Trump veut réduire les normes d'émissions des voitures

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L'administration Trump veut abaisser les normes d'émissions fixées sous l'ère Obama. Cette décision a provoqué la colère de plusieurs Etats, Californie en tête. Alors qu'un recours en justice a été introduit, le secteur automobile appelle le Président à trouver un accord avec les Etats, sous peine d'arriver à un marché automobile fragmenté.

Le Président Donald Trump fait face à la colère du secteur automobile. Motif? La volonté de la Maison-Blanche de réduire les normes d'émissions.

Scott Pruitt, patron de l’agence de la protection environnementale (EPA), avait en effet annoncé début avril une réévaluation des normes d’émission, le fameux CAFE (Corporate Average Fuel Economy). Cet indice, fixé par l'industrie automobile américaine en 2011 (pour une entrée en vigueur en 2025), représente la moyenne des économies de carburant réalisées par entreprise.

L'administration de Donald Trump a en effet conclut que l’administration Obama (sous l'ère de laquelle ces normes avaient été fixées) "avait fait des hypothèses pour définir les normes qui ne cadrent pas avec la réalité et qui l’ont amenée à choisir des normes excessivement exigeantes."

La révolte s'organise

Cette annonce avait déjà provoqué la fronde de plusieurs Etats américains, Californie en tête. Le grand état de l'Ouest américain avait immédiatement porté plainte contre l'EPA. Il faut dire que la Californie a toujours été en avance sur les questions environnementales. L'État compte ainsi 90% d'habitants consommant des produits bio, soit bien au-delà de la moyenne nationale. 

Ca suffit, nous ne cherchons pas la bagarre avec l'administration Trump, mais quand les enjeux sont si élevés pour la santé de nos familles et pour notre prospérité, nous avons la responsabilité de faire ce qu'il faut pour nous défendre.
Xavier Becerra
Ministre californien de la Justice

Quoi qu'il en soit, la Californie a été rejointe dans sa lutte sur les normes d'émissions par 16 autres états (New York, Connecticut, Delaware, Illinois, Iowa, Maine, Maryland, Massachusetts, Minnesota, New Jersey, Oregon, etc) et la capitale fédérale Washington DC.

"Ça suffit, nous ne cherchons pas la bagarre avec l'administration Trump, mais quand les enjeux sont si élevés pour la santé de nos familles et pour notre prospérité, nous avons la responsabilité de faire ce qu'il faut pour nous défendre", avait indiqué le ministre californien de la Justice, Xavier Becerra. Il précisait que cette plainte vise le bien-être de 140 millions de gens (et 43% du marché automobile américain) "qui veulent tout simplement des voitures plus propres et plus efficaces."

L'industrie automobile suit le mouvement

Aujourd'hui, c'est donc au tour de l'industrie automobile de s'opposer à tout abaissement des normes d'émission. Selon, le New York Times, elle demande au Président d'oeuvrer plutôt à trouver un accord avec la Californie.

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Et pour cause: même si les constructeurs ont encouragé Donald Trump à ses débuts à rendre ces normes moins sévères, ils s'inquiètent désormais du zèle montré par l'administration pour les démanteler. Ils craignent que le recours en justice des Etats ne mène à un marché automobile divisé et très compliqué à maîtriser en termes de prix et de gammes à proposer.

Dix-sept constructeurs automobiles américains sont unis dans ce dossier. Il est question notamment de Ford, General Motors, Toyota, Honda et Volkswagen. Seule exception: Fiat Chrysler.

Quelles sont ces normes?

Ces normes prévoient qu'en 2025, la moyenne des véhicules immatriculés et mis sur marché américain devra parcourir plus de 50 miles (quelque 80 km) avec un gallon (+/- 3,7 l) de carburant.

1 gallon pour 50 miles
normes
Les normes américaines prévoient qu'un véhicule devra parcourir plus de 50 miles (quelque 80 km) avec un gallon (+/- 3,7 l) de carburant.

Or le souci soulevé par l'EPA, c'est que les efforts consentis par les constructeurs sont rendus stériles par les évolutions du marché. En effet, en 2012, les voitures berlines représentaient approximativement la moitié du marché. Elles ne représentaient plus qu’un tiers en 2017. Les "gros SUVs" et les "light trucks" sont désormais majoritaires sur les routes dans presque tous les états, sauf en Californie. C’est cette évolution qui pousse Scott Pruitt à parler d'hypothèses irréalistes et donc sujettes à révision.

Dans une analyse, Le "Detroit News" conclut que le citoyen américain adhère visiblement peu aux ambitions écologiques promues par l'administration Obama. Une carte que Trump entend jouer d'autant plus que les "SUVs" et "light trucks" sont plus rentables et davantage assemblés aux États-Unis que les voitures berlines. Et le quotidien d'ajouter: "les consommateurs ne devraient pas être obligés de subventionner les petites voitures et les véhicules électriques pour permettre aux constructeurs et aux politiciens de prétendre qu’ils prennent garde à l’environnement."

Et dans l'UE?

L'industrie automobile européenne semble aussi inquiète de la direction empruntée par l'Union européenne (-40% des émissions à l'horizon 2030 avec des amendes à la clé). Carlos Tavares, patron de PSA mais également à la tête de l'Acea, l'association européenne des constructeurs automobiles, avance que, depuis le dieselgate, il y a surtout une série de questions qu'on n'ose plus poser. Par ailleurs, aucun acteur n'a pas davantage envie de lutter contre la folie actuelle pour les "SUVs", qui combinée aux volontés politiques de dé-diésélisation leur complique la tâche.  

"Nous sommes particulièrement inquiets par les objectifs de réduction de CO2 extrêmement agressifs", avait réagi l'Acea à l'annonce de la décision européenne en matière de normes d'émission. L'association évoquait une décision qui risquait d'avoir "des effets négatifs sur les emplois dans le secteur automobile."

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