Pour Renault, le monde d'après a déjà commencé

La seule fermeture confirmée pour le moment est celle de l'usine de Choisy-le-Roi, qui verra ses activités transférées à Flins. ©EPA

Fini la période faste pour Renault, qui va désormais resserrer les boulons et réduire ses capacités. 15.000 emplois sont menacés dans un monde où la croissance espérée "n'a pas eu lieu".

La cure d'amaigrissement de Renault était prévue et c'est avec une belle dose d'humilité qu'elle a été détaillée ce vendredi. Le groupe Renault va devoir économiser 2 milliards d'euros par an d'ici 2022, ce qui lui coûtera 1,2 milliard en tout. 

"Notre modèle économique a montré ses limites en misant sur de la croissance sans fin dans les pays en voie de développement", a indiqué Clotilde Delbos, directrice générale ad interim de Renault. "Ce qui fait que le groupe a atteint une taille pour une croissance qui n'a pas eu lieu. Il faut jeter les bases d’une performance saine et résiliente", a-t-elle ajouté. 

Près de 15.000 personnes voient leur emploi menacé au sein du groupe Renault dans le monde dont 4.600 rien qu'en France. Le management a promis un "dialogue exemplaire avec les pouvoirs syndicaux" et que le plan prévoyait de la mobilité interne, des départs volontaires, etc…

"Le groupe a atteint une taille pour une croissance qui n'a pas eu lieu. Il faut jeter les bases d’une performance saine et résiliente."
Clotilde Delbos
Directrice générale de Renault par intérim

Contrairement à ce qui a été écrit dans la presse, ce ne sont pas 4 usines qui seront fermées, mais seulement celle de Choisy-le-Roi qui verra ses activités transférées à Flins. Pour Douai et Maubeuge, il est question de créer un centre d'excellence dans les véhicules électriques et utilitaires légers. Pour Dieppe, Renault évoque une "reconversion" à la fin de la production de l'Alpine A110. L'avenir de la Fonderie de Bretagne est aussi dans la balance. "Nous allons lancer une étude stratégique. Nous allons réfléchir à l’avenir du site et de son activité. Le statu quo n’est plus possible, mais il n'y a pas encore de décision", a insisté Jean-Dominique Senard, le président de Renault

Pour chaque usine française, le management doit en effet travailler main dans la main avec les autorités nationales et locales, l'État français étant actionnaire à hauteur de 15% de Renault. Ce dernier a déjà fait savoir qu'en échange de la facilité de crédit de 5 milliards d'euros qu'il devrait accorder à Renault, il s'agirait de rapatrier de la production.

3,3 millions
de voitures
Le plan de Renault prévoit des capacités de 3,3 millions de véhicules en 2024, loin des objectifs de Carlos Ghosn, qui voulait vendre 5 millions de voitures par an en 2022.

Senard a rappelé que la production automobile se base sur "des décisions avec un temps long", mais que l'on voit bien vers où "le paquebot est en train de se diriger". La seule annonce de relocalisation en France pour l'heure est la fabrication d'un moteur supplémentaire électrique de 100kw en France et pas en Chine comme initialement prévu.

La question de la capacité en France est "dans tous les esprits", a avoué le président. "L’utilisation de nos usines en France est de l’ordre de 60%. On peut y produire 1,08 million de véhicules et nous en produisons 655.000."

Mais l'exercice d'humilité de Renault ne va pas aider. Dans le plan précédent "Drive The Future" de Carlos Ghosn, Renault voulait atteindre les 5 millions de véhicules vendus d'ici 2022. Un plan aujourd'hui désavoué. Renault entend passer de 4 millions de véhicules de capacité en 2019 à 3,3 millions de véhicules d'ici 2024.

Nissan et Mitsubishi, les deux autres membres de l'Alliance, font aussi dans l'humilité. Nissan, qui dévoilait sa propre cure d'amaigrissement jeudi, a enregistré une lourde perte pour la première fois en 11 ans. Il a annoncé jeudi la fermeture de l'usine de Barcelone dans le cadre d'un nouveau plan stratégique visant à réduire d'environ 20% ses capacités mondiales de production d'ici mars 2023.

Mais Renault insiste que ce plan est avant tout un plan d'économies opérationnelles. La vraie stratégie commerciale arrivera plus tard avec l'entrée en fonction de Luca de Meo le 1er juillet, débauché au groupe Volkswagen (Seat). On sait déjà que Renault va rationaliser sa production pour passer de 13 plateformes à 4 pour ses véhicules, ce qui ne l'empêchera pas de sortir 22 nouveaux modèles sur les trois prochaines années.

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