interview

Volker Germann, CEO d'Audi Brussels: "Nous réalisons le futur de l'automobile"

Depuis avril 2019, un Allemand dirige Audi Brussels. Pour lui, pas de doute: les équipes de Forest ont de quoi être fières. ©saskia vanderstichele

Volker Germann revient sur ses 18 mois passés à la tête d'Audi Brussels. La production des premières voitures électriques d'Audi s'est normalisée et les équipes ont de quoi être fières, selon lui.

En Belgique, il y a aussi des raisons d'être fiers. En ces temps de sinistrose sur fond de pandémie, on aurait peut-être tendance à l'oublier. Une petite visite chez Audi Brussels vous redonne le sourire. La Belgique est somme toute le premier pays à produire des véhicules électriques pour le groupe Audi. Un savoir-faire prometteur qui trouve aussi un écho chez Volvo Gand où la production des XC40 entièrement électriques vient de débuter cette semaine.

Le patron de l'usine de Forest, Volker Germann, est arrivé en avril 2019. Cet Allemand, actif depuis 30 ans dans le groupe, a dirigé plusieurs usines au sein de la galaxie Volkswagen, notamment au Brésil et en Chine. "Je voulais venir ici pour construire une voiture électrique", insiste-t-il. Après 18 mois aux commandes, il accorde à L'Écho sa première interview. Sur sa veste, un pin's "positron", contraction d'e-tron et de positivité, le mantra que la direction veut afficher à Forest.

Qu'avez-vous accompli depuis votre arrivée?

Quand je suis arrivé, la production démarrait. J’ai dû finir la courbe de montée en production. Ensuite, le modèle avec la plus petite batterie est arrivé. Il est très populaire en Norvège et aux Pays-Bas pour les trajets du quotidien. Et cette année, on a commencé avec la Sportback. Nous avons démarré, il y a quelques semaines, avec la version S de l’e-tron avec 3 moteurs électriques et plus de 370 kW. Ce qui est parfait pour la version racing de la voiture électrique. En parallèle, nous avons eu le coronavirus...

Avec toutes les mesures face au risque du coronavirus, comment se porte la production?

Cela a été une tâche énorme pour nous. Cela m’a aidé d’avoir été en poste en Chine où l’épidémie a commencé. J’y ai encore de bons contacts et j’ai pu leur demander comment s’y prendre, comment se protéger et quelles sont les bonnes méthodes.

Vous parlez chinois?

Non. (Il rigole et récite les quelques mots qu’il connaît.) Avec une telle pandémie, il faut d’abord protéger le personnel. Une usine sans son personnel n’est pas une usine.  Un document reprend les 120 mesures que nous avons implémentées dans l’usine.

"Mes contacts en Chine m’ont aidé pour implémenter les bonnes mesures face au coronavirus."

La Belgique a été déclarée zone rouge par mon pays cette semaine. Il ne faut pas se relâcher. Toute personne qui entre dans l’usine doit porter un masque. Ce n’est pas le cas dans toutes les usines, mais cela a été décidé ici avec les syndicats.

Comment toute ces mesures impactent-elles la productivité dans l’usine?

Après la crise du coronavirus, on a repris en douceur, car tout le monde avait un peu peur après un mois passé à la maison. On a augmenté la cadence chaque semaine par la suite, pour atteindre à nouveau une capacité normale quelques semaines avant les vacances. On a gardé ce rythme-là à la rentrée.

L’usine de Bruxelles est-elle réellement devenue un centre d’expertise au sein du groupe?

Oui et on en apprend énormément tous les jours. À force de refaire la même chose encore et encore, nous améliorons les processus. C’est une très grande chance de se retrouver en première ligne pour entrer dans un nouveau monde, celui de l'électromobilité. La nouvelle devise d'Audi est: « le futur est une attitude ». Nous réalisons ce futur de l’automobile.

Le fait que l’usine de Forest se soit spécialisée dans l’électromobilité est une garantie pour son avenir?

Oui. Je vous donne un exemple. Nous avons ici une application pour analyser les batteries et détecter les problèmes. Nous l’appelons Battman, pour "battery management". Elle a été développée par les équipes de préassemblage et de la qualité, ici, à Bruxelles. L’année dernière, il y a eu une réunion de tous les directeurs de production. On y a présenté cette solution.

"Notre application Battman pour détecter les problèmes sur les batteries a été développée à Bruxelles et est maintenant utilisée dans tout le groupe Volkswagen."

Nous vendons maintenant cette application à nos amis en Chine, dans l’usine où ils construisent aussi des voitures électriques. Nous l’avons vendue également à Volkswagen. C’est développé par des Belges. Ce n’est possible que parce que nous sommes les premiers.

Tous ceux qui construisent des voitures électriques au sein du groupe se rendent compte que Battman les aide beaucoup. Les équipes sont fières d’avoir développé et construit une application que les équipes de Volksagen à Mösel utilisent désormais.

Pouvez-vous allez plus loin en termes de productivité?

On pense peut-être pouvoir augmenter la cadence d’une à deux voitures par heure, mais pour le moment nous sommes un peu bloqués par le corona. Nous voyons qu’en Belgique, le virus continue, chez nos fournisseurs aussi. Donc nous préférons attendre un peu. Nous ne voulons pas faire le yoyo dans la production, car ce n’est pas bon pour la qualité, qui reste le plus important pour les clients.

Le nombre d’emplois à l’usine de Forest va-t-il augmenter dans le futur?

Cela dépend des clients. Quand nous avons commencé avec cette voiture électrique, cela a créé environ 500 jobs en plus ici par rapport à la période de l’A1. Il s’agit d’emplois plus spécialisés. Nous espérons que l’on pourra augmenter le nombre de travailleurs dans le futur pour produire plus de voitures.

"Je suis très content que la Belgique opte pour l’électrique, mais on a besoin de bornes."

La demande est donc au rendez-vous pour l'e-tron?

Les gens aiment la voiture électrique. En Norvège, l'e-tron est la voiture la plus vendue, toutes voitures confondues. Le succès dépend vraiment du réseau de recharge du pays. La Norvège est un grand pays, très long en kilomètres. Mais les gens ne sont pas effrayés, car il y a une station de recharge à chaque coin de rue. On le voit aussi aux Pays-Bas et en Suède.

C’est ce que vous diriez aux autorités belges, qu’il faut davantage de points de recharge?

Oui, il faut en faire plus. C’est tout aussi vrai pour mon pays, l’Allemagne. Nous ne sommes pas parfaits non plus. C’est pour cela que l’on a créé, avec d’autres constructeurs automobiles, la marque Ionity, qui construit et installe des stations de recharge rapide. C'est un travail que les gouvernements et l’industrie doivent faire ensemble.

La Belgique veut que toutes les voitures de société deviennent électriques, vous êtes un patron d’usine heureux, non?

Je suis content, mais on a besoin de plus de points de recharge. Sans ces stations de recharge, les gens seront mécontents. Imaginez si tout le mode doit faire la file pour recharger son véhicule...

"La formation est très importante aussi. Nous avons énormément fait pour former 3.000 personnes aux voitures électriques."

Vous avez dirigé des usines au Brésil et en Chine, notamment. Qu’est-ce qui est différent en Belgique?

Il n’y a pas de différence pour moi. Il faut construire des voitures avec une bonne qualité. Si vous la perdez, vous perdez la chose la plus importante: vos clients.

Il est important de se spécialiser et de créer une équipe, une famille, pour y arriver. Quand l’Allemagne a gagné la Coupe du monde de football, c’était une équipe parfaite. La personne qui construit la voiture est aussi importante que celle qui prépare le lunch dans l’entreprise. La formation est très importante aussi. Nous avons énormément fait pour former 3.000 personnes aux voitures électriques.

Il y a pourtant beaucoup de différences entre la Chine et la Belgique, par exemple sur la place des syndicats dans l’entreprise.

(Il rigole) Je fais à chaque fois cette blague qui dit que si je faisais des heures supplémentaires en Chine, les syndicats le faisaient savoir à tout le monde. Ici, c’est un peu différent. Mais le principe, au niveau du personnel, reste le même. Les gens aiment le respect, la possibilité de travailler dans une équipe, d’avoir de la place pour la créativité et la mobilité interne. C’est vrai là-bas, comme ici.

Certaines personnes restent sceptiques sur la mobilité électrique. Que leur répondez-vous?

C'est le moyen le plus efficace actuellement pour la décarbonisation du transport et pour atteindre nos objectifs de CO2 pour nos flottes. Trente modèles seront électrifiés chez Audi d’ici 2025 et plus de 20 de ceux-ci seront entièrement électriques.

"L’idée de voyager 1.000 à 2.000 kilomètres pour ses vacances en voiture est moins d’actualité."

Nous voyons qu’avec cette crise, les gens sont plus ouverts aux voitures électriques. L’idée de voyager 1.000 à 2.000 kilomètres pour ses vacances en voiture est moins d’actualité. Vous restez davantage dans votre pays ou votre région. Certains clients vont se dire "pourquoi j’aurais besoin d’une voiture pour faire 1.000 kilomètres, si 450 kilomètres sont suffisants?"

Audi a toujours clamé être une compagnie technologique, mais certains disent aujourd’hui que Tesla a trop d’avance. Vous allez les rattraper?

C’est le but, un de ces jours, de proposer une voiture qui sera nettement meilleure qu'une Tesla. La Belgique pourrait être un joueur important à ce niveau-là. Nous verrons. C’est bon pour les d’avoir de la compétition pour les clients. Nous en avons aussi au sein du groupe Volkswagen avec les voitures électriques des autres marques.

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