Recticel veut lancer une augmentation de capital pour 75 millions d'euros

L’augmentation de capital voulue par le management (ici à droite, le CEO Olivier Chapelle) fait enfin l’objet d’un accord au sein du conseil. Après de longs débats. ©Dieter Telemans

Le conseil d’administration a approuvé ce jeudi le principe d’une levée de fonds, dont les conditions seront fixées ultérieurement. Actionnaire de référence, la Compagnie du Bois Sauvage s’y est opposée pendant six mois. Mais les administrateurs indépendants ont fini par avoir le dernier mot.

Ce vendredi, le groupe Recticel a publié deux communiqués. L’un porte sur les résultats du groupe spécialisé en mousses d’isolation et automobiles pour l’année 2014, qui s’est terminée sur une perte nette de 9,7 millions d’euros. L’autre annonce en deux paragraphes qu’Étienne Davignon "a fait part de son souhait de ne plus exercer ces responsabilités" à l’issue de l’assemblée générale de mai prochain.

Le communiqué se termine sur l’annonce que Johnny Thijs (l’ex-patron de bpost) lui succédera. Cela fait 23 ans que "Stevie", patriarche de l’économie belge, est au conseil de Recticel, et plus de dix ans qu’il le préside. La sobriété du message peut surprendre: pas de remerciements unanimes, même pas un petit "merci", rien. Cela s’explique assez facilement puisque c’est Étienne Davignon lui-même qui a rédigé le communiqué. Il n’allait pas lui-même se remercier chaleureusement pour l’immense travail accompli…

Étienne Davignon aura été d’autant plus sobre sur le sujet que le conseil d’administration qu’il va quitter fin mai sort d’une phase pour le moins compliquée. Ce jeudi, a-t-on appris à bonnes sources, les administrateurs sont tombés d’accord, à l’unanimité, sur une décision importante: une augmentation de capital pour 75 millions d’euros. Il aura toutefois fallu six mois pour en arriver là.

Déjà en avril 2014, le comité d’audit, saisi par le management de l’entreprise, avait recommandé une telle opération, constatant le besoin de renforcer la structure financière de la maison. Il est vrai que Recticel a dû passer dans ses comptes 2013 une amende de 27 millions d’euros infligée par la Commission européenne pour cause de cartel dans les mousses flexibles. Amende qui sera suivie d’une autre, pour 8,2 millions d’euros, infligée par l’Office fédéral allemand des cartels et qui, elle, est passée dans les comptes 2014, cette fois.

En septembre dernier, le dossier d’une augmentation de capital arrive sur la table du conseil mais la Compagnie du Bois Sauvage, actionnaire à 28,9%, n’y est pas favorable. C’est le blocage. Le holding veut limiter l’opération à 50 millions d’euros et l’assortit de toute une série de conditions qui ne passent pas auprès du reste du conseil, comme par exemple un droit de regard sur tout investissement supérieur à 2 millions d’euros. Parmi les autres exigences de Bois Sauvage figure le remplacement… du président Étienne Davignon. Étonnant puisqu’à l’époque, la succession de "Stevie" est déjà lancée en interne, à l’initiative de l’intéressé.

S’en suit une série de conseils tendus, sans que rien ne bouge vraiment. Jusqu’au conseil du 20 janvier 2015: ce jour-là, chacun est amené à exprimer sa position. Les quatre administrateurs représentant Bois Sauvage redisent leur désaccord mais les administrateurs indépendants, majoritaires, font savoir qu’ils iront de l’avant et voteront en faveur d’une augmentation de capital de 75 millions d’euros. Bois Sauvage finira par accepter la perspective, ce jeudi.

Une étape a été franchie mais tout reste à faire. La préparation de l’opération débute à peine. Le prix d’émission, le timing et toutes les autres conditions doivent encore être fixées. Mais on retiendra de l’épisode que, chez Recticel, ce sont les administrateurs indépendants qui ont eu le dernier mot. Pas l’actionnaire de référence.

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