Accord chez Brussels Airlines pour mieux payer les heures sup' des pilotes

Pour Etienne Davignon (à gauche), Carsten Spohr, le CEO de Lufthansa, a créé ce mardi, par ses propos tenus à Sydney, un climat "inutilement pessimiste". ©Photo News

Les pilotes verront les heures supplémentaires payées à 150% au lieu de 70%. Le calcul sera fait après un mois et non plus six. Les discussions se poursuivent dans un climat serein.

Le nouveau round de négociations se poursuit entre la direction et les pilotes de Brussels Airlines. L’objectif est d’éviter que le personnel navigant, qui ne prévoit pas encore de nouvelles actions (après la grève des 16 et 18 mai), n’introduise un nouveau préavis de grève à la veille de la saison estivale. Selon nos informations, les discussions se déroulent dans un climat serein et, d’ici l’échéance du 11 juin fixée par les pilotes, un accord pourrait être conclu entre les deux parties. En attendant, selon des sources proches du dossier, quelques avancées seraient déjà actées sur le tableau de bord des discussions. Elles concernent dans un premier temps le paiement des heures supplémentaires des pilotes. Elles devraient être à l’avenir mieux rémunérées, soit à 150% au lieu de 70% comme c’est le cas actuellement. Leur calcul se fera sur un mois et non plus sur 6 mois. En proposant cette piste aux pilotes, la compagnie aérienne belge ne fait que revenir à la situation qui prévalait avant la mise en place du plan d’économies "Beyond 2012-2013" d’il y a 5 ans.

150%
Les heures supplémentaires des pilotes seront bientôt payées à 150% au lieu de 70% comme c’est le cas actuellement. C’est une première avancée dans les négociations chez Brussels Airlines.

C’est dans le cadre de ce plan que les dirigeants de la filiale de Lufthansa, adossée à Eurowings, ont imposé ce geste de 70% aux pilotes. Il arrive souvent que, lors du calcul des heures sup’ après 6 mois, Brussels Airlines troque celles-ci contre des jours de congé plutôt que de les payer aux pilotes.

Le COO éjecté des débats

L’autre proposition sur la table est la CCT 90 (avantages non récurrents liés aux résultats). La direction propose aux pilotes un montant de 2.700 euros pour les commandants de bord et 1.700 euros pour les copilotes. Or, le maximum autorisé est fixé à 3.300 euros. D’ici le 11 juin, les pilotes espèrent arriver à une augmentation de la prime CCT 90 et s’approcher un peu du maximum.

Dans le cadre des négociations, ils ont réussi à obtenir le débarquement d’un directeur de Brussels Airlines accusé de pratiquer la stratégie du pourrissement de la situation. Il s’agit du directeur des opérations (COO) qui, selon plusieurs sources, aurait été envoyé pour une mission à Düsseldorf. Le nouveau CFO Dieter Vranckx serait plus pragmatique et plus réaliste. D’ici la date butoir du 11 juin, il reste encore d’autres revendications des pilotes que la direction de la compagnie aérienne belge doit essayer de satisfaire. L’une des principales demandes est d’avoir un temps de service acceptable. Sans oublier une augmentation du pouvoir d’achat.

D’après les pilotes, un pilote d’Air France gagne en net le double du brut d’un pilote de Brussels Airlines. Les pilotes ne demandent pas la même chose mais un geste de la direction. Ils rappellent aussi qu’ils travaillent à un rythme de 7 jours de prestations suivis de 3 jours de repos alors que dans les autres compagnies, c’est 5-6 jours de travail et 4 jours de repos.

Davignon désapprouve Spohr

C’est dans ce contexte de relative sérénité que le CEO de Lufthansa Carsten Spohr a jeté ce mardi un gros pavé dans la mare, au risque de crisper les pilotes. Il a indiqué chez nos confrères de La Libre que Brussels Airlines ne devrait pas s’attendre à recevoir des cadeaux de la maison mère tant qu’elle n’aura pas amélioré ses résultats. Concrètement, il menace de ne plus renouveler la flotte de la compagnie aérienne belge avec de nouveaux avions (des Airbus A321 LR) comme promis. D’après lui, Brussels Airlines "est trop petite pour survivre toute seule" et a tout intérêt à réussir son intégration dans Eurowings. "M. Spohr avait déjà fait une déclaration similaire concernant les nouveaux avions dans la presse allemande lors de la grève de la mi-mai. Avec cette sortie, il ne met de l’huile sur le feu alors qu’on n’a pas besoin de ça", nous a confié Didier Lebbe, permanent à la CNE. Ses collègues du Setca et du syndicat libéral partagent son analyse.

Contacté par nos soins, le comte Étienne Davignon, président du conseil d’administration de Brussels Airlines, ne comprend pas non plus la sortie du patron de Lufthansa faite à Sydney (Australie), en marge de l’assemblée générale de l’Iata (association internationale du transport aérien). "C’est vrai que j’ai été étonné par cette sortie de Carsten Spohr. Cela étant, il ne dit rien que l’on ne sache pas. Si la compagnie s’écroule, elle s’écroule", nous a répondu Étienne Davignon. "Quand des négociations se déroulent, il faut éviter de venir interférer sur les choses. Il crée un climat inutilement pessimiste. Heureusement, les discussions n’ont pas été interrompues pour autant", conclut-il.

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