Le grand tabou du carsharing

©BELGA

La sinistralité est haute dans le carsharing. Poppy, la filiale de D'Ieteren qui a lancé son service à Anvers en janvier, l’apprend à ses dépens. C’est le défi de tout un secteur qui se veut fun, mais pas à l’abri des vandales.

La Golf électrique Poppy a démarré en trombe et grillé un feu rouge. Un autre conducteur a démarré au feu vert. Le conducteur de la Poppy a tenté une manœuvre d’évitement. La voiture a fini sur le flanc. Sinistre total pour un véhicule dont le prix catalogue commence à 38.450 euros.

Cela fait à peine trois mois que D’Ieteren s’est lancé dans le carsharing à Anvers avec sa filiale Poppy et ses 300 voitures. La société a déjà essuyé deux sinistres totaux. En février, des jeunes qui faisaient des "joy riding", du dérapage sur les parkings, avaient en effet perdu le contrôle d’une autre Poppy.

Ils vont crever des pneus, ou casser les petits carreaux pour voler les cartes essence.
Kate Croisier
en charge des activités belges de Zipcar

Sujet délicat

La sinistralité est un sujet plutôt tabou chez les sociétés de carsharing. Quand on couvre le secteur, on entend pourtant à de nombreuses reprises que ces voitures partagées en voient de toutes les couleurs et passent plus souvent qu’à leur tour en carrosserie. On a entendu, par exemple, que les véhicules DriveNow (BMW) ont souvent visité les garages et que la société avait essuyé 6 sinistres totaux la première année.

"Les fraudes et les dommages arrivent par vague", nous confie Kate Croisier en charge des activités belges de Zipcar. "Ils vont crever des pneus, ou casser les petits carreaux pour voler les cartes essence. Ça arrive assez fréquemment. Ce genre de mésaventure fluctue beaucoup d’un mois à un autre. Cela peut passer du simple au triple", ajoute-t-elle.

Zipcar a aussi dû faire face à quelques pertes totales et les travaux de carrosserie représentent un coût important de l’activité. Kate Croisier rappelle néanmoins que Zipcar, filiale du groupe Avis Budget, est active depuis 2000 dans le carsharing et compte plus de 12.000 voitures partagées dans le monde. Zipcar a donc une grosse expérience dans les dommages. "Bruxelles n’est pas tellement différente d’une autre ville", insiste Croisier. Rappelons néanmoins que DriveNow (BMW) ou Zipcar ne desservent pas la majeure partie de la capitale.

Zipcar a aussi l’avantage d’être assuré au niveau de sa maison-mère, ce qui rend donc les problèmes de Bruxelles plus anecdotiques que ceux d’acteurs locaux. Cela ne veut pas dire que le service n’a pas son lot d’anecdotes. Zipcar a, par exemple, intercepté une de ses voitures sur un bateau qui allait partir ver l’Afrique dans le port d’Anvers…

Poppy se fait assurer par Baloise. On y est heureux que les deux gros accidents rencontrés lors des premiers mois d’activité n’aient pas fait de blessé tant humainement qu’économiquement.

Énormément de clients ne sont pas du tout là pour le côté social ou environnemental du véhicule partagé, mais simplement parce qu’ils ne savent pas se payer un crédit auto.
Serge Starckmann
CEO de Zen Car

Public compliqué

Dans le carsharing, si le message se veut en général rassurant, il est bien plus tranché chez des acteurs locaux comme Zen Car. Ici, on déplore une sinistralité de plus en plus incontrôlable sur le marché des particuliers. "Dans le B2C, on observe une incivilité permanente. Énormément de clients ne sont pas du tout là pour le côté social ou environnemental du véhicule partagé, mais simplement parce qu’ils ne savent pas se payer un crédit auto", déplore Serge Starckmann, CEO de la société de voitures partagées électriques de Bruxelles.

6 pertes
pour DriveNow
DriveNow a enregistré 6 pertes totales lors de sa première année à Bruxelles.

Aujourd’hui, Zen Car possède 80% de clients B2B et seulement 20% de clients B2C. C’est ce qui sauve la société selon son patron qui explique ne pas avoir les moyens des gros acteurs du secteur face à ce type de dommages récurrents. "Si j’étais à 50% B2B et à 50% B2C, je pourrais fermer boutique", assure Starckmann.

Quand il a un sinistre, il tombe souvent sur des cartes de crédit qui ne sont pas suffisamment alimentées. C’est le genre de problème pour récupérer les franchises des utilisateurs. Négocier avec les assureurs est d’autant plus compliqué à mesurer que la sinistralité augmente, mais ce n’est pas tout. " Il me faut 3 mois pour remplacer une voiture en sinistre total. Je perds donc 3 mois de business pour cette voiture", ajoute Starckmann.

→ Que faire?

Le revers de la médaille du carsharing, D’Ieteren l’apprend donc de la manière dure. Poppy va mettre en place quelques mesures pour diminuer le risque et améliorer le niveau de sinistralité. Poppy va ainsi passer de 6 à 24 mois d’expérience requise de conduite. "Nous n’avons pas vocation à apprendre aux jeunes à conduire", explique Valentin Haarscher, administrateur de Poppy.

La société va augmenter la franchise de 650 euros à 950 euros. En payant un euro de plus, vous ne pourrez plus diviser la franchise par deux, mais seulement la diminuer de 200 euros. "Ensuite, on met en place des outils de télématique pour connaître la façon dont les gens conduisent, et peut-être ajouter de la gamification", détaille Valentin Haarscher.

Comme la jeune société n’a pas de liste noire, ni accès à celles des assureurs, elle doit faire le travail elle-même pour exclure les mauvais utilisateurs, mais aussi récompenser les utilisateurs qui ont les bons comportements.

Tout un défi pour des sociétés qui se veulent à la fois sympas et protégées des mauvais comportements des utilisateurs.

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