460 millions pour sauver Brussels Airlines: ce qu'on sait du deal

L'accord avec Lufthansa est lié à un renforcement de l'ancrage belge de Brussels Airlines. ©Photo News

Le gouvernement belge et Lufthansa sont parvenus à un projet d'accord pour sauver la compagnie Brussels Airlines. Montant de l'aide: 460 millions d'euros.

Au terme de plus de trois mois d'âpres discussions, le gouvernement belge et la compagnie allemande Lufthansa sont parvenus ce mardi à un projet d'accord sur le sauvetage de Brussels Airlines. Un comité ministériel restreint ("kern") devait entériner formellement le texte dans la soirée.

"Avec l'accord social et le nouveau business plan pour Brussels Airlines, le soutien de l'état doit mener à une croissance bénéficiaire pour la compagnie aérienne, après la crise du coronavirus. C'est non seulement important pour les perspectives d'emploi, mais aussi pour le rôle économique du cluster entourant Brussels Airport, le deuxième pôle économique le plus important du pays", a commenté le ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) après la réunion.

Après des semaines de palabres laborieuses, les discussions ont fini par s'accélérer, la semaine dernière, suite à une charge du ministre fédéral des Finances, Alexander De Croo (Open Vld), contre Lufthansa en commission de la Chambre.

Le groupe allemand réclamait une subvention pour aider Brussels Airlines à surmonter la crise du Covid-19. Il n'obtient finalement qu'un crédit. Selon des sources gouvernementales, l'exécutif fédéral accordera à la compagnie aérienne en difficulté un prêt de 290 millions d'euros, en échange de garanties fermes sur son avenir. Le prêt devra être remboursé pour 2026.

460
millions €
Le gouvernement belge accordera à Brussels Airlines un prêt de 290 millions d'euros et Lufthansa mettra 170 millions d'euros sur la table.

Lufthansa mettra, de son côté, 170 millions d'euros (en espèces) sur la table. Une partie de cet argent (70 millions d'euros) servira à financer la restructuration de la compagnie aérienne. Pour rappel, l'accord conclu fin juin prévoit la perte d'environ 1.000 emplois, soit un quart des effectifs. Les 100 millions d'euros restant serviront à renforcer le capital, et donc la solvabilité de Brussels Airlines. Dont l'opération de sauvetage coûtera donc 460 millions d'euros au total.

Si Brussels Airlines ne rembourse pas le prêt à temps, le gouvernement belge prendra le contrôle de la compagnie aérienne.

Respect des engagements ou prise de contrôle

L'aide octroyée par les pouvoirs publics belges est liée à l'engagement de la maison mère allemande à maintenir la filiale et le siège de Brussels Airlines à Bruxelles. Celle-ci gardera par ailleurs son nom et sa licence belge. Autant d'engagements juridiquement contraignants, dont le respect sera assuré via la mise en place d'un mécanisme de concertation et de sanctions en cas de litige avec la maison mère Lufthansa. Et contrôlé par un Comité stratégique qui sera présidé par un des deux administrateurs du gouvernement fédéral au CA de Brussels Airlines.

Les syndicats soulagés mais amers

La perspective d'un accord entre le gouvernement fédéral et Lufthansa sur le sauvetage de Brussels Airlines a été accueilli avec soulagement par les syndicats, pour qui l'avnir de la compagnie est assuré. Ils soulignent aussi l'importance du plan de sauvetage pour les autres entreprises implantées à Brussels Airport.

"Nous avons dû l'attendre longtemps. Le personnel voulait aussi y voir clair", a commenté Filip Lemberechts, permanent du syndicat libéral. Selon lui, nombre de travailleurs ont réfléchi ces derniers jours à leur propre avenir. "Resteront-ils dans l'entreprise ou opteront-ils pour un départ volontaire? Ils se posaient aussi des questions sur le plan d'avenir
pour la compagnie", a-t-il ajouté.

Le volet social suscite d'ailleurs une certaine amertume sur le banc syndical. La CNE et son pendant flamand ACV Puls ont fait savoir qu'ils signeront les conventions collectives de travail
négociées jusque fin juin "avec le sentiment d'avoir été pris au piège".

Les syndicats chrétiens dénoncent la flexibilité "irresponsable et dangereuse" imposée au personnel. "Nous nous déchargeons de toute responsabilité au cas où un incident devrait se produire à l'avenir à cause de la nouvelle flexibilité qui nous est imposée", avertit Didier Lebbe, secrétaire permanent de la CNE.

Pour lui, "la priorité du personnel navigant doit rester la sécurité des passagers. Cela passe par des temps de repos raisonnables entre les prestations".

Imposer une restructuration conditionnée à un refinancement de l'entreprise est inacceptable pour le syndicat. "Aucune compagnie aérienne, durant cette crise sanitaire exceptionnelle n'a proposé un tel agenda, si ce n'est Ryanair", souligne Didier Lebbe.

Pour rappel, la direction de Brussels Airlines a annoncé en mai son intention de supprimer jusqu'à 1.000 emplois, soit un quart du personnel, et de faire contribuer à l'effort le personnel restant afin de permettre à la compagnie de survivre à la crise du coronavirus. La
procédure Renault d'application lors de licenciements collectifs a débuté mi-mai.

Les actions de la compagnie belge détenues par Lufthansa servent par ailleurs de garantie pour le prêt. Autrement dit, si la compagnie allemande ne rembourse pas à temps, le gouvernement belge en prendra le contrôle. Ce mécanisme s'applique également en cas de non-respect des engagements ci-dessus.

Les actions de Brussels Airlines détenues par Lufthansa servent de garantie pour le prêt de l'Etat fédéral.

L'État belge disposera de deux sièges au conseil d'administration de Brussels Airlines. En échange du soutien du gouvernement, Lufthansa a pris des engagements concernant la croissance, l'emploi et la flotte d'avions pour les vols long-courriers. Brussels Airlines devrait ainsi disposer d'ici 2026 d'une flotte de douze appareils à long rayon d'action.

Le préaccord insiste aussi sur une liaison entre le développement de Brussels Airlines et la réduction de son empreinte écologique.

Enfin, les ressources financières resteront au sein de Brussels Airlines. Pas question, pour Lufthansa, de les transférer dans ses propres caisses ou vers d'autres filiales (Austrian Airlines, Swiss et Eurowings).

"Une aide de l'Etat à Brussels Airlines doit être liée à une croissance profitable, à des garanties d'emploi et à des préoccupations écologiques."
Une source proche du gouvernement fédéral

"Nous avons toujours dit qu'une aide de l'Etat à Brussels Airlines devait être liée à une croissance profitable, à des garanties d'emploi et à des préoccupations écologiques", souligne une source proche du gouvernement fédéral.

Crise du coronavirus

Brussels Airlines a été - et reste - soumise à une forte pression provoquée par la crise du coronavirus, ses avions ayant été cloués au sol pendant de longues semaines.

Cet accord de principe a été trouvé après plus de trois mois de longues négociations. Le CEO Dieter Vranckx avait récemment annoncé au Parlement que les réserves étaient presque vides et qu'un soutien financier était nécessaire de toute urgence. Les négociations entre Lufthansa et l'État belge se sont enlisées, traînant en longueur ces dernières semaines. La fumée blanche sera donc finalement sortie le jour de la fête nationale.

Cet accord de principe doit toutefois encore être ratifié par les conseils d'administration de Brussels Airlines et de Lufthansa et par le Conseil des ministres. Cette ratification devait avoir lieu ce mardi soir, mais on s'attend toutefois à un feu vert.

La Commission européenne n'a elle pas encore donné son aval, pas plus que l'État allemand, qui doit se prononcer via le Fonds de stabilisation économique. Ce dernier est en effet devenu récemment le principal actionnaire de Lufthansa.

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