route ayant entraîné la mort d'une personne et fait 17 blessés. Ces onze accidents se sont produits entre janvier 2018 et aujourd'hui sur le territoire américain. "La NHTSA a confirmé que lors de chacune de ces affaires, le véhicule Tesla avait ou bien l'Autopilot, ou bien le système de régulateur de vitesse (Traffic Aware Cruise Control) activé juste avant les accidents", poursuit-elle.

"L'Autopilot, c'est à mon sens du Canada Dry, ça donne l'illusion d'avoir une voiture autonome, mais elle ne l'est pas."
Damien Deroanne
Expert en mobilité chez Romax Consult

"Statistiquement, Tesla a le plus de voitures équipées avec son système. L'Autopilot, c'est à mon sens du Canada Dry, ça donne l'illusion d'avoir une voiture autonome, mais elle ne l'est pas", estime Damien Deroanne, expert en mobilité chez Romax Consult.

C'est précisément ce que beaucoup reprochent à Tesla. Le Center for Auto Safety, un groupe de défense des consommateurs, s'est réjoui lundi de l'annonce de cette enquête, espérant que quelque chose sera "fait pour éviter de futurs blessés ou morts".

Conflit sémantique

"Nous demandons depuis des années à la NHTSA d'enquêter sur "l'Autopilot" et aux autorités de la concurrence (FTC) d'interdire à Tesla d'utiliser le terme trompeur d'Autopilot", a souligné son dirigeant Jason Levine.

En Chine, le terme d'Autopilot a également suscité de nombreuses polémiques par le passé. Li Xiang, le CEO du constructeur de véhicules électriques Li Auto y a ainsi plaidé ce mardi pour que les termes "self driving" et "autonomous" ne soient plus utilisés par l'industrie, car ils peuvent induire en erreur les consommateurs.

"Toutes les voitures disponibles aujourd'hui requièrent un contrôle humain tout le temps."
Agence américaine de la sécurité routière (NHTSA)

"Toutes les voitures disponibles aujourd'hui requièrent un contrôle humain tout le temps", explique la NHTSA. Le constructeur automobile américain dirigé par Elon Musk ne dit pas l'inverse, rappelant sur son site internet que la technologie Autopilot exige "une surveillance active de la part du conducteur et ne rend pas le véhicule autonome".

Par ailleurs, des systèmes de sécurité sont mis en place pour ne pas laisser le conducteur conduire sans ceinture ou pour que celui-ci ne puisse pas lâcher le volant trop longtemps.

Ce genre de système se retrouve dans de nombreuses voitures avec des dispositifs d'aide à la conduite comme chez Audi.

Le paradoxe du copilote

C'est tout le paradoxe des systèmes d'aide à la conduite actuels, ils se rapprochent de la conduite autonome, mais ne vous permettent pas de faire autre chose pendant que les systèmes sont actifs. Ils sont avant tout des copilotes plutôt que des systèmes autonomes.

L'Audi A8 est ainsi prête pour une conduite autonome de niveau 3 qui vous permettrait dans certaines situations de ne plus regarder la route et de faire autre chose. Certaines des voitures concepts d'Audi présentées aujourd'hui revendiquent déjà des niveaux autonomes de niveau 4 qui doivent permettre à la voiture de conduire toute seule dans des situations de circulation urbaines complexes (dernier niveau avant les voitures entièrement autonomes).

Mais malgré les avancées techniques, la législation n'a pas changé d'un iota si ce n'est sur la possibilité de réaliser des tests en conditions réelles.

"Audi AG voit un grand potentiel en termes de sécurité, d’efficacité et de confort", nous répond Sofie Luyckx, PR Manager d'Audi Belgique. Le développement de la technologie de voiture autonome se réalise désormais au niveau du groupe Volkswagen, mais la mise en œuvre de la conduite autonome "n’a de sens que si elle peut être utilisée".

"Audi n’introduira pas les fonctions de la conduite autonome tant qu’ils ne pourront pas en assumer la responsabilité."
Sofie Luyckx
PR Manager d'Audi Belgique

"Pour cela il faut des exigences clairement définies pour l’infrastructure ainsi que pour les interfaces de communication entre l’infrastructure et le véhicule. Il reste encore un long chemin à parcourir pour atteindre ce point, au niveau social, réglementaire et technique. Audi n’introduira pas les fonctions de la conduite autonome tant qu’ils ne pourront pas en assumer la responsabilité", détaille encore Luyckx.

Pour Damien Deroanne, la voiture de niveau 3 va bientôt arriver, par contre les voitures entièrement autonomes "ne seront pas pour notre génération", mais plutôt pour nos enfants. "La disparition du volant va prendre plus de temps. Ce qui va vraiment bloquer c’est l'accès psychologique. Il faudra que la clientèle demande de ne plus conduire pour que ça devienne une réalité", dit-il.

En revanche, des véhicules autonomes d'un autre type limités en vitesse sur des parcours sécurisés comme la navette autonome du Tec à Louvain-la-Neuve pourraient s'imposer plus rapidement.

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