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Un méga deal "durable" glisse entre les doigts de D’Ieteren

ERM est le plus grand bureau de conseils spécialisé en durabilité au monde. Il emploie 5.500 collaborateurs. ©Getty Images

D'Ieteren s’est mesuré aux géants des investissements Blackstone et KKR pour tenter de mettre la main sur ERM, leader mondial des conseils en matière de durabilité. KKR a finalement pris le dessus.

Le bureau ERM conseille les entreprises dans les domaines de l’environnement, de la santé, des aspects sociaux et d’autres dimensions durables, regroupés sous l’acronyme ESG (environnement, social et gouvernance). ERM, qui emploie 5.500 collaborateurs, est le leader mondial sur ce marché. Un domaine d’activités juteux pour le groupe britannique qui profite de l’intérêt croissant des investisseurs pour thème de la durabilité. Lors de son exercice 2019-2020, il a réalisé ainsi un chiffre d’affaires de 792 millions de dollars (650 millions d’euros), en hausse de 10% sur un an. 

Il y a cinq ans, les fonds de pension canadiens Omers et AIMco ont acquis ensemble 60% du bureau ERM, valorisé à l’époque à 1,7 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros). Le solde (40%) est resté aux mains du management. 

2,7
milliards d'euros
ERM serait valorisé (dettes incluses) à 2,7 milliards de dollars.

La semaine dernière, les deux investisseurs sont sortis du capital de la société de conseils. Le repreneur? Le géant américain légendaire des investissements KKR (qui était également un des clients d’ERM). Le groupe US détient désormais 60% du leader de la durabilité, aux côtés du management et de quelques partenaires. ERM serait valorisé (dettes incluses) à 2,7 milliards de dollars. 

Mais, pour les investisseurs en Belgique, il est plus intéressant d’apprendre qui n’a pas réussi à racheter ERM. Selon plusieurs sources, KKR était confronté dans la dernière ligne droite à deux concurrents: Blackstone et… le holding belge DIeteren. 

C’est la première fois depuis plusieurs années que l’on réussit à coller un nom sur une proie du groupe ixellois dans sa longue et patiente quête d’une cible destinée à diversifier ses activités. 

Quête

D’Ieteren a lancé cette quête il y a dix ans après avoir vendu ses intérêts dans la société de location automobile Avis Europe pour plus de 400 millions d’euros. L’objectif? Diversifier le portefeuille familial. 

C’est la première fois depuis plusieurs années que l’on réussit à coller un nom sur une proie du groupe ixellois dans sa longue et patiente quête d’une cible destinée à diversifier ses activités.

Depuis lors, malgré les centaines de dossiers examinés à la rue du Mail à Ixelles, cette recherche n’avait débouché que sur un deal: le rachat, il y a cinq ans, de l’entreprise coiffant les carnets et cahiers légendaires Moleskine. Mais cette reprise, sous la houlette du CEO de l’époque, Axel Miller, n’a guère été couronnée de succès, et c’est un euphémisme. Aujourd’hui, Moleskine ne vaut plus que 155 millions d’euros dans les comptes de D’Ieteren, soit un peu plus de trois fois moins que le prix (500 millions) payé par le groupe en 2016. 

Vache à lait

L’argent n’est pas le problème dans cette volonté de croissance externe. Le holding de la famille D’Ieteren est assis sur une montagne de cash de 2,2 milliards d’euros. En cause?  Les dettes que D’Ieteren et son partenaire Clayton Dubillier & Rice (CD&R) logent avec la régularité d’un métronome dans le bilan de leur entité phare Belron (Carglass), leur permettent de financer les généreux dividendes distribués aux deux actionnaires. Les dettes qui s’accumulent chez Belron reflètent en quelque sorte les liquidités croissantes de D’Ieteren. 

Ces dernières années, Belron est devenue en effet une véritable vache à lait pour D’Ieteren. Le holding automobile y a cependant diminué sensiblement sa participation en 2018, à un mauvais moment: juste avant que Carglass ne propose à ses clients le recalibrage des capteurs d’aide à la conduite, une mine d’or pour Belron. 

La vente d’une part de 40% à CD&R a rapporté 620 millions d’euros à D’Ieteren, auxquels s’est ajouté juste avant un super dividende de près d’un demi-milliard versé par Belron. Il y a deux ans, les deux actionnaires ont amené Belron à leur verser 850 millions d’euros, l’obligeant ainsi à s’endetter un peu plus pour le financer. Au début de cette année, ils ont réitéré la manœuvre: cette fois, c’est un milliard et demi qui est allé dans la poche des actionnaires. 

Si CD&R s’est empressé de réinvestir ce cash en rachetant le groupe irlandais de services pharmaceutiques UDG, à la rue du Mail, on prend généralement son temps. Mais on ne reste donc pas les bras croisés, comme le dossier ERM vient de l’illustrer. 

Le résumé

  • D'Ieteren faisait partie des dernières candidats potentiels pour acquérir ERM, le leader mondial du conseil en développement durable.
  • Le holding automobile belge et Blackstone ont perdu face au géant américain de l'investissement KKR.
  • L'accord d'un milliard de dollars montre pour la première fois depuis des années quel type d'investissements D'Ieteren envisage pour diversifier ses activités.
  • D'Ieteren dispose d'une montagne de trésorerie de 2,2 milliards d'euros pour faire des acquisitions.

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