Un boom de l'auto électrique tenable jusqu'en 2030

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Si le boom des voitures électriques devient une réalité, le réseau électrique sera en première ligne. Les gestionnaires de réseau ont néanmoins estimé que le réseau sera suffisamment robuste d’ici 2030. Dans le pire des scénarios, il faudrait 7 GW supplémentaires durant les pics d’hiver en 2050. Mais le réseau est suffisant si on répartit les moments et diminue la puissance moyenne de recharge.

Quand vous entamez une discussion sur les voitures électriques, la question des capacités électriques n’est jamais très loin. "Ils sont gentils avec leurs voitures électriques, mais si tout le monde roulait à l’électrique, comment va-t-on produire l’électricité nécessaire et en plus le réseau ne va jamais tenir!" C’est le genre d’argument qui arrive tôt ou tard dans la conversation. Il s’agit donc d’objectiver le débat.

C’est ce qu’ont essayé de faire les gestionnaires de réseau au sein de leur association Synergrid avec le concours des consultants de Baringa. Les gestionnaires de réseau seront en effet en première ligne en cas de problème. Si la technologie promet beaucoup de choses, ces derniers doivent anticiper par rapport à ce qui existe aujourd’hui et ne pas se laisser dépasser par le succès promis au véhicule électrique.

Deux scénarios de recharge ont été élaborés, un scénario à "impact faible" et un autre scénario à "impact élevé" sur le réseau.

Ils sont donc partis d’un scénario unique de ventes élevées de voitures électriques, un scénario optimiste qui leur vient de l’Agence internationale de l’énergie. Selon celui-ci, 1,5 million de voitures rechargeables sur secteur (hybrides plug-in y compris) circuleront en Belgique en 2030 et 4 millions en 2050. Ensuite, deux scénarios de recharge ont été élaborés, un scénario à "impact faible" et un autre scénario à "impact élevé" sur le réseau.

Dans le scénario à impact élevé, 80 à 90% des épisodes de charge se font à domicile avec des charges qui débutent entre 17 et 19h à du 6kW en moyenne.

Dans le scénario à faible impact, 50% des épisodes de charge se réalisent à domicile et débutent entre 16h et 20h à du 4kW en moyenne. "En 2030, il n’y a pas vraiment de différence entre les deux scénarios. L’impact sur le réseau reste modéré même dans le scénario à fort impact", souligne Bruno Gouverneur de chez Synergrid.

Comprenez: quel que soit le comportement des consommateurs de voitures électriques, le réseau ne devrait pas vraiment souffrir en 2030. Seul le dernier maillon de la chaîne, 10% des câbles basse tension a un risque de surcharge, dans le pire des scénarios. Les solutions dans ce cas ne sont pas les plus onéreuses, il s’agit par exemple de renforcer les câbles ou encore de diminuer la puissance de recharge dans les zones plus faibles.

Sept réacteurs nucléaires

À horizon 2050 par contre, la donne est fort différente. Dans le pire des scénarios, 4 millions de voitures qui se chargent à l’heure du pic de consommation peuvent nécessiter jusqu’à 7 GW supplémentaires un jour froid d’hiver, soit l’équivalent de 7 réacteurs nucléaires classiques.

7 GW
Selon un scénario catastrophe, il faudrait 7 GW de plus lors des pics d’utilisation du réseau. Un scénario facilement évitable avec les bons comportements de recharge.

Mais tout ceci peut être évité en cas de comportements vertueux.

C’est justement ce à quoi les gestionnaires de réseau aimeraient que l’on incite en Belgique, comme c’est par exemple déjà le cas en Norvège. Le scénario "low impact" ne devrait pas vraiment faire souffrir le réseau, même en 2050. "Pour la stabilité du réseau, c’est moins le nombre de véhicules qui est important que le mode de recharge. Essayons d’inciter les clients et la chaîne de valeur pour que le mode de recharge évolue vers le scénario à faible impact", insiste Gouverneur.

Pourquoi en effet charger à raison de 11 kW en pleine heure de pointe électrique quand cela n’est pas nécessaire? Surtout que cela peut s’avérer être un coût alors qu’en moyenne, les clients belges n’ont que 10 kW de capacité électrique chez eux. "Si tous les Belges allument leur grille-pain en même temps, le réseau saute aussi", rappelle-t-on chez Synergrid

Les acteurs et les autorités doivent se mettre autour de la table pour bien anticiper la demande d’électricité qui arrive avec le véhicule électrique afin de mettre sur place un "nouvel écosystème" autour de la voiture électrique.

Le scénario à faible impact est loin d’être un "scénario parfait", comme nous le rappelle Bérénice Crabs, la secrétaire générale de Synergrid. De nombreuses solutions technologiques comme le Smartgrid ou des systèmes de recharge intelligents devraient s’imposer dans les prochaines années, même si on ne les voit pas aujourd’hui abondemment sur le terrain.

Le message est donc clairement qu’il n’y a pas de panique à avoir, mais que les acteurs et les autorités doivent se mettre autour de la table pour bien anticiper la demande d’électricité qui arrive avec le véhicule électrique afin de mettre sur place un "nouvel écosystème" autour de la voiture électrique.

Quelques solutions simples sont nécessaires, comme étaler la charge durant la journée (au bureau ou en transit). Il faudrait aussi que les épisodes de recharges se passent sur de la moyenne tension également. Enfin, diminuer la moyenne de puissance de recharge à la maison sera aussi essentiel pour qu’en 2050, la recharge des voitures électriques ne soit pas un problème sur le réseau.

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