La consolidation du transport aérien, une vieille affaire!

Carsten Spohr ©AFP

Carsten Spohr, CEO de Lufthansa, ne voit à terme que douze "grandes" compagnies dans le monde. Il n’est pas le premier à faire cette prédiction. Déjà en 1985, en Belgique, du côté de l’Air Terminus… Le gigantisme est-il la solution? À la fin du Crétacé, ce sont les dinosaures qui ont disparu. Pas les petits animaux.

Les prévisions des acteurs de terrain (et des analystes) sur l’avenir du transport aérien ne manquent pas. Elles ne se vérifient pas toujours non plus. Ainsi en est-il de la consolidation du transport aérien mondial, suite à la déréglementation Carter de 1979 qui avait vu se multiplier des tas de compagnies sur le territoire américain. Régulièrement, on nous annonce la "disparition des faibles" et "l’émergence des grands groupes".

Nous avons la force financière pour pouvoir contre-attaquer la concurrence.
Carsten Spohr
CEO de Lufthansa

Il y a deux ans, c’était Michael O’Leary (Ryanair) qui prévoyait la faillite de plusieurs compagnies européennes (il n’a pas eu tout à fait tort); l’année dernière, c’était son homologue d’EasyJet, Johan Lundgren qui prévoyait la route de la consolidation du transport aérien européen. Lundi soir, c’est Carsten Spohr, CEO de la Lufthansa, qui a embrayé en déclarant que "le secteur évolue vers une douzaine de compagnies agissant mondialement": trois aux Etats-Unis, trois en Chine, trois dans le Golfe et trois en Europe. Mais il a quand même ajouté qu’il y aurait en plus "quelques plus petites compagnies nationales ou régionales".

Ce genre de déclaration matamoresque destinée à impressionner l’ennemi (le concurrent) ne date pas d’hier. Dès le début de la déréglementation du transport aérien américain en 1979, on s’est aperçu que la multiplication des transporteurs conduisait à des faillites à répétition, des rachats et, in fine, des consolidations qui ont créé les compagnies géantes que l’on connaît aujourd’hui. Lesquelles se sont quand même (toutes) cassé les dents, mais qui ont été sauvées par le fameux "Chapitre 11" de protection sur les faillites.

La Sabena, déjà…

©EPA

Pan Am, TWA, Braniff ont disparu; Delta (avec Northwest dès 2008), American (avec USAir en 2013) et United (avec Continental en 2010) ont progressé. En Belgique, la Sabena avait compris le mouvement très tôt! C’est dès 1985, qu’elle avait cherché les regroupements, avec des fortunes diverses (des échecs plutôt): SAS, British Airways/KLM, Air France, Swissair… Mais Air France s’est alliée avec KLM; Lufthansa avec Austrian, Swiss, puis Brussels et British Airways avec Iberia et d’autres. "L’Europe est en retard sur la consolidation", affirme Spohr, qui pense que "les résultats financiers de plus en plus mauvais vont accélérer les fusions et acquisitions."

Des propos que nous entendons depuis près de trente ans, y compris à la Commission européenne, où, justement, au nom des lois anti-concurrence, on fait tout pour freiner, sinon empêcher, les rapprochements entre transporteurs. Mais soit, c’est un autre débat.

Le problème est double. Quoi qu’on dise, dans beaucoup de pays, une compagnie aérienne demeure une identité nationale, avec un sentiment fort d’appartenance – voyez encore Alitalia aujourd’hui, toujours soutenue par l’État. Deuxième constat, c’est souvent une affaire de conflits humains, sinon de cultures. Des divorces ont lieu. Le 1er septembre prochain, Avianca Brasil va quitter Star Alliance. Laquelle n’aura plus que… 27 membres. Le rapprochement avec l’Union européenne et le Brexit saute aux yeux. Plus que 27?

En octobre 2015, Jean-Louis Baroux, un des meilleurs analystes du secteur, écrivait (1) à propos des grands groupes aériens: "La taille de ces groupes dépasse le raisonnable (...). L’Europe, en agglomérant 28 pays avec des règles de fonctionnement créées pour 6, est en passe d’exploser." Et d’ajouter qu’en définitive, toute consolidation n’empêche pas les nouveaux acteurs d’entrer en scène. Les low cost en sont le meilleur exemple. Et quand Spohr parle des compagnies chinoises et du Golfe, les aurait-il mentionnées il y a une vingtaine d’années? Rien n’est bétonné.

(1) "Transport aérien, ces vérités que l’on vous cache", Jean-Louis Baroux, Editions L’Archipel.

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