"Recticel veut se concentrer sur des segments à forte valeur ajoutée"

Olivier Chapelle, CEO de Recticel, affirme avoir reçu beaucoup d'offres insuffisantes. ©BELGA

Recticel procède à deux nouvelles opérations de désinvestissement qui lui permettront de réaliser une plus-value, mais aussi d'enregistrer une entrée de cash. L'action s'est envolée.

Recticel  réduit encore la voilure et se recentre surtout sur son core business qu'est l'isolation. Une opération saluée en bourse, où l'action a pris 36,26% ce lundi.

Le spécialiste des mousses de polyuréthane a annoncé, en effet, la vente de son département "Automotive Interiors". On savait Recticel désireux de désinvestir dans cette activité. La mise en vente avait été initiée il y a deux ans déjà. Néanmoins, elle est d'autant plus saluée qu'elle s'effectue dans des conditions difficiles.

L'opération porte sur la création d'une joint-venture détenue à 51% par la société d'investissement munichoise Admetos GmbH et par Recticel à 49%. L'accord prévoit aussi une clause de put/call permettant à Admetos de se renforcer davantage; et ce dès mars 2024 à un prix basé sur un multiple d'Ebitda convenu, lit-on dans un communiqué.

Cette activité emploie 1.400 personnes réparties sur 11 sites de productions pour un chiffre d'affaires de 183,5 millions d'euros. 

Sortie d'Eurofoam 

Cerise sur le gâteau, comme l'indiquent les analystes d'ING, un accord été conclu avec Greiner AG pour l'acquisition des 50% détenus dans la joint-venture active dans la mousse souple Eurofoam. 

Et pour KBC, le recentrage de Recticel pourrait ne pas s'arrêter là. Les activités "literie", voire même des mousses souples (hors Eurofoam), pourraient aussi quitter le portefeuille dans le futur.

210 millions
euros
Ces désinvestissements se traduiront par un apport net en cash de 210 millions d'euros.

Rentrée de cash 

Le désinvestissement de l'activité Proseat, survenu l'an dernier, associé à ces deux nouvelles opérations, permettra à Recticel de se recentrer sur des activités à "plus forte valeur ajoutée" et de pouvoir saisir d'éventuelles opportunités de développement.

Côté financier, Recticel précise que la vente de l'unité "Automotive Interiors" générera une perte. Néanmoins, la finalisation des deux opérations permettra à Recticel de réaliser une plus-value nette totale d'environ 85 millions d'euros. Elles se traduiront par un apport net en cash de 210 millions d'euros.

"Nous estimons que Recticel a obtenu un peu moins de 4 fois l'Ebitda pour la participation dans la branche Automoative Interior, soit entre 25 et 28 millions d'euros. Le reste, entre 182 et 185 millions, viendrait d'Eurofoam, soit 9 fois l'Ebitda, ce qui est un très bon prix," souligne KBC Securities.

Opérations saluées

La joint-venture créée pour "Automotive Interiors" devrait, selon les analystes d'ING, "conduire à une réévaluation de l'entreprise à moyen terme". 

Dans le chef de Degroof Petercam, on avance toutefois que Recticel se recentre sur une activité qui devrait être touchée, en 2020, par le confinement instauré à travers l'Europe. Les analystes entrevoient donc une croissance annuelle des volumes du secteur à un ou deux chiffres avec une concurrence qui risque de peser sur les prix dès la reprise, notamment en Belgique. "En conséquence, nous voyons 2021 toujours en dessous du niveau de l'Ebitda de 2019. Cependant, Recticel commencera à voir la contribution de son usine finlandaise."

Trois questions à Olivier Chapelle, CEO de Recticel

Pourquoi avoir vendu votre division "Automotive Interior" au groupe Admetos et votre participation dans Eurofoam à Greiner, qui a tenté une reprise de votre branche mousse souple l'année dernière?

"Pour la branche automobile, nous recherchions un partenaire qui connaît le secteur automobile et qui pourrait améliorer notre activité en ajoutant des synergies. Admetos a une présence au Mexique, des contacts avec des constructeurs automobiles chinois et est actif dans le secteur des camions. Il peut apporter des choses que Recticel lui-même n'a pas pu. Notre relation avec Greiner est restée très positive au cours de la dernière année. Et à long terme, nous avons dû trouver une solution pour Eurofoam."

Vous mentionnez que Recticel vend sa division automobile à perte. Quelle est l'ampleur de la perte?

"C'est une perte substantielle. Nous n'en dirons pas plus."

N'auriez-vous pas dû attendre que la crise du coronavirus s'estompe pour procéder à ces opérations?
"Ces opérations ne sont absolument pas liées au Covid-19. Les pourparlers ont commencé il y a longtemps. Notre objectif stratégique est clair depuis plus de dix ans. Nous voulons que Recticel se concentre davantage sur des segments à plus forte valeur ajoutée (la branche isolation, NDLR) et libère les ressources pour y arriver. Cependant, ces dernières années, nous n'avons pas reçu d'offres acceptables. De plus, il y a actuellement beaucoup d'incertitude dans le secteur automobile. C'est pourquoi nous sommes heureux de tourner la page de cette période difficile pour nous. En 2014 et 2016, nous avons reçu beaucoup d'offres insuffisantes alors que la période était plus propice. C'est pourquoi nous n'avons pas hésité maintenant. "

Lukas Vanacker

 

 

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