Les pilotes belges de cargo craignent la concurrence US

©Dominic Verhulst / Dotch.be

L’Europe veut ouvrir les portes du "wet lease" (location d’avions avec équipage) aux compagnies américaines, avec le risque de pertes d’emplois. D’ores et déjà, les compagnies US ne respectent pas les accords de Ciel ouvert en assurant des vols intra-européens. Les pilotes belges montent au créneau.

Le dossier est chaud. Jeudi prochain, le 6 avril, la Commission "tentera de passer en force" pour imposer aux ministres des Transports un assouplissement des règles de wet lease (location d’avions avec équipages) par des pays hors-Union européenne. Ce sont les pilotes européens de l’ECA qui redoutent cette mesure et leur voix a été relayée hier par leurs collègues belges de la Belgian Cockpit Association (BeCA).

Actuellement, le wet lease de pays tiers n’est accepté que pour des besoins saisonniers ou exceptionnels (pour une durée de 7 mois). Il semblerait que la compagnie cargo Atlas Air (en cheville avec Amazon) fasse activement pression via le gouvernement US pour que l’Europe assouplisse ces règles.

"Quand on sait que les pilotes ukrainiens sont payés 30% moins cher que les pilotes… chinois, il y a de quoi s’inquiéter!"
Didier Moraine
membre de la Belgian Cockpit Association

Le risque: que viennent s’installer en Europe des opérateurs US qui seraient en concurrence directe avec les transporteurs européens, sans avoir les mêmes obligations fiscales et sociales. "Qui plus est, cet accord ouvrirait la porte à des transporteurs d’autres pays: quand on sait que les pilotes ukrainiens sont payés 30% moins cher que les pilotes… chinois, il y a de quoi s’inquiéter!" dénonce Didier Moraine, membre de la Belgian Cockpit Association.

La BeCA demande donc à la Belgique de voter contre la proposition de la Commission, comme le fera sans doute l’Allemagne. Mais il faut cinq pays pour que la minorité de blocage puisse être activée. À tout le moins, la BeCA demande une étude d’impact. "Car on file tout droit vers les pavillons de complaisance."

La brèche Fedex

Même dans le cadre des réglementations existantes, les compagnies cargo américaines ne respectent pas les accords, dénonce encore la BeCA. Ainsi en est-il de l’utilisation des droits de trafic. Sans être trop technique, l’Organisation de l’aviation civile internationale a fixé 5 "libertés de l’air" allant du survol d’un pays (première liberté) au droit de prendre des passagers (ou du fret) dans un pays tiers pour les acheminer dans un troisième pays autre que celui du pays d’origine du transporteur et d’où il a démarré son voyage. Le monde aérien a ajouté d’autres "libertés", dont celle de transporter biens et personnes entre deux pays qui ne sont pas celui du transporteur et sans passer par celui-ci (septième liberté).

Vers la casse sociale?

Les transporteurs US ne bénéficient pas de la 7e liberté en Europe, sauf dans huit pays (Allemagne, France, Malte…) pour des raisons historiques. Pas en Belgique. Or Federal Express vient de demander des droits de trafic entre Liège, Londres-Stansted et Bâle (ainsi qu’une troisième destination inconnue). Là, c’est chez ASL Belgium (ex-TNT Airways) qu’on s’inquiète franchement. Comment la compagnie belge pourrait-elle lutter contre Fedex (qui a racheté TNT, mais pas TNT Airways, rappelons-le)?

©BELGAIMAGE

"C’est clairement un ballon d’essai, s’indigne Didier Moraine, et il ne faut pas accepter cela." "La casse sociale va arriver très vite", renchérit Franck Duroisin, délégué syndical CNE chez ASLB. Et les deux de souligner que "ni l’Europe ni la Belgique n’ont de vision et acceptent la concurrence US chez nous, sans possibilité de réciprocité".

La meilleure preuve est que l’ECA avait fait un test – mais avec UPS cette fois – en envoyant un paquet d’Helsinki à Madrid en transitant par le hub de Cologne. En toute logique, il aurait dû aussi transiter par les Etats-Unis, ce qui ne fut pas le cas. La Commission européenne avait alors parlé de "vols virtuels en 5e Liberté". Un comble!

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