analyse

Le patron de Renault déplore en détail l'échec de la fusion avec FCA

©EPA-EFE

Conforté à son poste par une très large majorité d’actionnaires, il reste à Jean-Dominique Senard à retrouver un projet de taille critique. Tout en réglant les difficultés avec Nissan.

Si la question n’avait pas été abordée, il l’aurait fait de lui-même. Le patron du groupe Renault qui s’exprimait ce mercredi à Paris devant ses actionnaires convoqués en assemblée générale, n’a pas caché sa désolation à l’égard de la fusion avortée avec le groupe Fiat Chrysler (FCA). Jean-Dominique Senard a fait part de sa conviction quant à la pertinence d’un tel rapprochement. Tout en admettant, au passage, que l’histoire industrielle était pavée d’exemples de fusions entre égaux qui ne l’étaient pas vraiment. Cependant que le retrait très sec, le 6 juin, de l’offre de FCA, a mis fin selon lui à l’opportunité de créer un géant européen. De toute évidence, le président du groupe Renault en avait suffisamment sur le cœur pour raconter à sa façon la transmutation d’un succès pressenti, souhaité, en échec avéré.

Tsunami en vue

Devant une salle comble, le successeur du charismatique Carlos Ghosn a tout d’abord mis en avant la nécessité d’atteindre une taille critique face à un marché chinois de plus en plus dangereux. Prenant comme exemple son passé chez Michelin, il a expliqué que l’industriel de Clermont-Ferrand avait vu passer les parts de marché des fabricants chinois de pneumatiques de 5 à 30% en Europe, rien qu’entre 2012 et 2018.

Pour Jean-Dominique Senard, désormais et en l’état, le sujet FCA "n’existe plus".

Pédagogue, Jean-Dominique Senard a prédit un "tsunami" équivalent dans l’automobile, de la part d’un pays ou de nouveaux constructeurs apparaissent sans cesse. C’est pourquoi, a-t-il détaillé, lorsque le ministre français de l’Economie et des Finances est venu le voir "il y a quelques mois" afin de lui suggérer de prendre contact avec les dirigeants de FCA, il a "tout de suite réalisé" qu’il y avait là une "circonstance tout à fait intéressante" pour le groupe Renault et son éventail de marques comme Nissan, Mitsubishi, Samsung Motors ou encore le russe Avtovaz.

La mine gourmande, il a évoqué des enseignes comme Maserati ou Alfa Romeo qui auraient pu apporter des "synergies valorisantes et robustes".

Davantage pragmatique, il a évoqué une "performance" potentielle qui aurait été "incroyablement multipliée" avec la fusion, sans compter, a-t-il ajouté, la "force de frappe" qu’aurait constitué la juxtaposition des pôles de recherche réciproques.

Mais lors d’un conseil d’administration qui aurait dû déboucher sur un accord non engageant (avant de le devenir en septembre) les représentants de l’Etat français (15% du capital) ont fait savoir qu’ils n’encourageaient plus un rapprochement qu’ils avaient pourtant suggéré, ce qui a conduit FCA à quitter la table de jeu. Pour Jean-Dominique Senard, désormais et en l’état, le sujet "n’existe plus".

Au lendemain de l'assemblée, le ministre Bruno Le Maire a réagi: "l'Etat n'a pas fait capoter le mariage avec Fiat Chrysler. Tant que l'Etat sera actionnaire de référence de Renault, il jouera pleinement et entièrement ce rôle." Une rencontre est prévue ce jeudi à Bercy entre le ministre et Senard.

Ne réveillons pas le Fuji Yama

Il reste au patron de Renault à affronter les problèmes qui existaient déjà avant le projet avorté et singulièrement celui du groupe Nissan, sur l’épineux problème de gouvernance. Le groupe français détient en effet 40% du capital d’un constructeur japonais remis en selle sous la présidence de Carlos Ghosn. Le premier détient plus de 40% du capital (contre 15% pour Nissan chez Renault) ce qui, a priori, offre à la marque française un rapport de force favorable. Mais le cas Carlos Ghosn est passé par là, faisant surgir des inimitiés et des rancœurs jusque-là glissées sous le tapis.

Jean-Dominique Senard va devoir faire preuve de diplomatie là où son prédécesseur imposait sa volonté.

Jean-Dominique Senard va devoir faire preuve de diplomatie là où son prédécesseur imposait sa volonté, afin que les deux représentants du constructeur automobile français au conseil d’administration de son partenaire japonais puissent siéger aux puissants comités du conseil. Or Nissan n’est disposé à offrir un siège qu’au patron de Renault et non pas à Thierry Bolloré, directeur général du groupe, ce qui semble inacceptable à l’actionnaire tricolore.

Jean-Domique Senard a néanmoins tenu à relativiser ce champ conflictuel en affirmant avec un brin d’humour qu’il n’y avait pas en l’occurrence "de quoi réveiller les volcans d’Auvergne ni même le Fuji-Yama". Au moins a-t-il pu se consoler avec les actionnaires qui ont approuvé sa nomination à plus de 90% des voix. De quoi se sentir tranquillisé pour retrouver la voie d’une taille critique. Sans FCA.

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