Pourquoi Anvers ne produira plus jamais de voiture

©BELGA

Une demande d’enquête sur la vente du site a été déposée à l’Europe, mais a peu de chance d’aboutir. GM veut "tuer" la piste chinoise.

Mardi après-midi, les eurodéputés flamands Bart Staes (Groen!), Guy Verhofstadt (Open VLD), Frieda Brepoels (N-VA) et Derk Jan Eppink (LDD) ont déposé, comme attendu, une demande d’enquête par la Commission européenne du cas Opel Anvers et de la fermeture controversée du site belge.

"Nos arguments sont: 1, que General Motors abuse de sa position dominante en empêchant un constructeur chinois de reprendre son usine; 2, que les Américains entravent la règle du libre marché en ignorant volontairement la piste automobile pour une reconversion du site", détaille Jan Ghyssaert, l’avocat spécialisé en droit de la concurrence qui a rédigé le dossier à l’encontre de GM.

Cette demande d’enquête n’est pas une plainte. L’exécutif européen peut et doit, pour les syndicats belges d’Opel, influer sur une reprise des discussions entre GM et le candidat chinois toujours intéressé par une reprise. Problème: la maison mère compte bel et bien fermer son usine le 31 décembre. Les arguments belges ne seront pas faciles à défendre. L’avis de l’Europe, s’il intervient, risque donc de tomber trop tard.

La journée d’hier a cependant été instructive dans le dossier souvent opaque de la fermeture d’Opel Anvers.

Investisseurs peu clairs

Sur le bureau des Américains figure toujours une offre de Zhengzhou Hi-Tech Vehicle Ltd.

Un consortium dont on ne sait pas grand-chose. "Il s’agit d’un montage à la chinoise: semi-public, semi-privé. Ils veulent construire 335.000 Astra destinées au marché chinois avant d’assembler à Anvers des véhicules électriques - des bus et des voitures - destinés aux marchés européen et asiatique. Impossible, par contre, de savoir si une marque automobile se cache derrière le projet", indique Éric Horemans, syndicaliste CGSLB.

GM ne mène pas directement les négociations avec la Chine, mais via l’intermédiaire d’un homme d’affaires hollandais, Harm Prins, connu outre-Moerdijk pour avoir joué un rôle obscur dans le cadre de la faillite de la compagnie aérienne néerlandaise Air Exel…

"Prins n’est qu’un intermédiaire. Les plans du Chinois, nous y croyons. Ils garantissent un futur industriel à Anvers et comportent une enveloppe de 600 millions d’euros d’investissements", nuance Rudi Kennes (FGTB).

L’auto, c’est non!

"Le profil de l’investisseur, c’est notre souci, celui des travailleurs", appuie Éric Horemans.

"GM a parlé de problèmes d’argent. Ils sont inexistants. Les Chinois disposent du soutien de la Flandre. Cette dernière pourrait racheter le site pour 200 millions d’euros puis le louer", explique Rudi Kennes. "Avec le rachat des machines, les brevets autour desquels existe un accord, Detroit finirait par toucher plus que ce que va lui coûter la restructuration d’Opel dans son entièreté", ajoute Kurt Marysse, de la CGSLB.

Si la vente de l’usine est aujourd’hui bloquée, c’est, selon les représentants du personnel, d’abord en raison de la réaction épidermique qu’a eue et qu’a toujours General Motors à l’égard de tout investisseur automobile. "Chaque fois qu’un compromis est intervenu avec un constructeur, des nouvelles conditions d’achat sont apparues", continue Rudy Kennes.

La piste de Zhengzhou Vehicle est, elle, carrément classée depuis que General Motors et KPMG ont pu mettre la main sur une partie du business plan du Chinois.

"Dans un document fourni pour crédibiliser son offre, le groupe a indiqué qu’il disposait de commandes en véhicules de la police chinoise, de l’administration de sa région. À la lecture des volumes en jeu, il était devenu clair que Zhengzhou se posait en concurrent, qu’il fallait tuer le poussin dans l’œuf", lâche Kennes.

Un accord aujourd’hui?

Le leader syndicaliste, qui siège au sein du conseil d’entreprise européen, précise qu’une rencontre est programmée à Pékin ce mercredi entre des dirigeants de General Motors et "des Chinois". "Un accord risque d’être signé. Il va faire l’effet d’une bombe", se limite-t-il à dire…

Notre hypothèse? Que GM se limitera à proposer à son interlocuteur la reprise de l’outillage d’Anvers. Comme dans le cas des anciennes lignes de production de Saab, l’usine rejoindrait la Chine par bateau et par morceaux pour permettre d’y construire quelques vieilles Astra…

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés