Renault va étudier l'éventualité d'une fusion avec Fiat Chrysler

©AFP

L'annonce était attendue, elle est tombée ce lundi matin. Fiat Chrysler propose au groupe Renault une fusion à parité. A l'ouverture des marchés, l'action Renault a ouvert en hausse de 16,5%, celle de FCA progressait de 19%.

À eux deux, ils formeraient un nouveau géant mondial de l'automobile: Fiat Chrysler Automobiles (FCA) propose une fusion à parité au groupe Renault , de quoi booster les deux actions. Une telle transaction permettrait la création du troisième constructeur automobile mondial avec des ventes annuelles approchant les 15 millions de véhicules. Le chiffre d'affaires de la nouvelle entité pourrait atteindre les 170 milliards d'euros avec un résultat opérationnel de plus de 10 milliards, lit-on dans un communiqué de FCA.

Le groupe italo-américain précise encore que la future entité sera détenue, après versement d'un dividende exceptionnel de 2,5 milliards d'euros aux actionnaires de FCA

→ à 50% par ses actionnaires
→ à 50% par ceux du groupe Renault

La nouvelle structure serait dotée d'une gouvernance équilibrée avec un conseil de 11 membres majoritairement indépendants. Elle serait aussi cotée sur la Bourse de Milan, Euronext Paris et sur le NYSE.

Enfin, Mike Manley, administrateur délégué de FCA, affirme qu'une telle fusion demanderait plus d'un an pour être finalisée.

Une lettre non engageante a été transmise au conseil de Renault. FCA indique par ailleurs qu'une telle fusion n'entraînerait aucune fermeture d'usine. Les synergies, liées à l'opération, seront supérieures à 5 milliards d'euros par an. Elles s'ajouteraient aux synergies actuelles de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi.

De son côté, le constructeur au losange précise que son conseil d'administration s'est réuni pour discuter de cette proposition. Le conseil a tout au plus indiqué à l'issue de cette réunion, qu'il étudiera "avec intérêt l'opportunité d'un tel rapprochement, confortant l'empreinte industrielle du groupe et générateur de valeur additionnelle pour l'Alliance".

L'action FCA a bondi plus de 19% dans les premiers échanges. La holding de la famille Agnelli, Exor, prenait de son côté 10,51%. Chez Renault, l'action bondissait à l'ouverture de 16,5%. 

Le gouvernement français ne dit pas non 

La porte-parole du gouvernement français Sibeth Ndiaye affirme qu'il était "favorable" à ce projet de fusion, mais qu'il "faut que les conditions dans lesquelles se réalise cette fusion soient à la fois favorables au développement économique de Renault et évidemment aux salariés de Renault."

Le gouvernement français détient 15% du capital de Renault. 

Le ministre de l'Économie et des finances, Bruno Le Maire, a déjà rencontré le patron de Renault, Jean-Dominique Senard pour discuter avec lui de ce projet fin de la semaine dernière. "C'est important pour nous parce que ça témoigne de notre capacité à répondre aux enjeux de souveraineté économique européenne et française dans un contexte de mondialisation où on a de très grandes entreprises, des géants, qui se sont construits en dehors de l'Europe, et aujourd'hui on a besoin que des géants se construisent en Europe."

Le syndicat CGT a, lui, demandé à ce que l'Etat français "garde une minorité de blocage."

Un "signe d'orgueil, de présence et de vivacité"

En Italie, le vice-Premier ministre italien Matteo Salvini, parle d'une "opération brillante, d'un signe d'orgueil, de présence et de vivacité" de la part de l'Italie . 

"Si Fiat croît, c'est une bonne nouvelle. Je pense qu'il s'agit d'une opération brillante, qui protège les emplois dans notre pays et conduit à la naissance d'un géant européen de l'automobile." Mais, insiste-t-il, il est "fondamental" qu'elle "protège les postes de travail" et soit basée sur "un plan industriel qui ne regarde pas à court terme, mais à moyen et long terme".

 

Crise entre Renault et Nissan 

Les discussions entre Renault et Fiat Chrysler auraient débuté avec Carlos Ghosn, l'ex-PDG de Renault-Nissan, entend-on. Les Japonais n'auraient pas été consultés et risquent donc d'être furieux, selon une source proche du dossier. De quoi rajouter un peu de tensions entre Paris et Tokyo.

L'arrestation de Carlos Ghosn (ex-PDG de Renault-Nissan) fin novembre à Tokyo a en effet ouvert une crise entre Renault et son allié japonais Nissan (qui contrôle Mitsubishi Motors), à l'origine des révélations qui ont déclenché l'enquête. 

La question désormais est : 'quelle va être la réaction des Japonais?'
Source anonyme

"La question désormais est: 'quelle va être la réaction des Japonais?'". 

Nouveau mastodonte

Un rapprochement entre Renault et Fiat Chrysler devancerait le mastodonte allemand Volkswagen ainsi que Toyota.

16 millions
Véhicules
Un rapprochement entre Renault et Fiat Chrysler créerait un ensemble de près de 16 millions de véhicules.

Une alliance franco-italo-américaine changerait aussi profondément le rapport de forces au sein de l'attelage Renault-Nissan-Mitsubishi, en renforçant la partie française. Renault a poussé ces dernières semaines pour une alliance renforcée avec Nissan, via la création d'une holding à 50-50 qui détiendrait les deux entreprises. Les Japonais ont refusé catégoriquement ce plan, estimant qu'il ne tenait pas compte de leur poids supérieur à celui de Renault.

Fiat Chrysler (FCA), en grande difficulté en Europe, est depuis plusieurs semaines au centre de rumeurs de rapprochements.

Consolidation du secteur

Le groupe italo-américain avait assuré début mai qu'il était prêt à avoir un "rôle actif" dans la consolidation du secteur automobile. "Je crois honnêtement que dans les deux à trois prochaines années, il y aura de réelles opportunités" en termes d'alliances et de partenariats dans le secteur automobile et "FCA jouera un rôle actif et constructif" dans ce mouvement de consolidation, avait déclaré le patron Mike Manley le 3 mai à Milan.

Début mars, le groupe français PSA (Peugeot, Citroën, DS, Opel, Vauxhall) avait également manifesté son intérêt pour FCA.

Les constructeurs cherchent à joindre leurs forces pour réaliser les investissements colossaux rendus nécessaires par les évolutions technologiques dans l'automobile: électrification, conduite autonome, véhicules connectés...

Ils affrontent par ailleurs une conjoncture mondiale difficile avec notamment un retournement du marché chinois.

Quelles complémentarités?

FCA et Renault, qui fabriquent tous deux des voitures populaires, auraient la possibilité de partager de nombreux éléments techniques. Renault apporterait notamment son savoir-faire dans les véhicules électriques, un domaine dans lequel le groupe italo-américain est en retard. FCA apporterait lui une part de marché importante en Amérique du Nord, avec de gros véhicules SUV et pick-up particulièrement rentables, qui ne sont pas le point fort de Renault.

Autre élément, la présence de l'État français dans l'actionnariat de Renault. Face à cette situation, le gouvernement italien pourrait aussi demander à entrer au capital de la nouvelle entité, histoire de veiller à une présence symétrique des deux états.

 

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