Lufthansa dépouille Brussels Airlines

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Le licenciement de Bernard Gustin en tant que CEO de Brussels Airlines est inéluctable. Pour Zaventem, le démantèlement de la compagnie aérienne belge serait une catastrophe.

Les jours de Bernard Gustin en tant que CEO de Brussels Airlines sont comptés, au point que le personnel de la compagnie a lancé une pétition pour le soutenir. D’après nos sources, le conseil d’administration de la compagnie aérienne, dominé par son propriétaire Lufthansa , devrait décider du licenciement du Bruxellois, après dix années de bons et loyaux services, lors de la réunion prévue ce lundi. Gustin pourrait rester à son poste jusqu’à la fin mars. Les discussions seraient en cours sur ses conditions de départ. Le directeur financier, Jan De Raeymaeker, un fidèle compagnon de Gustin, serait également sur un siège éjectable.

Bernard Gustin, CEO de Brussels Airlines, est sur la sellette. ©BELGA

Le conseil d’administration doit confirmer cette décision ce lundi. Pour le monde extérieur, le licenciement sera présenté comme une décision prise de commun accord par les deux parties. Mais d’après plusieurs sources, le Belge aurait été mis dehors manu militari par la maison-mère Lufthansa. Cela fait un certain temps que Gustin a commencé à sentir le vent tourner. Fin novembre, le CEO n’a pas pu présenter au CA son plan de développement 2020 pour Brussels Airlines. Le CEO de Lufthansa, Carsten Sporh, a demandé à Gustin et à Thorsten Dirks, le CEO d’Eurowings, de préparer chacun un plan pour ce lundi.

Ce plan porte sur l’intégration de Brussels Airlines au sein de la filiale à bas coût de Lufthansa, Eurowings. Gustin souhaite maintenir le modèle hybride de Brussels Airlines, avec des vols européens à bas prix et des longs courriers vers l’Afrique. Mais Lufthansa souhaite pousser sa filiale belge dans le carcan de sa filiale low cost.

A SAVOIR

La SN Airholding, la maison-mère de Brussels Airlines,  est depuis un an à 100% dans les mains du groupe allemand Lufthansa,

Il est possible que Brussels Airlines soit obligée de transférer chez Eurowings ses liaisons européennes point-to-point, pour ne conserver que ses vols – très appréciés – vers l’Afrique. Brussels Airlines pourrait également perdre Zaventem en tant que hub. Cette infrastructure est pourtant cruciale pour transférer rapidement les passagers en correspondance. Avec son marché domestique étriqué, Brussels Airlines doit attirer les passagers d’autres aéroports de départ pour remplir ses vols long-courriers.

Des centaines d’emplois dans les services de support, comme le marketing et la vente, pourraient déménager vers le siège social d’Eurowings à Cologne. Les syndicats belges se tiennent prêts pour un éventuel comité d’entreprise extraordinaire la semaine prochaine.

→ Auf wiedersehen herr Bernard Gustin: Lisez ici notre Edito

Une catastrophe pour Brussels Airport

Pour Brussels Airport également, le départ de Brussels Airlines pourrait être une catastrophe. La compagnie aérienne belge représente 9 des 25 millions de passagers accueillis l’an dernier à Zaventem. Brussels Airport et les gouvernements belges ont souvent utilisé Brussels Airlines comme un atout pour attirer de nouveaux acteurs à Zaventem. Par exemple, Brussels Airlines offre aujourd’hui un vol vers Pékin en collaboration avec la compagnie aérienne chinoise Hainan. Cette collaboration a cependant du plomb dans l’aile depuis quelque mois, Lufthansa ayant interdit à sa filiale belge de s’engager dans des vols vers Shanghai, une liaison lancée il y a quelques mois par Hainan. De fait, la compagnie allemande souhaite que les Belges se rendent en Chine via Francfort. Résultat: Zaventem pourrait perdre une partie importante de son trafic.

Les quatre administrateurs belges de Brussels Airlines essaient d’empêcher l’absorption de la compagnie par Eurowings. Mais ils n’ont que peu de moyens à leur disposition: le 1er janvier, ils ont perdu leur droit de veto. C’était pourtant une des garanties obtenues par les actionnaires belges fin 2016, au moment où ils ont vendu à Lufthansa (qui détenait à l’époque 45% du capital) le solde de Brussels Airlines, pour 2,6 millions d’euros à peine. Désormais, les Allemands ont les coudées franches à Bruxelles. "Depuis le 1er janvier, les masques sont tombés", conclut une source.

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