Le CEO de Nissan reconnaît être surpayé grâce à un "système Ghosn"

Hiroto Saikawa, patron de Nissan, reconnaît avoir été payé de trop. ©EPA

Face aux révélations, Hiroto Saikawa s'excuse: "j'ai été rétribué sous une forme qui ne correspond pas aux règles en vigueur." Le CEO de Nissan aurait reçu un boni de plus de 400.000 euros.

"Je suis profondément désolé de l'inquiétude que j'ai causée." Ce sont en ces mots que le patron de Nissan, le Japonais Hiroto Saikawa, a reconnu avoir perçu une rémunération trop élevée. Il évoque un stratagème mis en place par le président déchu Carlos Ghosn, et donc en violation avec les procédures internes à Nissan.  

"J'ai reçu une rétribution sous une forme qui ne correspond pas aux règles en vigueur. Je pensais que cela résultait de procédures correctes."

Les révélations sur les salaires chez Nissan font suite à un audit internet dont les résultats ont fuité dans la presse. Il est question de 47 millions de yens (environ 400.000 euros) versés dans le cadre d'un mécanisme connu sous le nom "stock appreciation rights" (SAR). Il permet aux dirigeants de recevoir en numéraire une prime correspondant à la plus-value liée à l'augmentation de la valeur de l'action de leur entreprise au cours d'une période définie.

La galaxie Ghosn en cause 

Selon la chaîne américaine TBS, la gestion de cette partie de la rémunération était confiée au secrétariat dirigé par Greg Kelly, l'ancien bras droit de Ghosn.

47 millions
yens
Il est question d'un montant de 47 millions de yens (environ 400.000 euros) versé dans le cadre d'un mécanisme connu sous le nom "stock appreciation rights" (SAR).

Dans le chef de Nissan, on indique que l'opération n'a rien d'illégal. Une porte-parole ajoute que la réunion du conseil d'administration du 9 septembre permettra de faire le point sur les résultats de cet audit et de discuter d'éventuelles mesures disciplinaires. Quoi qu'il en soit, ces opérations jettent de l'ombre sur un groupe qui a promis d'améliorer la structure de sa gouvernance au lendemain de l'arrestation de son homme fort, Carlos Ghosn. Libéré sous caution, ce dernier prépare actuellement son procès, qui n'aura pas lieu avant mars prochain.

Saikawa n'est pas le seul visé. D'autres dirigeants auraient aussi profité du système.

Saikawa de plus en plus fragilisé

Dans la presse nippone, Greg Kelly, qui avait été arrêté en novembre dernier avec Carlos Ghosn, souligne que Hiroto Saikawa avait été autorisé en 2013 à rééchelonner un bonus lié à ses actions pour obtenir un gain de 47 millions de yens.

Libéré sous caution, Carlos Ghosn prépare actuellement son procès, qui n'aura pas lieu avant mars 2020.

Il avait, par ailleurs, lui-même apposé sa signature sur un document avalisant une minoration de revenus de Carlos Ghosn. Il avait aussi enfreint les règles de la compagnie pour s'offrir une propriété à Tokyo.

La position de Saikawa à la tête de Nissan "est à présent encore plus fragile qu'avant", parce que "l'intégrité est requise" pour un dirigeant, tout autant que les performances de son groupe, a estimé Tatsuo Yoshida, analyste automobile chez Bloomberg Intelligence. Le patron est donc en difficulté "sur les deux tableaux à la fois". De fait, les bénéfices et des ventes de Nissan dégringolent ce qui a entamé une profonde restructuration de ses activités de production dans le monde. En outre, les promesses d'une meilleure gouvernance faites par Saikawa s'effilochent, même si Nissan y travaille. 

Vers une meilleure gouvernance?

Les défaillances du système de gouvernance de Nissan avaient été mises au grand jour après l'arrestation de Carlos Ghosn, inculpé au Japon pour malversations financières que les procédures de contrôle internes n'avaient pas empêché. 

En juin, les actionnaires de Nissan ont voté en faveur de diverses mesures, notamment la création de trois nouveaux comités de surveillance chargés de la nomination des dirigeants, des questions de rémunération et de l'audit. Saikawa avait alors été reconduit dans ses fonctions, malgré le désaveu de certains actionnaires.

Émission obligataire reportée

À la suite des déclarations du jour, Nissan a reporté sine die une importante émission obligataire de 250 milliards de yens (2,12 milliards d'euros) initialement prévue ce jeudi.

Cependant le scandale ne portait pas préjudice à l'action Nissan, qui grimpait de près de 2% à 657,6 yens vers 12H46 (04H46 HB) à la Bourse de Tokyo, alors que l'indice vedette Nikkei était lui-même en fort rebond de 2,34%.

 

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