Voitures électriques cherchent réseau de recharge conséquent et fiable

©Jean Dujardin

Les voitures 100% électriques comme la Tesla sont agréables à conduire. Pourtant, les ventes restent modestes. Outre le prix, le réseau de recharge reste un frein, même si les choses évoluent.

Quand vous prenez place derrière le volant d’une Tesla ou d’une voiture électrique en général, vous ne pouvez qu’être frappé par une chose: le bruit, ou plutôt, l’absence de bruit. Le plaisir de conduite, la performance, le volet multimédia et même, dans une certaine mesure, les finitions de la Tesla Model S dans sa version la plus chère P90D "Ludicrous" que nous avons entre les mains sont des plus agréables.

Pourtant, les chiffres de ventes de Tesla diminuent au 1er semestre 2016. Le prix est certainement une partie de l’explication (137.700 euros pour la Tesla de notre essai). Peut-être les clients attendent-ils aussi les prochains modèles de la marque californienne. Peut-être aussi que le réseau de recharge est encore loin d’être optimal.

Les Tesla au superchargeur de Machelen profitent de la recharge gratuite offerte par la société californienne. C’est le quatrième superchargeur de Belgique. ©Jean Dujardin

Tesla fait pourtant tout son possible pour nous simplifier la vie dans un type de motorisation qui reste pour le moment moins flexible à l’usage. Le groupe a par exemple récemment lancé son 4e superchargeur en Belgique à Machelen. Nous y sommes passés sur le parking de l’hôtel Van der Valk de Diegem, à deux pas de l’aéroport, et plusieurs Tesla étaient alignées, les conducteurs attendant sagement que leur véhicule se recharge. Ici comme dans 220 sites européens, les Modèle S et Modèle X peuvent être chargés à moitié en 20 minutes ou à 80% en 40 minutes, le tout gratuitement. Des superchargeurs qui ont pour vocation de faciliter les transports internationaux.

Nous y croisons Baudoin Dupriez, propriétaire d’une Tesla de la région liégeoise en train de recharger son véhicule. Comme beaucoup de propriétaires de Tesla, il nous indique que posséder ce type de voiture demande un peu d’organisation. Il a personnellement mis 6 mois pour arriver à faire installer une borne de recharge à son domicile. En attendant, il a chargé sa voiture au McDonald’s proche de chez lui, qui dispose d’une borne, et aux superchargeurs. "6 mois de pleins gratuits", sourit-il.

Sur une borne publique à Knokke à deux pas de la digue, il me faudra environ 3h30 pour recharger une grosse moitié de la batterie de la Tesla Model S. ©Benjamin Everaert

À Knokke, je recharge mon véhicule à deux pas de la digue, sur une borne de recharge estampillée Blue Corner qui fonctionne par SMS. "Vous avez de la chance, car en général c’est très compliqué de trouver une place à Knokke pour recharger sa voiture", nous dit Martin Gillet en charge de la communication du Tesla Club, un club de passionnés indépendant de Tesla. Peut-être est-ce dû au fait que je suis passé un matin en pleine semaine. Martin Gillet se plaint, lui, en tout cas, des utilisateurs de Tesla qui bloquent les places de recharge trop longtemps, qui "confondent place de parking et place de chargement. Je ne vous parle même pas des utilisateurs de voiture à combustion qui n’en ont cure". Avec environ 40% de batterie restante, notre voiture sera rechargée en 3h30. Un type de station à mi-chemin entre les prises de courant classiques et les chargeurs très rapides de Tesla ou Total qui amènent du courant continu directement dans la voiture. Ces derniers permettent de recharger très rapidement. "Je suis monté à du 220 kilomètres de recharge par heure avec un adaptateur CHAdeMO ce matin en Allemagne. Le temps de prendre un café et un sandwich, en 20 minutes j’ai eu le temps de récupérer assez d’autonomie pour arriver à destination et évidemment, on ne roule pas à 120 km/h en Allemagne", témoigne Gillet.

La Belgique à la traîne

"Aux Pays-Bas, il y a 16.000 bornes de recharge publiques. En Belgique, on est à un petit millier. Le politique doit se rendre compte que les voitures électriques sont là", pointe Hugues Dhaeyer, le fondateur de PowerDale, une petite société belge dont Engie détient 33% et qui a déjà installé quelque 800 bornes de recharges. En Belgique, il y a deux fabricants de bornes électriques nationaux: PowerDale et Blue Corner. Ensuite, il y a d’autres acteurs qui importent des produits britanniques ou scandinaves. "Il y 6 ou 7 acteurs majeurs autour de ce business", estime le fondateur de PowerDale.

Tous les utilisateurs de voitures électriques vous le diront: avoir une voiture électrique demande un peu d’organisation pour planifier ses recharges. ©Jean Dujardin

Nous avons trouvé notre borne de recharge côtière grâce à l’application Plugshare, une de ces applications qui répertorient les points de recharge. Les utilisateurs y postent commentaires et photos, ce qui permet de se faire une idée de la qualité du service. Car de nombreuses stations ne sont pas accessibles à tout le monde, d’autre n’existent pas et d’autres encore possèdent de simples prises, très lentes donc pour la recharge. Avec du 3,7 kW, vous ne rechargez environ que 16 km d’autonomie par heure. "Il n’y a pas d’agrégateur unique pour les stations de recharge, c’est un problème. Moi je passe via deux ou trois applications pour bien balayer le territoire quand je suis en déplacement", nous explique Martin Gillet.

"Pour un plein, on est environ à 4 euros. Il est donc difficile de demander 2 euros de plus pour financer la borne."
Hugues Dhaeyer
Fondateur de PowerDale

Bart Tommelein, le ministre flamand de l’Énergie, veut mettre 2.500 bornes de recharge en Flandre. "Mais le cahier des charges n’est pas encore sorti. En Wallonie, on réfléchit encore", explique Hugues Dhaeyer. Le distributeur ORES va de son côté installer une trentaine de bornes de recharge, mais à la demande des communes. Le problème, c’est qu’il s’agit de financer de telles bornes. PowerDale qui va installer 800 bornes au Grand-Duché (L’Echo 09/08/16) rappelle que chez nos voisins, ces bornes sont considérées comme un service public. "Ce qui coûte cher, ce n’est pas la borne que vous pouvez avoir pour 1.500 euros, mais l’installation. Ouvrir le trottoir, se rendre compte que le réseau électrique n’est pas à la hauteur par exemple, etc.", dit Dhaeyer. Il est donc difficile pour une ville ou une commune de récupérer sa mise, surtout que la commodité électricité ne coûte pas bien cher. "Pour un plein, on est environ à 4 euros. Il est donc très difficile de demander de payer 2 euros supplémentaires par exemple pour financer l’infrastructure. Ça rend beaucoup de business cases inintéressants."

En attendant, installer un chargeur chez soi qui permette de charger en quelques heures ou en avoir un à disposition au bureau semble être une bonne solution à côté des superchargeurs. Nous ne ferons nous-même ni l’un ni l’autre alors que nous rendons la clé de notre Tesla de test au service center de Woluwe-Saint-Étienne.

5.000 voitures 100% électriques en Belgique en 5 ans

Si les voitures électriques font couler beaucoup d’encre, elles ne sont certainement pas encore légion sur le territoire belge. Toutes marques confondues, à peine 4.667 voitures ont été immatriculées depuis le début 2012. Ce qui fonctionne bien à l’heure actuelle, ce sont les voitures hybrides et plug-in hybrides. Elles permettent à beaucoup de constructeurs et aux consommateurs de diminuer les moyennes de CO2 tout en réglant le problème inhérent du manque d’autonomie de nombreux modèles "full electric". Ceci, le temps que les constructeurs classiques rattrapent leur retard, semble-t-il. Tous les constructeurs sont en effet engagés dans une course contre la montre pour sortir leur réponse à Tesla. Mercedes-Benz (Daimler) devrait bientôt dévoiler une marque à part entière dédiée à l’électrique, qui développera quatre modèles selon les rumeurs.

Opel veut amener sur le marché une voiture électrique compétitive avec plus de 300 kilomètres d’autonomie et ce dès 2017. BMW n’est pas en reste dans le domaine. Et les Nissan Leaf et autres Renault Zoé sont déjà bien présentes dans la catégorie des plus abordables.

De l’autre côté de la planète, en Chine, tous les constructeurs nationaux s’affairent aussi pour trouver la réponse à une pollution des villes de plus en plus inquiétante. Plus de 200 entreprises différentes y sont en train de développer des véhicules à énergie alternative. "Le diesel gate nous fait du bien et je pense que l’on va assister à un tsunami électrique dans pas trop longtemps, estime Hugues Dhaeyer, le fondateur de PowerDale, une société qui installe des bornes de recharge. Je suis convaincu que bientôt, ce sera aussi mal vu de rouler en voiture thermique en ville que de fumer dans un restaurant."

Nissan Leaf décolle

43%
Au premier semestre 2016, les ventes de véhicules électriques ont progressé de 43% par rapport au premier semestre 2015.

Si les chiffres sont relativement modestes par rapport au marché auto, sur les six premiers mois de 2016, les immatriculations de voitures 100% électriques en Belgique ont tout de même progressé de 43% pour s’établir à 1.083 immatriculations.

La Nissan Leaf sort tout particulièrement du lot avec quelque 327 immatriculations contre 123 l’année précédente. En plus de bénéficier d’une déductibilité très intéressante pour les sociétés, les voitures électriques sont également très intéressantes du point de vue de l’avantage de toute nature, lequel dépend notamment du CO2. La belle progression est peut-être également liée aux primes pour véhicules électriques instaurées en Flandre. Pour une petite voiture électrique, la prime peut atteindre 5.000 euros. 

©IPADGRAPH

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