1.000 emplois en danger chez Brussels Airlines

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Le couperet est tombé chez Brussels Airlines. 1.000 emplois, sur les 4.200 que compte la compagnie, sont sur la sellette. Indispensable pour survivre à court et à long terme, selon le CEO Dieter Vranckx.

C'est la douche froide à la b.house. Brussels Airlines s’apprête à supprimer 1.000 emplois, soit un quart de ses effectifs. Pour faire face à la crise du corona, 24 destinations passent également à la trappe et une dizaine d'avions seront retirés de la flotte de la compagnie. En tout, la flotte se contracte ainsi de 54 à 38 avions (-30%), si on prend également en compte les avions Cityjet, Brussels Airlines ayant arrêté son contrat de leasing avec Cityjet. Les long-courriers passent de 10 à 8 appareils. Le réseau en Europe se réduit de 78 à 56 destinations et 2 destinations sur 20 sont annulées en long-courrier. 

Le CEO de Brussels Airlines, Dieter Vranckx, explique que son premier défi est de faire survivre la compagnie et qu'il s'agirait aussi de voir que la société entend sauver 75% des emplois en pleine crise du secteur. "Quand on va relancer l'activité, ce ne sera qu'avec 30% de nos capacités, la crise ne sera pas finie. 70% de nos capacités seront encore improductives, ce qui est dramatique dans l'aviation", détaille le patron.

"Cette crise sans précédent a aggravé notre situation financière, nous obligeant à prendre des mesures importantes et indispensables. La restructuration est nécessaire de toute urgence afin de survivre à la crise actuelle et de devenir structurellement compétitif pour l'avenir."
Dieter Vranckx
CEO de Brussels Airlines

Il indique que 2020 sera un désastre pour tout le secteur. "Au quatrième trimestre, on n'excédera pas 50% de nos capacités. En 2021, la demande sera encore en baisse de 25 à 30% par rapport à nos niveaux de 2019." Dans ce contexte, "Brussels Airlines est beaucoup trop grande. On avait déjà un problème avant le corona, il est devenu encore plus grand", insiste le patron.

Le plan de redressement de la compagnie aérienne belge se concentre donc "sur la rentabilité structurelle afin de permettre une croissance solide". Le transporteur compte ainsi réduire ses coûts globaux et augmenter son efficacité et sa productivité. "Une marge Ebit suffisamment positive permettra à la compagnie aérienne d'assurer son avenir", indique encore la compagnie qui veut "continuer à jouer un rôle central pour l'économie belge". 

Le management de Brussels Airlines a indiqué avancer sur trois fronts en même temps. La discussion avec les travailleurs sur la restructuration, le soutien du groupe Lufthansa et la demande d'aide au gouvernement belge. "Il y a un soutien clair de Lufthansa à Brussels Airlines et au hub à Bruxelles", assure le CEO Dieter Vranckx.

"Obligés d'avancer en parallèle"

Du côté syndical, on ne comprend pas comment il serait possible de discuter de la restructuration sans connaître les accords éventuels sur le financement des aides d'État (voir encadré).

Mais Dieter Vranckx estime qu'il n'est pas possible d'attendre et qu'il doit avancer sur tous les fronts en même temps pour sauver la compagnie. Surtout que le temps presse, le CEO de Brussels Airlines se donne jusqu'à fin mai, faute de quoi la compagnie se retrouvera à court de liquidités. "Ça varie jour après jour, car nous sommes en négociations avec les prestataires de services et les lessors (loueurs d'avions). On essaye de réduire les coûts et de récupérer les réserves de maintenance auprès des sociétés de leasing", détaille le CEO.

Edito | Crash test

"Notre premier problème est de survivre à cette crise et nous aurons besoin de soutien pour notre liquidité."
Dieter Vranckx
CEO de Brussels Airlines

Il estime par contre qu'il ne faut pas tomber dans le jeu qui consisterait à prêter de mauvaises intentions à Lufthansa. "Il faut éviter les doutes sur la volonté de Lufthansa. Quand on regarde par exemple la croissance de Brussels Airlines en Amérique du Nord, c’est grâce au support de Lufthansa que l’on y arrive. Il faut vraiment faire la différence entre les rumeurs et les faits et les chiffres. Aucun élément ne nous donne le soupçon que Lufthansa essaye d'avoir des réservations (de Brussels Airlines, ndlr) via Francfort ou Munich. L'énorme croissance de Swiss, c'est grâce au support de Lufthansa. Lufthansa nous donne un soutien complet avec le but de profiter de la croissance à partir de 2024. Lufthansa, avec le renouvellement de la flotte, a investi plus de 360 millions d’euros et n’a pas reçu un euro de dividendes", nous répond Dieter Vranckx.

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Avant la crise, Brussels Airlines avait déjà mis en place son plan Reboot visant à obtenir une marge Ebit de 8% d'ici 2022. Un préaccord sur ce plan de départs volontaires avait été trouvé avec les syndicats, mais les discussions ne portaient que sur le personnel au sol. Une deuxième négociation devait s'ouvrir pour le personnel navigant.

Le nouveau plan du management est donc appelé Reboot+. L'idée est que la compagnie ressorte plus robuste de la crise du coronavirus. "On a élargi la taille de ce plan. On doit se mettre en ordre pour absorber des chocs sur le marché à l'avenir", insiste le patron.

Bon nombre de lignes seront toujours opérées et toutes les lignes rentables pour le business seront maintenues et une offre de loisirs également depuis Bruxelles. "Le plan qui est sur la table rencontre l’intérêt à court terme et long terme", assure le patron de Brussels Airlines.

Les syndicats reçus au "16, rue de la Loi"

En collaboration avec les partenaires sociaux, le nombre de licenciements forcés sera réduit au maximum, promet la direction. Mais le dialogue social sera tendu. "On ne va pas donner notre accord sur un plan social tant qu’on ne sait pas quels seront les financements. Ça ne sert à rien d’en discuter. On est étonné de leur façon de faire", insiste-t-on au SETCa. Les syndicats n'apprécient pas du tout que l'on ait inversé les discussions, dans le sens où l'on veut commencer à parler du plan social alors qu'on ne sait pas encore quelles seront les aides à la compagnie.

HtmlAvant la crise, Brussels Airlines avait déjà mis en place son plan Reboot visant à obtenir une marge Ebit de 8% d'ici 2022. Un préaccord sur ce plan de départs volontaires avait été trouvé avec les syndicats, mais les discussions ne portaient que sur le personnel au sol. Une deuxième négociation devait s'ouvrir pour le personnel navigant. Le nouveau plan s'intitule: Reboot+. 

Les syndicats seront reçus au cabinet de la Première ministre ce mardi à 14 heures. Pour le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo, "la première préoccupation du moment, ce sont les travailleurs de Brussels Airlines. La concertation sociale doit avoir toutes ses chances et le nombre de licenciements doit être contenu au maximum. Nous soutenons à cet égard les travailleurs et nous leur porterons aussi directement ce message cet après-midi lors de la rencontre entre le gouvernement fédéral et les représentants syndicaux".

Le ministre insiste aussi sur le fait que le Fédéral veillera "à ce que toutes les procédures dans le cadre de la loi Renault soient correctement appliquées. Par ailleurs, il est nécessaire qu'un plan d'avenir crédible soit mis sur la table, prévoyant suffisamment de garanties quant au rôle que jouera Brussels Airlines après la crise". 

La colère gronde dans les partis

Plusieurs partis politiques ont fait part mardi de leur soutien aux travailleurs de Brussels Airlines, tout en se montrant furieux de l'attitude de la maison-mère de la compagnie aérienne. 

"La compagnie aérienne sollicite plus de 300 millions d'euros auprès de l'État belge. Dans ce contexte, l'attitude de Lufthansa est inacceptable aux yeux du MR et la réponse qu'elle apporte pour faire face à cette crise ne peut en aucun cas être définitive", s'est insurgé le président du MR Georges-Louis Bouchez dans un communiqué. "Cette annonce a donc vocation à être remise en cause en cas d'intervention de l'État", ajoute le président du parti de la Première ministre Sophie Wilmès.

De son côté, le PTB rappelle que le groupe Lufthansa a réalisé un bénéfice de 2,8 milliards d'euros l'année dernière. "Ce n'est pas au personnel de Zaventem de payer aujourd'hui pour la crise. Il n'est pas question d'envisager un soutien public à une entreprise qui met un millier de personnes à la rue", réagit Raoul Hedebouw, chef de groupe à la Chambre. Le parti communiste appelle le ministre des Finances Alexander De Croo "à refuser cette logique et à garder la nationalisation comme moyen de pression et comme alternative". 

Du coté du PS, le chef de groupe à la Chambre Ahmed Laaouej demande que la priorité soit accordée "au soutien des travailleurs et à leurs familles". "Pas de chèque en blanc à Lufthansa qui a engrangé plus de 2 milliards de bénéfices l'an dernier", a-t-il ajouté sur le réseau social Twitter.

Pour le président du cdH Maxime Prévot, "un plan de reprise doit permettre une meilleure maîtrise belge de l'outil et un développement durable à long terme de l'entreprise dans l'intérêt des travailleurs et de l'économie".

"Le secteur aérien doit se transformer en profondeur et l'urgence est aujourd'hui d'accompagner le personnel", écrit le député fédéral Ecolo Gilles Vanden Burre.

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