edito

Une puce vous manque et tout est bloqué

Journaliste

Audi Brussels à l'arrêt faute de puces électroniques.

Les pénuries ont souvent fait l’actualité ces derniers mois. On a parlé seringues, masques ou même papier-toilette. Mais à l’heure où la tant attendue relance est sur toutes les lèvres, c'est une nouvelle pénurie plus discrète qui frappe. Il s’agit d’un composant dont on oublie souvent la présence, mais qui est dans la plupart des objets électroniques que nous utilisons au quotidien : les puces ou semi-conducteurs. Tout ce qui est électronique en utilise et la crise a fait exploser la demande. Elles sont partout, évidemment dans les smartphones, les ordinateurs, les machines à laver, les télévisions, mais aussi les voitures.

Une pénurie de semi-conducteurs, cela peut bloquer toute une chaîne de production et mettre au chômage des milliers d’ouvriers, comme en témoigne la situation vécue actuellement par Audi Brussels, qui doit cesser le travail pendant une semaine faute de puces. La problématique est mondiale, l’industrie automobile doit renoncer à la construction de 650.000 véhicules au premier trimestre 2021. Les fournisseurs de semi-conducteurs, devenus tout-puissants, ont estimé que les entreprises technologiques étaient plus prioritaires que l’industrie automobile, qui n'a rien eu à dire.

"Les fournisseurs de semi-conducteurs, devenus tout-puissants, ont estimé que les entreprises technologiques étaient plus prioritaires que l’industrie automobile, qui n'a rien eu à dire."

Nous faisons mine de découvrir que l’approvisionnement en puces électroniques est un enjeu majeur. Mais c’était déjà le cas hier et avant-hier. Nos entreprises dépendent de fournisseurs principalement asiatiques, qui, face à la forte demande actuelle, ne peuvent honorer toutes les commandes et font des choix. Au-delà du simple mécanisme de l'offre et de la demande, cette situation révèle notre manque de souveraineté dans le domaine. L’Europe a accepté cette dépendance électronique envers le continent asiatique et, dans une moindre mesure, américain, et se réveille aujourd’hui asphyxiée par un secteur qui se consolide de plus en plus. Cocorico, la Belgique possède un champion en la matière avec Melexis, mais face à l'appétit des géants du secteur, combien de temps restera-t-il encore sous pavillon belge ?

La souveraineté numérique est un concept très à la mode face à la prédominance des géants technologiques non européens. Ce serait une grave erreur d’oublier la problématique matérielle liée à cette souveraineté. Une problématique qui demande une stratégie spécifique qui dépasse les intérêts nationaux, au niveau européen donc, avec comme exemple ce qui se fait dans le secteur des batteries électriques avec la création d'une véritable filière européenne. Chaque secteur pourrait aussi envisager de créer sa propre filière. Il faut en tout cas faire en sorte que cette semaine d'arrêt chez Audi Brussels reste une exception.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés