Le patron de Jeep succède à Marchionne

Sergio Marchionne, président et CEO de Fiat SpA et Chrysler Group. ©Bloomberg

Malade, Sergio Marchionne, le patron de Fiat Chrysler (FCA) ne pourra reprendre ses fonctions. Michael Manley, patron du constructeur Jeep a été désigné à la tête de FCA.

 

 

Sergio Marchionne, le patron emblématique de Fiat Chrysler (FCA), Ferrari et CNH Industrial, est malade et les administrateurs des trois groupes se réunisssaient en urgence samedi de son remplacement. Le groupe automobile a désigné à sa tête l'actuel patron de la marque Jeep, Michael Manley. 

michael Manley ©fca

Agé de 54 ans, le Britannique est l'opérateur du succès extraordinaire de la marque Jeep dans le monde. Il a rejoint Chrysler au Royaume-Uni en 2000 lorsque le constructeur faisait encore partie du groupe Daimler. Il a été désigné à la tête de la marque en 2009 lors de l'acquisition de Chrysler par Fiat. C'est lui qui a fait de l'emblématique marque américaine et de RAM, fabricant de pick-up et de vans, une machine à cash pour l'ensemble du groupe. Les analystes estime que Jeep seule justifie les 30 milliards de capitalisation boursière de l'ensemble du groupe. 

Jeep et RAM sont considérés comme des joyaux de FCA. Selon Morgan Stanley, Jeep devrait d'ailleurs représenter à lui seul près de 70% des profits du groupe cette année. Sous la direction de M. Manley, le constructeur américain est passé de 337.000 véhicules vendus en 2008, à 80% en Amérique du Nord, à près de 1,4 million en 2017, et vise 1,9 million cette année.

Mike Manley sera chargé de mettre en place le plan stratégique récemment défini par Marchionne.

Agé de 66 ans, Marchionne a subi une opération chirurgicale en juin, officiellement à l'épaule droite. "Durant cette semaine, des complications inattendues se sont produites dans la santé de Sergio Marchionne", reconnaît FCA dans un communiqué. "Mr Marchionne se remettait d'une opération mais son état s'est détérioré significativement ces dernières heures. Par voie de conséquences, il sera incapable de reprendre ses fonctions.

En 14 ans, il a profondément remodelé le groupe, d'abord en redressant Fiat, puis en l'alliant en 2014 à l'américain Chrysler, avant de procéder en janvier 2016 à la séparation de Ferrari. Il en a gardé beaucoup de casquettes en même temps: administrateur délégué de FCA, PDG de Ferrari et président de la holding CNH Industrial.

Les conseils d'administration des trois entités étaient prévus dans l'après-midi, et chacun des trois groupes doit décider entre trouver une solution provisoire en attendant le retour de Marchionne ou organiser sa succession dans l'urgence. Le manager italo-canadien aux éternels pulls ou polos noirs, qui avait pris les commandes de Fiat en 2004, prévoyait de passer les rênes de FCA dans le courant de l'année 2019.

Chez Ferrari, c'est John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli, qui prend la présidence. ouis Carey Camilleri, déjà membre du conseil d'administration de Ferrari, devient directeur général. Né en 1955 dans une famille maltaise à Alexandrie (Egypte), Camilleri a fait ses études à Lausanne (Suisse). Entré en 1978 chez Philip Morris, il est depuis 2002 le PDG de ce groupe très lié à Ferrari via le sponsoring de la Scuderia. Il s'est retrouvé plusieurs fois à la une des tabloïds depuis l'année dernière pour sa relation avec la supermodel Naomi Campbell.

Transition douce possible

Du changement aussi chez SGS

Le groupe suisse SGS, numéro un mondial de l'inspection et de la certification de produits duquel GBL détient 16,6% du capital, a annoncé dimanche avoir nommé Peter Kalantzis comme président par intérim pour remplacer Sergio Marchionne. L'homme de 66 ans siégeait au conseil d'administration depuis de nombreuses années. Il va rester à ce poste jusqu'à la prochaine assemblée générale. 

La question de ma succession est "difficile, mais nous trouverons la personne adaptée et capable, ayez confiance", avait-il lancé. Outre Manley, qui partage avec Marchionne le goût pour les vêtements sports, les principaux candidats selon la presse étaient le directeur financier de FCA Richard Palmer, de même que Alfredo Altavilla, responsable des activités européennes du groupe, et un outsider turinois, Pietro Gorlier, PDG de Magnetti Marelli.

"Comme FCA cherche un successeur depuis quelques temps, et que le successeur a participé à l'élaboration du plan sur cinq ans récemment annoncé, la transition pourrait se faire malgré tout en douceur", a estimé Stephanie Brinley, experte automobile au cabinet IHS Markit."Même si le conseil d'administration ne s'attendait pas à opérer le changement maintenant, les préparatifs devaient être en cours", a-t-elle ajouté.

Début juin, Marchionne avait présenté ce plan 2018-2022 de FCA, qui entend mettre l'accent sur ses marques "premium" -- Jeep, Alfa Romeo, Maserati, Ram -- et réduire la part du diesel au profit de véhicules hybrides et électriques.

FCA prévoyait de parvenir à porter à zéro sa dette nette industrielle fin juin. Un immense défi puisqu'elle s'élevait à 7,7 milliards d'euros fin 2014.

Le constructeur a enregistré en 2017 de nouveaux résultats record, mais en janvier il s'était montré plus prudent pour cette année. Au premier trimestre, FCA a vu son bénéfice net bondir de 59% à 1,021 milliard d'euros et a confirmé ses objectifs pour 2018: un chiffre d'affaires de 125 milliards d'euros et un bénéfice net ajusté de 5 milliards d'euros.

Les ventes et bénéfices de Ferrari aussi accumulent les records ces dernières années. La célèbre marque au cheval cabré qui limite volontairement sa production pour maintenir son caractère exclusif, a réalisé sur l'année un chiffre d'affaires de 3,417 milliards d'euros (+10%) et un bénéfice net de 537 millions d'euros (+34%).

Le patron à poigne qui a transformé Fiat

L'italo-canadien Sergio Marchionne à la tête de Fiat Chrysler depuis 14 ans est un homme à poigne qui a redressé le groupe pour en faire un mastodonte international de la construction automobile.

Peu connu en 2004 lors de son arrivée à la direction du constructeur turinois, alors au bord du gouffre, il sauve le plus grand groupe du pays sans casse sociale. En 2009, il ajoute une dimension internationale à l'emblématique Fiat en s'alliant à l'américain Chrysler avec pour objectif d'en faire l'un des premiers constructeurs mondiaux.

Neuf ans après, Marchionne, âgé de 66 ans, a pu se féliciter, lors de la présentation du nouveau plan stratégique de FCA en juin, d'avoir ramené la dette industrielle du groupe à zéro, un immense défi puisque qu'elle atteignait 7,7 milliards d'euros fin 2014. 

Franc-parler et main de fer

Réduction de coûts, nouveaux modèles, attention portée au design: en 2005, Sergio Marchionne, manager au visage rond et à la voix rauque de fumeur, fait sortir Fiat du rouge après quatre ans de pertes.  Mais la culture anglo-saxonne et le franc-parler de Marchionne, qui dit être parfois "dégoûté" par les relations sociales en Italie, fait grincer des dents dans la péninsule. 

Derrière l'absence de manières et l'apparente décontraction du personnage presque toujours vêtu d'un pull-over sombre, se cache en effet un patron implacable qui, dès son arrivée chez Fiat, a renvoyé des dizaines de hiérarques et mis en avant une équipe de jeunes dirigeants
"J'évalue en continu mes collaborateurs, je leur donne des notes et je leur dis attention: à celui qui s'assoit, je lui retire la chaise", raconte-t-il. 
Bourreau de travail, il n'hésite pas à imposer des cadences infernales à ses équipes pour prendre de vitesse la concurrence, comme lorsqu'il décide d'avancer de trois mois le lancement de la nouvelle Fiat 500 en 2007. 

Chrysler, son coup de maître

Dès le début de la crise en 2008, Marchionne ne perd pas une minute pour s'adapter. Alors qu'il ne jurait que par les "alliances ciblées", nouées au cas par cas depuis le divorce de Fiat avec l'américain General Motors en 2005, il claironne qu'un choix s'impose: grossir ou mourir

En janvier 2009, Fiat annonce son projet d'alliance avec Chrysler. En juin, l'américain sort du dépôt de bilan, Fiat en prend le contrôle opérationnel sans débourser un centime et Marchionne en devient le directeur général. 

Ce mariage avec Chrysler a un parfum de revanche pour le patron qui a quitté la région pauvre des Abruzzes en Italie à l'âge de 14 ans pour le Canada avec ses parents. "Je parlais anglais avec un fort accent italien. J'ai mis plus de six années à le perdre, six ans de perdus avec les filles", confiait-il en mai 2009 à La Stampa.

Marchionne, qui a deux enfants, a étudié le droit et le management au Canada et débuté sa carrière comme spécialiste fiscal pour Deloitte and Touche. Avant de rejoindre Fiat, il a été directeur général du groupe suisse SGS, numéro un mondial de la certification, dont il est toujours président. 

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