Publicité
analyse

Un "warning" qui fait du bien à l'action Faurecia

Le site de Faurecia à Méru, au nord de Paris. ©Belga

Faurecia a revu ses objectifs à la baisse en raison de la pénurie de semi-conducteurs qui paralyse le secteur auto. Mais, le marché a apprécié sa sincérité.

L'action Faurecia a grimpé de plus de 6% à la Bourse de Paris, trustant la tête de l'indice paneuropéen Stoxx 600. Étrangement, la bonne tenue de l'équipementier automobile en bourse s'explique par une mauvaise nouvelle.

Faurecia a averti la cote qu'elle allait raboter ses ambitions pour l'exercice en cours pour les ajuster à la baisse de la production automobile mondiale, conséquence directe de la pénurie des semi-conducteurs.

Le numéro un français de l'équipement auto table à présent sur des ventes d'environ 15,5 milliards d'euros en 2021, contre au moins 16,5 milliards prévus initialement. Les prévisions de marge opérationnelle sont aussi rognées, passant de 7% précédemment à une fourchette comprise entre 6,0% et 6,2%.

Au niveau des flux nets de trésorerie, le groupe s'attend à rallier difficilement la barre des 500 millions d'euros alors qu'il misait sur un dépassement de ce montant à la fin de son exercice 2021.

34,5 millions
de voitures
Les dernières prévisions de production automobile mondiale publiées par IHS Markit estiment à 34,5 millions le nombre de véhicules construits au second semestre 2021, au lieu de 39,3 millions.

Pression sur les chaînes de production

Si Faurecia se serre la ceinture, c'est surtout pour s'adapter à la nouvelle donne qui crispe tout le secteur automobile. La semaine dernière, le bureau IHS Markit avait revu à la baisse ses pronostics de production, s'attendant désormais à 34,5 millions de véhicules assemblés dans le monde au second semestre contre 39,3 millions auparavant.

Des perspectives plus sombres d'IHS ont déjà contraint Traton, la filiale "poids lourds" de Volkswagen, à annoncer une baisse significative de ses livraisons pour le trimestre en cours et des problèmes d'approvisionnement "au quatrième trimestre et au-delà".

Chez nous, AudiBrussels vient d'interrompre une nouvelle fois ses lignes d'assemblage, et cela pour plusieurs jours.

Au total, pour l'année 2021, le curseur est à présent fixé à 72 millions d'automobiles produites dans le monde alors que la précédente estimation, mise à jour le mois dernier, flirtait avec les 77 millions de véhicules.

Les suiveurs applaudissent quand même

Étonnement, l'action Faurecia ne souffre pas des mauvais présages lancés par l'équipementier qui se targue d'embarquer ses technologies dans un véhicule sur trois produits dans le monde. Bien au contraire. Elle est repassée au-dessus des 40 euros, récupérant au passage toutes les pertes accumulées sur le mois.

"Le warning n’est pas surprenant compte tenu du nouveau scénario de production et même rassurant sur la partie cash."
Michael Foundoukidis
Analyste - Oddo BHF,

Dans le sillage de l'équipementier français, les titres des concurrents Continental , Valeo et Plastic Omnium ont également été très recherchés ce jeudi sur les marchés.

Pour Michael Foundoukidis, analyste financier spécialisé dans l'automobile chez Oddo BHF, le marché se réjouit d'avoir plus de visibilité et plus de clarté sur les ambitions de Faurecia dans le contexte actuel.

"Le warning n’est pas surprenant compte tenu du nouveau scénario de production et même rassurant sur la partie cash", note l'analyste qui précise que "cela va permettre aux investisseurs de se concentrer davantage sur l'opération Hella", dont le rachat par Faurecia a été annoncéle mois dernier.

Oddo BHF recommande toujours l'achat des actions Faurecia, comme 17 autres suiveurs du titre. L'objectif de cours moyen s'affiche à 56,47 euros, ce qui représente une prime de 49% par rapport au cours de clôture de mercredi.

"Pas le droit à l'erreur"

L'analyste de la banque d'investissement Equita, Martino De Ambroggi, estime toutefois que "l'ampleur de la révision est pire que prévu". Il justifie son pessimisme par "la hausse du prix des matières premières et de certains composants qui peut également peser sur les résultats, même si ce n'est pas précisé dans le communiqué de Faurecia".

"De plus, les puces ne sont qu'une des nombreuses perturbations auxquelles l'industrie est confrontée."
Mark Wakefield
Expert automobile chez AlixPartners

Loi de l'offre et de la demande oblige, les puces et les semi-conducteurs voient leurs prix gonfler dans ce contexte d'épuisement des stocks. Le consultant AlixPartners chiffre la perte de revenus pour l'industrie auto à cause des pénuries à 210 milliards de dollars cette année. En mai dernier, la même estimation parlait d'une perte de 110 milliards de dollars, soit un différentiel de plus de 90%.

"Bien sûr, tout le monde avait espéré que la crise des puces se serait davantage atténuée à l'heure actuelle, mais des événements malheureux tels que les blocages en Malaisie en raison du Covid-19 et les problèmes persistants ailleurs ont exacerbé les choses", note Mark Wakefield, expert automobile chez AlixPartners.

"De plus, les puces ne sont qu'une des nombreuses perturbations auxquelles l'industrie est confrontée, depuis les pénuries de résine et d'acier jusqu'aux pénuries de main-d'œuvre. Les constructeurs et les fournisseurs n'ont pas le droit à l'erreur en ce moment".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés