Le secteur auto bataille pour éviter les amendes

©AFP

2020 est une année cruciale pour les constructeurs qui doivent atteindre des moyennes de 95 grammes de CO2par kilomètre. Le secteur se montre volontariste dans le cadre du "green deal" européen. Il pose néanmoins un plan en 10 points pour arriver à la neutralité carbone.

Les constructeurs européens ont décidé de jouer la carte du message positif en ce début d’année 2020. Michael Manley, le CEO de Fiat Chrysler Automobiles qui a pris la présidence de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) en décembre était à Bruxelles ce mercredi pour prêcher la bonne parole.

2020 signe selon lui le début d’une décennie qui va "redessiner la mobilité". Il dit donc ouvertement que les constructeurs automobiles croient dans les objectifs du "green deal" européen visant à arriver à une Europe zéro carbone en 2050.

Partie serrée

Mais la partie va être serrée. Le marché automobile européen est ainsi attendu en baisse de 2% cette année après des années de hausse. L’association assure néanmoins que cela ne l’empêche pas de mettre en œuvre son plan en 10 points pour le green deal.

Il faut dire que 2020 est une année cruciale pour le secteur, car les constructeurs vont devoir atteindre des moyennes de flottes vendues de 95 grammes de CO2 par kilomètre sous peine d’amendes. Les amendes sont de 95 euros par gramme excédentaire par voiture vendue. De quoi atteindre des montants colossaux pour les constructeurs automobiles.

Tous les constructeurs sont concentrés pour atteindre leurs objectifs CO2.
MiChael Manley
Président de l’ACEA

La vague d’immatriculations massives des constructeurs automobiles en décembre dernier est aussi à comprendre de cette manière. "Il y a eu un équilibrage des stocks en 2019 pour commencer 2020 de la meilleure manière possible", nous avoue Michael Manley. Les véhicules déjà immatriculés par les réseaux en 2019 ne rentreront en effet pas dans les moyennes en 2020.

On lui demande si les constructeurs sont prêts pour ne pas payer ces grosses amendes fin d’année, il répond que de "nouveaux véhicules basses émissions" sont mis sur le marché. Les véhicules électriques par exemple ont droit à des super-crédits cette année. Un véhicule "zéro émission" en vaudra deux dans les moyennes, puis ces super-crédits vont diminuer dans les années suivantes. "Tous les constructeurs sont concentrés pour atteindre leurs objectifs CO2. On verra où l’on se situe à la fin de l’année", dit Michael Manley.

L’homme portait sa casquette de président de l’ACEA, il ne répondait donc pas aux questions sur sa propre société FCA. Celle-ci a défrayé la chronique en signant un accord à deux milliards de dollars avec Tesla pour intégrer les Tesla dans sa moyenne CO2 en Europe. Selon la banque d’investissement américaine Robert W. Baird & Co., le montage passerait via un investissement trimestriel de FCA entre 150 et 200 millions de dollars que Tesla pourrait notamment utiliser pour la construction de son usine près de Berlin.

Du puits à la roue

À l’ACEA, on rappelle que tous ces objectifs de réduction de CO2 des voitures se font du "réservoir à la roue" jusqu’en 2030. Ces objectifs ne tiennent donc pas compte de la production des véhicules et de l’énergie pour les alimenter, une critique récurrente que l’on entend sur le véhicule électrique.

Michael Manley a cependant taclé en conférence de presse l’idée que seule l’Europe ferait des efforts en matière de CO2 des voitures. "Toutes les régions dans le monde ont des plans pour réduire les émissions de CO2", dit-il. Mais avec des différences fondamentales sur certains aspects, développe-t-il en substance. Certaines régions considérant les biofuels comme écologiques, d’autres ayant des plans du puits à la roue.

L’ACEA a accepté que ces objectifs du "réservoir à la roue" seront d’application jusqu’en 2030 en Europe. Pour rappel, les constructeurs automobiles devront à nouveau diminuer les émissions de leurs véhicules de 37,5% d’ici 2030 par rapport à leurs moyennes 2021.

L’association demande néanmoins qu’un concept plus large du "puits à la roue" soit appliqué après 2030 pour diviser les responsabilités entre les différents secteurs de la chaîne industrielle.

Ce n’est évidemment pas la seule demande de l’ACEA qui a listé un plan en 10 points pour aller vers le "green deal" tout en protégeant son industrie. La question de la neutralité technologique pour atteindre ses objectifs est au sommet de la liste. On pense notamment au diesel qui est banni dans certaines villes au grand dam du secteur qui estime que les dernières générations sont très respectueuses de la qualité de l’air. L’ACEA demande notamment des bornes de recharge pour véhicules et des incitants adaptés pour les véhicules électriques.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés