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Maux de tête en vue pour tout le monde dans l'auto

BMW possède sa plus grande usine au monde en Caroline du Sud à Spartanburg. ©Bloomberg

Entre la production locale aux Etats-Unis, les pièces qui arrivent du monde entier et l’assemblage qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, taxer l’automobile non-américaine est un casse-tête.

C’est donc parti. Le président Donald Trump a demandé une analyse détaillée à ses équipes sur l’importation de voitures aux Etats-Unis. "J'ai demandé au secrétaire (au Commerce Wilbur) Ross d'envisager d'initier une enquête sous la Section 232 sur les importations de véhicules, y compris les camions et les pièces détachées, pour déterminer leur impact sur la sécurité nationale américaine ", indique le président des Etats-Unis.

Parmi les grands constructeurs mondiaux, certains tremblent plus que d’autres. Mazda, Tata Motors, Jaguar Land Rover ou Mitsubishi Motors (Renault-Nissan) importent par exemple toutes leurs voitures aux Etats-Unis.

Les constructeurs européens dégustent d'ailleurs en Bourse. Bloomberg a calculé que ces derniers exportent pour 22 milliards d’euros de voitures aux Etats-Unis. Selon ces calculs, Volkswagen a le plus de risques d’être impacté négativement en raison de ses sites de production au Mexique et des importations de Porsche et Audi depuis l’Europe.

Une industrie complexe et globale

Le problème, c’est que l’industrie automobile est globale et que les mesures prônées par Trump promettent de sacrés maux de tête aux équipes des constructeurs et à l’administration américaine.

"Les droits d'importation sur les voitures seraient un cauchemar pour l'industrie automobile allemande et entraîneraient un impact considérable sur les ventes."
Thomas Altmann
Analyste chez QC Partners

Une marque comme BMW possède par exemple sa plus grande usine au monde à Spartanburg en Caroline du Sud. Une usine qui exporte également des voitures depuis les Etats-Unis vers d’autres pays. Si on parle de balance commerciale, BMW pourrait légitimement demander de calculer les importations nettes de voitures qu’elle fait aux Etats-Unis. A Spartanburg, plus de 70% des voitures de BMW sont exportées.

Les constructeurs allemands qui détiennent notamment plus de 90% du marché Premium aux Etats-Unis ont produit 804.000 voitures aux Etats-Unis en 2017 et en ont importé 657.000 depuis l’Allemagne selon la VDA, l’association sectorielle allemande.

La question du Mexique est aussi épineuse. Ils sont nombreux à y produire pour le marché américain. Les constructeurs américains comme Ford produisent également au Mexique et pourraient aussi être touchés par la mesure.

Taxer les pièces ? 

Le casse-tête sera de voir ce que l’on taxera au final. Juste l’importation des voitures finies? Les pièces importées? Presque qu’aucun constructeur ne communique l’origine de toutes les dizaines de milliers de pièces qui équipent ses voitures.

Certaines pièces produites en Europe peuvent par exemple être modifiées chez un fournisseur aux Etats-Unis avant d’être renvoyées dans un autre pays où elles sont assemblées en kits pour finalement revenir aux Etats-Unis chez un fournisseur d’une usine mexicaine. Comment définir le pourcentage de ces pièces qui sont américaines dans ce cas-là ? La tâche n’est pas aisée.

Si on ne taxe que les voitures, on peut très bien penser à la mise sur pied d’assemblage en kits avec peu de valeur ajoutée fait aux Etats-Unis pour éviter les taxes. C’est ce que plusieurs constructeurs ont déjà fait dans d'autres pays pour y éviter les taxes d’importation que les gouvernements locaux ont voulu mettre en place. La valeur ajoutée d’une telle ligne d’assemblage est de fait bien plus faible que celle d’une usine établie avec un gros réseau de fournisseurs locaux.

Cependant adapter une logique de production industrielle et de livraisons prend du temps. Et dans un premier temps, les effets pourraient être lourds à encaisser pour le secteur automobile. "Les droits d'importation sur les voitures seraient un cauchemar pour l'industrie automobile allemande et entraîneraient un impact considérable sur les ventes", a déclaré à Reuters Thomas Altmann, de chez QC Partners. Une guerre commerciale qui n’est "bonne pour personne" disent comme un seul homme les constructeurs automobiles européens.

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