Sortie de route pour l'industrie automobile indienne

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Le secteur automobile indien est en pleine crise. En cause, entre autre, les nouvelles pratiques de mobilité des jeunes générations.

Avec dix mois consécutifs de baisse des ventes, au point de s'effondrer de 41% sur un an en août pour les véhicules particuliers, le secteur automobile indien est en pleine crise. Au banc des accusés: le ralentissement économique, les taxes et les pratiques de mobilité des jeunes générations. La ministre des Finances indienne, Nirmala Sitharaman, a suggéré mardi que ce freinage brutal était en grande partie imputable aux jeunes Indiens, qui préféreraient utiliser des applications comme Ola et Uber plutôt que d'acheter leur véhicule. Cette remarque lui a valu une volée de messages ironiques sur les réseaux sociaux, accompagnés de # tels que #BoycottMillennials.

Si les chiffres montrent que les jeunes consommateurs sont effectivement plus à l'aise avec les nouveaux moyens numériques de mobilité, les difficultés du secteur automobile indien sont bien plus larges et le chemin à parcourir s'annonce sinueux, préviennent les experts. "Je pense que le ralentissement résulte avant tout du bas niveau de consommation des ménages. La croissance des revenus a été fortement affectée ces dernières années", explique à l'AFP VG Ramakrishnan, associé du cabinet Avanteum Advisors. La troisième économie d'Asie connaît un ralentissement économique progressif depuis plusieurs trimestres, avec une croissance tombée à 5% en glissement annuel pour la période avril-juin. Si ce rythme ferait pâlir d'envie bien des nations développées, il est nettement inférieur au potentiel et aux besoins du géant d'Asie du Sud. Le chômage est à son plus haut depuis les années 1970. Les banques sont réticentes à prêter de l'argent en raison du haut niveau de créances douteuses dans leurs comptes, compliquant par là l'accès au crédit pour les consommateurs. À ces facteurs s'ajoutent des coûts de production en hausse pour mettre les automobiles en conformité avec de nouvelles normes environnementales et de sécurité, ainsi qu'une TVA de 28% sur les ventes de voitures introduite en 2017.

Emplois perdus

Avec une population de 1,3 milliard de personnes, l'Inde est le quatrième plus grand marché automobile au monde, ayant dépassé l'Allemagne l'année dernière.

Véhicules particuliers, utilitaires, deux-roues: les ventes sont en recul dans toutes les catégories, obligeant les constructeurs automobiles indiens à réduire leur production. Les géants automobiles Tata Motors, Ashok Leyland et Mahindra & Mahindra ont supprimé des milliers d'emplois. Alors que le secteur contribue à plus de 7% du PIB de l'Inde, un fléchissement prolongé des ventes risque d'avoir de vastes répercussions sur l'économie, toute une chaîne d'acteurs (fabricants de composants, points de vente...) dépendant de la bonne santé de l'automobile. "L'écosystème est énorme. Près de 20% de la population pourrait dépendre du secteur automobile", s'alarme Mahesh Bendre.

Pour soutenir le secteur, la ministre des Finances a levé en août l'interdiction faite aux administrations publiques d'acquérir de nouveaux véhicules mais les constructeurs appellent à davantage de soutien de la part du gouvernement. Leur organisation a demandé la semaine dernière au Premier ministre Narendra Modi de prendre des actions "urgentes", comme réduire les taxes sur les ventes de voitures pour dynamiser la demande à l'approche de la haute saison commerciale des festivals religieux en octobre. Mais dans un contexte où 22 des 30 villes les plus polluées au monde se trouvent en Inde, selon l'organisation internationale Greenpeace, toute incitation aux ventes de voiture devra prendre en compte la crise environnementale, prévient VG Ramakrishnan.

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