interview

"Tous nos sites bruxellois seront reconvertis" (Paul Monville, D'Ieteren Immo)

©Saskia Vanderstichele

D’Ieteren veut se diversifier et quitter son seul ancrage automobile. L’immobilier fait partie de cette diversification. Une filiale immobilière a d’ailleurs été créée il y a moins de trois ans pour y loger les actifs en portefeuille. Paul Monville, à la tête du département immobilier, dresse l’inventaire des grands travaux qui s’annoncent.

Combien avez-vous de sites immobiliers en portefeuille aujourd’hui?

Trente et un au total, dont un tiers hors activité automobile. À Bruxelles, on dispose de six sites stratégiques. Et on a tout intérêt à les valoriser nous-mêmes en restant propriétaires. D’ailleurs, la décision est prise de réinvestir 100 millions d’euros sur cinq ans, soit 20 millions en moyenne par an. Quand on dispose déjà des assises foncières, c’est un effet levier significatif.

Les phrases clés

En immobilier, "la décision est prise de réinvestir 100 millions d’euros sur cinq ans, soit 20 millions en moyenne par an".

"Sur cinq ans de temps, on a aussi construit quatre nouveaux garages."

À propos d’assises, vous avez annoncé récemment vouloir conserver à Ixelles votre siège social et reconstruire sur le site industriel actuel de la rue du Mail. On en est où?

Exact. Mais pour le reconvertir, on doit d’abord déplacer l’activité "garage" dans notre nouveau flagship Mobilis, à Anderlecht, boulevard Industriel. On a lancé un concours pour dessiner cet espace du futur et on a reçu 41 candidatures. On en a retenu cinq. La qualité de réflexion et l’audace affichée me donnent à penser qu’on va faire de belles choses. Le 27 mars, chaque équipe présente son projet au jury, en présence du bouwmeester. Le site Mobilis regroupera donc d’ici trois ans les activités garage de la rue du Mail (retail) et de D’Ieteren Centre (chaussée de Mons), où nous disposons d’une assise foncière de deux hectares, entre Anderlecht et Molenbeek (quartier Heyvaert).

Avez-vous déjà une idée de ce que deviendra le siège de la rue du Mail?

On y dispose de 70.000 m² bâtis (45.000 m² hors sol). On veut y lancer un projet ambitieux, en élargissant notre appel d’offres au niveau européen. D’Ieteren veut clairement devenir un groupe à diversification internationale. Nos dernières acquisitions – notamment Moleskine – le confirment. Pour redessiner notre siège, on veut marquer le coup, avoir une ambition et une consultation à échelle européenne et donc ne pas rester dans un pré carré belgo-belge, avec les architectes habituels. Le bouwmeester sera informé, mais on portera l’appel d’offres en interne. On y insérera une rénovation ‘state of the art’ du bâtiment dessiné par l’architecte belge René Stapels il y a plus de 50 ans. On veut préserver le style moderniste et même le mobilier d’origine.

Cet immeuble est toujours en parfait état au niveau de la structure, malgré quelques ponts thermiques à corriger. On sait quasiment rouler partout dans le bâtiment pour l’instant. On en est à la phase programmatique, mais on veut ouvrir davantage le bloc sur le quartier. Les portées existantes le permettent, avec des entrées sur les quatre rues adjacentes; ce qui est vraiment précieux pour les circulations et les futures fonctions insérées.

"À Bruxelles, on dispose de six sites stratégiques. Et on a tout intérêt à les valoriser nous-mêmes en restant propriétaires."
Paul Monville
Directeur général D’Ieteren Immo

On a parlé à plusieurs reprises de votre site de Fort Jaco, où il a été question d’implanter une succursale de Rob en partenariat avec Bouygues Immobilier. Où en est-on aujourd’hui?

On repart d’une feuille blanche. Il y a trois ans, avant de créer le département immobilier, ce site était positionné à la vente. Cela aurait été une grossière erreur. On a approché Carrefour; on a été approché par Bouygues Immobilier, mais on n’a jamais rien signé avec eux. Aujourd’hui, on reprend nos billes. On veut prendre le temps. En attendant, on remplit l’espace avec des activités précaires, dont une parapharmacie. D’autres locataires temporaires vont arriver sur le site. À moyen terme, cela nous permettra d’entamer un dialogue constructif avec la Région bruxelloise pour implanter sur le site une activité durable et complémentaire au tissu existant, en conservant la station-service. Le futur projet mixte, résidentiel et commercial, devrait offrir au rez des espaces commerciaux de taille beaucoup plus réduite que celui auquel on a pensé un moment. Une grande surface avec trois niveaux de parking, on oublie. On veut aussi une concertation avec la commune pour remailler le quartier et recréer du lien et de la vie locale autour du nouveau pôle de ce tronçon de la chaussée de Waterloo.

Paul Monville ©D'Ieteren

Vous disposez également d’une magnifique assise près du rond-point Meiser, à Schaerbeek, le long de la chaussée de Louvain…

Oui. Le site est désaffecté depuis 18 mois. Nous allons, avant la fin de l’année, signer un bail précaire (occupation temporaire) avec Colruyt, pour se donner là aussi le temps de la réflexion sur la future affectation de ce site urbain. J’ai retrouvé une maquette vieille de 50 ans, qui avait été commandée par notre président actuel, Roland D’Ieteren, et où il y avait déjà des tours dessinées sur ce site. Déjà à l’époque… Le foncier permet d’être créatif: on dispose de 25.000 m² bâtis et de 1,5 hectare au sol. On ne commettra plus l’erreur commise à Laeken, avenue Houba De Strooper, où nous sommes sur le point de revendre notre propriété à Aldi, qui a déjà demandé un permis unique. Le compromis de vente vient d’être signé, mais l’accord de revente date d’il y a trois ans déjà. À refaire aujourd’hui, je pense qu’on garderait ce bien en portefeuille.

Et la propriété de la chaussée de Mons, que vous appelez D’Ieteren Centre et qui sera vidée de ses activités d’ici 2022, on y fera quoi?

Heyvaert, c’est un quartier compliqué aujourd’hui. Il y a même eu des zones de non-droit à certains moments.

D’ici 2022, on a le temps de laisser mûrir et de programmer une occupation temporaire, histoire de sentir comment le quartier va évoluer avec tout ce qui s’y met en place, notamment à l’initiative de citydev.brussels. On a des contacts réguliers avec le directeur général, Benjamin Cadranel. Et on discute activement avec les autorités régionales, les services du bouwmeester. Il y a un Plan d’aménagement directeur (PAD) en gestation, avec notamment la création d’un parc. ça complique un peu les choses si on veut conserver sur place des zones d’activité productive; mais ça peut aussi devenir une belle opportunité si on veut y densifier le logement et le commerce de proximité.

Et pour ce qui est des nouveaux projets industriels centrés sur votre activité principale, plus rien n’est programmé?

Bien sûr que si! On ne lâche pas la proie pour l’ombre: sur cinq ans de temps, on a construit quatre nouveaux garages. À Mont-Saint-Guibert (Axisparc), le nouveau garage Porsche sera livré fin du mois et l’inauguration officielle aura lieu le 25 avril.

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