Tesla défiée sur ses terres par la Lucid Air de son ancien ingénieur

La Lucid Air devrait arriver sur le marché américain au printemps prochain et en Europe fin 2021. ©doc

Peter Rawlinson, l'ex-ingénieur en chef de la Tesla Model S, espère lui faire de l'ombre avec sa Lucid Air, une voiture électrique dont l'autonomie atteindrait 832 km.

Quand on évoque Tesla en Europe, beaucoup de choses viennent à l’esprit comme sa capitalisation boursière, son caractère pionnier de l’électrique, ou la communauté très forte autour d’Elon Musk. Mais pour Peter Rawlinson qui porte la double casquette de CEO et CTO de Lucid Motors, Tesla ce n’est pas ça. "Pourquoi Tesla a réussi il y a 10 ans alors que d’autres échouaient? Parce que Tesla avait la technologie."

"Jusqu’à ce qu’on ait la production, nous n’avons encore rien accompli."
Peter Rawlinson
CEO de Lucid Motors

Peter Rawlinson en sait quelque chose. C'est lui qui était ingénieur en chef de la Tesla Model S. Un modèle qui a placé la firme californienne dans la cour des grands. Cet ingénieur britannique entend maintenant refaire le coup avec sa Lucid Air dévoilée dans la nuit de mercredi à jeudi. "Nous avons quelque chose de très spécial et de très réel. Je l’avais dit au monde il y a 10 ans avec la Model S et à l’époque personne ne me croyait. C’est à nouveau moi qui le dis. On va amener l'électrification à un niveau supérieur. L’histoire se répète. Personne ne veut croire nos chiffres, mais ils sont réels", nous dit le patron.

Arrivée sur le marché américain prévue au printemps

La première voiture de la marque bat en effet plusieurs records sur papier. Cette berline électrique de luxe affiche, par exemple, une autonomie de 832 kilomètres, "la meilleure qui soit pour une voiture électrique". "Votre premier produit définit votre marque. La Tesla Model S a été un landmark pour Tesla. La Lucid Air sera la même chose pour nous."

1 milliard
de dollars
Le projet jouit d'un soutien financier de plus d'un milliard de dollars du Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite.

Le prix des voitures oscillera entre 80.000 et 169.000 dollars selon les versions. Les premières voitures disponibles seront parmi les versions les plus chères. Elles devraient arriver dès le printemps prochain aux États-Unis. Pour l'Europe, aucune date n'est fixée, mais le CEO nous indique que les premières Lucid devraient arriver chez nous fin 2021.

Soutien financier saoudien

D'autres jeunes compagnies californiennes se sont aussi lancées dans l'aventure des voitures électriques, comme Fisker ou Faraday Future, mais Peter Rawlinson assure que sa marque a un avantage technologique. Le projet est en tout cas sur les rails. Il y a d'abord un soutien financier de plus d'un milliard de dollars du Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite. Ce qui a permis de lancer la machine à vive allure.

Peter Rawlinson, ex-ingénieur en chef de la Tesla Model S devenu CEO de Lucid Motors. ©doc

L'usine de Lucid Motors est sortie de terre en 9 mois à peine en Arizona et produit déjà ses premiers prototypes. Dans sa première phase, cette usine veut produire 35.000 unités par an, dont 7.000 voitures, déjà en 2021. "Je serai heureux si nous arrivons à faire 12.000 unités dans les 12 premiers mois. Ça va commencer très lentement, puis monter en cadence", explique le patron.

Ensuite, dans une deuxième phase, l'idée est de porter les capacités du site à 400.000 unités, "de quoi être bon pour les 7 à 8 prochaines années". En 2023, Lucid mettra un SUV électrique sur le marché.

De grandes ambitions

"Jusqu’à ce qu’on ait la production, nous n’avons encore rien accompli", concède néanmoins le patron, qui place le début de la production de série pour le printemps 2021. Le modèle commercial se veut majoritairement en ligne avec des précommandes à 1.000 dollars.

"Je pense que les briques et le ciment traditionnel joueront encore un rôle important. Nous aurons sept magasins d’ici la fin de l’année aux États-Unis (notamment dans la Silicon Valley, à Beverly Hills, Los Angeles, en Floride, à Manhattan et San José)", dit le patron, qui veut aussi en ouvrir en Europe. "Le Benelux sera important", souligne-t-il.

"Si Tesla ne gagne pas d’argent, c’est parce que Tesla investit à long terme dans des mégaprojets."
Peter Rawlinson

Face à de telles ambitions, on pourrait rester dubitatif en Europe, mais la Silicon Valley n'attend pas la vieille garde automobile. "Il existe un mythe selon lequel les voitures électriques ne rapportent pas d’argent. Ce n’est pas vrai. Lucid peut se permettre ce qu’elle entreprend, parce que justement on gagne beaucoup d’argent sur les voitures électriques.  Si on devait faire la même chose avec une voiture thermique, ça nous coûterait trop cher et on ne gagnerait pas d’argent. Si Tesla ne gagne pas d’argent, c’est parce que Tesla investit à long terme dans des mégaprojets. Ses voitures, elles, rapportent de l’argent. Les compagnies automobiles traditionnelles ne savent juste pas le voir", détaille le patron.

Une IPO dans les deux ans

L'homme veut aller vite et atteindre le million d'unités d'ici la fin de la décennie. Il devra donc lever d'autres fonds et une IPO pourrait avoir lieu dans les deux ans. Peter Rawlinson estime d'ailleurs que les compagnies allemandes ne rattraperont jamais leur retard sur Tesla. "Au contraire, l'écart se creuse. Aujourd’hui, Tesla a 5 ans d’avance, que ce soit sur le logiciel ou le matériel", affirme-t-il.

832
kilomètres
Lucid revendique "l’autonomie la plus élevée de l’industrie des voitures électriques" avec la possibilité de recharger 480 km d'autonomie en 20 minutes.

Lui pense pouvoir néanmoins être encore meilleur que Tesla sur la technologie. Comment cela serait-il possible ? "Cela vient de la passion pour l’ingénierie. Les autres compagnies ne reconnaissent pas suffisamment que c’est d'abord un projet de recherche. Nous nous sommes rendu compte qu’en tant que nouvelle compagnie, nous nous devons d’être les meilleurs, sinon on ne pourra pas exister face à Mercedes et son étoile à trois pointes. Je ne peux rivaliser que si j’ai une meilleure technologie et nous avons une super équipe de scientifiques", dit l'ingénieur.

Engager des pointures scientifiques

Il se targue d'ailleurs d'avoir engagé toutes les équipes de recherche de Tesla sur la Model S en leur faisant passer des tests de mathématiques. "Les constructeurs traditionnels ne savent pas qui engager.  Dans cette industrie, les gens reçoivent des jobs grâce à leur expérience, pas grâce à leurs compétences", selon lui.

"La chose la plus importante dans mon job est de choisir les meilleurs scientifiques, puis de créer la meilleure technologie. Si j’ai bien fait mon boulot, je pourrai être le gars le plus idiot dans la pièce, car j’aurai tous ces gars intelligents pour faire le boulot", sourit Rawlinson.

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