"Les procureurs gardent Ghosn en détention juste parce qu'il n'avoue pas"

©REUTERS

Première prise de parole publique du nouvel avocat de l'ex-patron de Renault, Carlos Ghosn. Outre une demande de libération sous caution, ce dernier dénonce le système judiciaire japonais.

Carlos Ghosn devrait profiter d'une libération sous caution, affirme Junichiro Hironaka, le nouvel avocat du président déchu de l'alliance Renault-Nissan. Pour sa première conférence de presse, l'avocat jette un pavé dans la marre: le Japon ne respecte pas les normes internationales en termes de procédures judiciaires.

Junichiro Hironaka ©AFP

La détention prolongée de Carlos Ghosn doit être l'occasion de revoir le système judiciaire japonais, estime-t-il. "Les procureurs le gardent en détention parce qu'il n'avoue pas. Je voudrais que les gens se demandent si c'est approprié du point de vue des normes internationales. Cette affaire étant devenue internationale, je pense que c'est l'occasion d'amender le système."

Ses propos font écho à un communiqué publié plus tôt par la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et l'organisation japonaise 'Centre pour les droits des prisonniers', qui ont dénoncé les "graves défaillances" de la justice nippone.

"Un problème interne à Nissan"

Junichiro Hironaka déclare aussi que Nissan aurait dû traiter en interne l'affaire Carlos Ghosn, à qui on reproche notamment de ne pas avoir déclaré pendant des années les revenus perçus en tant que président du deuxième constructeur automobile japonais. 

L'avocat reprend en effet la thèse d'une "stratégie" ourdie par Nissan, qu'a déjà avancée Carlos Ghosn pour expliquer sa chute brutale. "J'ai l'impression que c'est un problème interne à Nissan", a-t-il dit. Selon le capitaine d'industrie, on a voulu l'éliminer du jeu pour contrer son projet d'intégration des trois compagnies de l'alliance : Renault, Nissan et Mitsubishi Motors.

Dans l'intervalle, Carlos Ghosn attend toujours que soit fixée la date de son procès.

Carlos Ghosn, dont l'arrestation le 19 novembre à Tokyo a secoué le monde des affaires, a été inculpé pour avoir minimisé, dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursières, une partie de ses revenus: 9,23 milliards de yens (74 millions d'euros) de 2010 à 2018. Il a également été mis en examen pour abus de confiance. Il risque jusqu'à 15 ans de prison.

L'homme d'affaires de 64 ans avait d'abord choisi pour le défendre un ancien procureur, Motonari Otsuru. Mais face à son attitude jugée passive et aux rejets de ses requêtes de libération, il a décidé la semaine dernière de muscler sa défense, en faisant appel à des vétérans du barreau.

Nissan ne veut pas du même président que Renault

Un comité externe mandaté par Nissan Motor pour améliorer la gouvernance du groupe japonais se dit opposé à l'idée de nommer à sa tête le même président que celui de Renault, affirme des sources proches du dossier.

Renault et Nissan cherchent aujourd'hui à renouer un dialogue mis à mal par l'affaire Carlos Ghosn et à trouver le moyen de consolider leur alliance forgée 20 ans plus tôt. Dans ce contexte, la question du choix du futur président de Nissan est particulièrement sensible.

Jean-Dominique Senard, le nouveau président de Renault, devait succéder également à Carlos Ghosn à la présidence du conseil d'administration de Nissan. 

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