analyse

Air Belgium à Kinshasa? Ce ne sera pas facile…

©BELGA

Dans le passé, plusieurs compagnies ont tenté de concurrencer Sabena et Brussels Airlines entre Bruxelles et Kinshasa. Aucune n’a réussi.

On ne peut pas dire que l’annonce de l’intention d’Air Belgium de desservir Kinshasa ait réjoui Brussels Airlines. Mais la compagnie prend la chose avec philosophie et ponctue ses réactions de "on leur souhaite bonne chance" désabusés. C’est que desservir la capitale congolaise n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire.

"Il ne suffit pas de rester assis dans son bureau, de regarder une carte et de se dire que ce serait une bonne destination", commente un haut responsable. "C’est toujours plus compliqué qu’on ne le croit", ajoute-t-il. Et de fait, les compagnies belges qui ont tenté de concurrencer Brussels Airlines, et avant elle la Sabena, sur cet axe se sont cassé les dents.

Les coups manqués de City Bird et Jetairfly

Terzakis: "Une destination pas à l’ordre du jour"

Suite à notre information de jeudi sur l’intention d’Air Belgium de desservir Kinshasa, Niky Terzakis, son CEO, nous a signalé que cette information était "prématurée" et que ce point n’était, à l’heure actuelle "pas à l’ordre du jour". "Cela fait partie de nombreuses possibilités, nous sommes sollicités régulièrement par diverses escales potentielles."

Une précision sans doute utile vu le nombre de coups de téléphone en provenance du Congo (et de Goma en particulier) qui atterrissent au siège de Mont-Saint-Guibert pour avoir davantage de détails. Ce qui laisserait tout de même supposer qu’il y a de la demande…

C’est le cas de City Bird à la fin des années 1990. La compagnie de Victor Hasson et de Georges Gutelman, qui avait coopéré avec Sabena en lui louant un avion pour la ligne Bruxelles-Toronto, devenait subitement l’ennemi. A telle enseigne, nous racontait Victor Hasson, que la Sabena avait refusé de prêter une passerelle à City Bird, qui n'en avait pas prévue, à l’arrivée de son premier avion, le 17 mai 1999 à N’Djili! Mais, dès le mois de novembre, suite à un différend avec son partenaire LAC (Lignes aériennes congolaises) et les autorités congolaises, City Bird abandonna la partie.

Quelques années plus tard, fin 2012, c’est Jetairfly qui avait envisagé de desservir Kinshasa. Mais cela ne s’était pas fait pour cause de manque de droits de trafic. Visiblement, le gouvernement belge n’avait pas été très pressé de demander des droits supplémentaires ni désireuse d’en ôter quelques uns à son transporteur désigné, Brussels Airlines.

L’épineuse question des droits de trafic

Le 28 avril 2002, SN Brussels Airlines bouclait son premier vol sur Kinshasa. ©BELGA

Monter une opération en dehors de l’Union européenne (dont font partie la Martinique et la Guadeloupe en droit aérien, deux autres destinations qu’Air Belgium va desservir) n’est pas une mince affaire car c’est le régime bilatéral des droits de trafic qui s’applique. Dans le cas de Kinshasa, Brussels Airlines a droit à sept fréquences hebdomadaires (elle n’en utilise que six provisoirement) et, par réciprocité, "un transporteur congolais" autant. Sauf que, pour l’instant, il n’y en a pas. Y en aurait-il un qu’il serait de toute façon interdit de survol de l’UE, comme toutes les compagnies de RDC car elles sont sur la liste noire de la Commission européenne.

Mais ce qui pourrait se passer, c’est qu’un opérateur belge (Air Belgium, donc) opère sur base des droits de trafic congolais. D’où la nécessité pour Air Belgium de se trouver un "partenaire". Nos confrères à Kinshasa citent Congo Airways qui est la compagnie nationale et qui opère deux Airbus A320 et deux Bombardier Q400. Ce serait elle qui assurerait alors les vols en transfert. Goma a été citée, mais avec l’épidémie d’Ebola dans la région, le moment n’est peut-être pas indiqué.

Le "wait and see" de Brussels Airlines

Comme on le voit, outre les difficultés opérationnelles et les incertitudes politiques toujours présentes en RDC, il y a aussi des questions légales de droits à résoudre. Ce n’est probablement pas un dossier qui peut se résoudre en affaires courantes, mais personne – à B.House, en tout cas – n’imagine qu’Air Belgium serait prête à lancer ses vols congolais dans un avenir proche. D’où l’attitude "wait and see" de Brussels Airlines.

En conclusion de notre conversation, notre interlocuteur nous rappelait que, pour concurrencer Brussels Airlines avec des tarifs compétitifs, il faudrait vraiment remplir entièrement les quadriréacteurs A340. Et puis, finement: "Tiens, et ils en sont où avec l’allongement de la piste à Charleroi?"


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