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Sonaca va profiter de la participation d'Airbus dans le C-Series de Bombardier

©REUTERS

Bombardier a cédé à Airbus le contrôle de son programme CSeries. Un rapprochement en forme de défi pour Boeing, mais qui devrait relancer ce programme auquel participent les belges Sonaca, Asco et Safran Aero Boosters.

C’est ce qui s’appelle un fameux rebondissement: affaibli par des affaires de corruption, le constructeur aéronautique européen Airbus a annoncé un spectaculaire rapprochement commercial avec Bombardier , via la prise d’une participation majoritaire dans le programme d'avions moyen-courrier CSeries de l’avionneur canadien, au coeur d'un bras de fer avec Boeing.

50,01%
Airbus va disposer d'une participation de 50,01% dans le programme phare de Bombardier (CSeries).

L'accord, qui ne devrait entraîner aucun coût pour Airbus, va permettre à Airbus de disposer d'une participation de 50,01% dans le programme phare de l’entreprise québécoise. La société qui construit le jet moyen-courrier avait été créée en 2016 par Bombardier et le gouvernement du Québec pour sauver le programme de la faillite.

Guerre commerciale

Le CSeries, décliné en deux versions, a été lancé en 2008 dans l'espoir de permettre au constructeur d'avions d'affaires et d'avions régionaux d'entrer sur le marché des avions de plus de 100 places et de battre en brèche le duopole d’Airbus et Boeing sur leur avions d'entrée de gamme.

Premier monocouloir de conception entièrement nouvelle lancé depuis un quart de siècle, l’avion, considéré comme une réussite technique et industrielle, avait toutefois du mal à s’imposer sur le plan commercial. Il n'a été commandé qu'à 360 exemplaires. Et surtout, le programme a été pris pour cible par Boeing et l’administration Trump: les autorités américaines ont imposé des droits compensatoires de 220%, ainsi qu'une taxe antidumping de 80% à une commande de 75 appareils de la compagnie américaine Delta. Ce à quoi Ottawa a répliqué en gelant une commande d’avions de combat F/A-18 Super Hornet auprès de Boeing.

Une guerre commerciale qui voit donc un troisième larron, l’européen Airbus -rival numéro un du constructeur américain-, entrer en scène. Car continuer à s’attaquer au CSeries, c’est donc désormais s’en prendre à Airbus et à l’Union européenne. Qui peut répliquer avec les mêmes armes que le gouvernement américain...

Mais on n’en est pas là. Car le géant européen a bien préparé son coup: il a prévu d'ouvrir sur le sol même des Etats-Unis, à Mobile (Alabama) une seconde ligne d'assemblage, en plus des installations de Bombardier à Mirabel (nord de Montréal). Ce qui devrait permettre de contourner les taxes à l'importation. Airbus assemble déjà des A320 depuis deux ans sur son site américain.

Promesses

Tant pour Airbus que pour Bombardier, ce rapprochement semble plein de promesses. Le géant européen apportera en effet au programme C-Series sa redoutable force de frappe commerciale et son expertise marketing. De quoi lancer véritablement un appareil que certaines compagnies rechignaient à commander à cause des craintes sur la pérennité de Bombardier.

L’envol probable du programme CSeries est aussi une bonne nouvelle pour plusieurs entreprises belges.

Airbus met surtout la main sur un programme de haute technologie et très compétitif qui va compléter sa gamme de produits. L’avionneur européen possède certes un avion presque équivalent dans sa gamme (l’A319) mais qui ne se vend plus.

L’envol désormais probable du programme CSeries est aussi une bonne nouvelle pour plusieurs entreprises belges, dont certaines s’inquiétaient des taxes américaines. La Sonaca est en effet fournisseur unique du CSeries pour les bords d'attaque. La société carolo, qui a racheté un gros sous-traitant de Boeing (LMI), avait de toute façon réduit les risques inhérents à un seul donneur d’ordre en multipliant les clients. De son côté Asco, à Zaventem, qui possède une filiale au Canada (en Colombie britannique) fournit des pièces mécaniques et de support de haute précision. Enfin, une filiale américaine de Safran Aero Boosters (ex-Techspace Aero) produit des réservoirs d’huile du moteur de l’appareil canadien, qui est un véritable puzzle international.

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