Charleroi Airport: l'Europe nie avoir été piégée par un poisson d'avril

L'aéroport de Charleroi n'a jamais programmé la construction d'une seconde piste. ©Photo News

Dans le cadre de sa demande d’informations sur les nouveaux investissements à Charleroi, la Commission européenne fait état d’une deuxième piste sur le site. Elle se base sur un article qui est en fait un poisson d’avril...

La Commission européenne a confirmé hier avoir demandé aux autorités wallonnes des précisions sur les nouveaux investissements à l’aéroport de Charleroi. Or, dans le courrier daté du 31 juillet, la DG Concurrence fait également mention de la construction d’une deuxième piste sur le site de l’aéroport, tout en prenant soin de joindre à sa missive un article de presse sur laquelle elle se base pour justifier sa demande d’informations.

Mais voilà, selon des sources proches du dossier, cet article de la revue en ligne Pagtour (www.pagtour.net), n’est autre qu’un poisson d’avril, rédigé par un rédacteur qui signe sous un pseudonyme. "Il n’a jamais été question de construction d’une deuxième piste chez nous. C’est un poisson d’avril de 2013 et la Commission européenne se base sur ce texte pour nous épingler inutilement. On peut se poser des questions sur le sérieux avec lequel travaillent certains gestionnaires de dossiers à la Commission européenne. Mais au-delà de ce couac, elle devrait prendre l’aéroport de Charleroi comme un exemple au niveau européen et arrêter ce harcèlement qui nous pompe de l’énergie pour rien. Pour le reste, nous respectons les lignes directrices de la Commission européenne et les nouveaux investissements dont il est question et qui s’élèvent à environ 80 millions d’euros vont se faire sur fonds propres", nous a confié Jean-Jacques Cloquet, CEO de Brussels South Charleroi Airport (BSCA), société gestionnaire de l’aéroport carolo. "Les travaux urgents à réaliser pour nous permettre d’opérer par temps de faible visibilité et dont le montant est évalué à environ 9 millions se feront probablement via la Sowaer, mais ce ne sera pas un cadeau puisque la Société wallonne des aéroports (Sowaer) va répercuter le coût sur BSCA", précise-t-il.

Trafic en hausse de 2%

Il en profite pour rappeler, au passage, le succès de l’aéroport qui a accueilli 6,5 millions de passagers en 2012. Il a attiré plus de trois millions de passagers durant le premier semestre 2013 (3.074.809 passagers), une hausse de près de 2% par rapport à la même période en 2012.

Même son de cloche auprès des dirigeants de la Sowaer. "La réponse que nous enverrons prochainement à la Commission européenne sera très simple puisque nous n’intervenons pas dans les nouveaux investissements. Le gouvernement wallon a décidé en juillet 2012 qu’ils seront supportés par les sociétés de gestion des aéroports régionaux. En ce qui concerne les investissements relatifs aux missions de service public, ils sont subsidiés par les pouvoirs publics, la Commission n’a jamais remis en cause ce mécanisme", renchérit Valérie Leburton, directrice à la Sowaer.

Politique régionale cohérente

Président du comité exécutif de la Sowaer, Luc Vuylsteke critique les attaques de la Commission européenne contre la politique aéroportuaire wallonne. "On ne peut pas soupçonner la Région wallonne de ne pas se comporter comme un investisseur privé. Aujourd’hui, les participations qu’elle détient dans les sociétés de gestion des aéroports régionaux via la Sowaer valent de l’argent. Nos parts dans BSCA valent encore 30-40 millions d’euros", rétorque-t-il. Il invite l’exécutif européen à prendre aussi en compte les emplois générés par les aéroports wallons et leurs retombées pour l’économie régionale. "C’est une politique cohérente et un placement en bon investisseur privé", conclut Luc Vuylsteke.

La Commission européenne nie

La Commission européenne a réfuté lundi avoir été piégée par un poisson d'avril en adressant à la Région wallonne une série de questions relatives aux investissements qu'elle programme à l'aéroport de Charleroi. La porte-parole en charge de questions de Concurrence au sein de la Commission, Chantal Hugues, a assuré que la lettre adressée le 31 juillet dernier aux autorités wallonnes faisait suite au communiqué de presse diffusé le 11 avril dernier par le ministre wallon en charge des aéroports, André Antoine, et non un article paru le 1er avril.
Interrogée pour savoir si la lettre de la Commission faisait explicitement mention d'une seconde piste pour Charleroi, Mme Hugues n'a pas répondu afin de ne pas livrer "les détails d'une lettre confidentielle", s'est-elle justifiée. "La lettre pose des questions sur la nature des investissements au sens large", s'est-elle bornée à dire.

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