Airbus explore les possibilités du vol stratosphérique

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Le planeur spatial Perlan 2, un projet soutenu par Airbus, va s’attaquer au record d’altitude pour un avion classique. Pour le constructeur européen, il s’agit de tester les conditions de vol en haute altitude, mais aussi de donner l’image d’un groupe ouvert à l’innovation.

Coup de pub ou recherche d’une éventuelle rupture technologique? Le constructeur aéronautique Airbus a fait voler une nouvelle fois ce week-end aux Etats-Unis un planeur spatial qui doit lui permettre d’explorer les possibilités du vol dans la stratosphère, c’est-à-dire la couche de l’atmosphère terrestre située entre une dizaine et une cinquantaine de kilomètres d’altitude.

Le "Perlan 2", un avion non motorisé de près de 26 mètres d’envergure pour 816 kilos, a été conçu pour grimper, grâce aux puissants courants ascendants, jusqu’à 27.400 mètres d’altitude, où la densité de l’air ne représente que 2% de celle du niveau de la mer. Son système de pressurisation est censé maintenir la cabine à une pression équivalente à 4.300 mètres, ce qui évite aux pilotes de porter de lourdes combinaisons.

"Ce planeur est en phase avec l’image que nous voulons donner."
tom enders
patron d’airbus

S’il atteint l’altitude espérée lors de futurs essais, il effacerait le record de l’avion de reconnaissance SR-71 Blackbird, qui avait volé en 1976 à 25.900 mètres d’altitude. Un autre appareil américain, le North American X-15, avait volé encore plus haut (100 km) dans les années soixante, mais il s’agissait d’un avion-fusée, qui s’apparentait plus à un engin spatial.

L’essai mené samedi dans le ciel du Nevada a été réduit à une dizaine de minutes à cause de conditions atmosphériques défavorables. L’avion, dont le copilote était Tom Enders, le président exécutif d’Airbus Group, n’a dès lors volé que jusqu’à 2.134 mètres.

Des courants ascendants

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Airbus a fait un don de près de 4 millions de dollars à l’association américaine Mission Perlan 2, qui a lancé ce projet ambitieux, devenant ainsi le principal partenaire. Le programme Perlan avait été imaginé initialement par l’aventurier et homme d’affaires Steve Fossett et un pilote d’essai de la Nasa, Einar Enevoldson. La mort de Steve Fossett en 2007 n’a pas interrompu l’initiative, à laquelle s’est joint Airbus. Le projet repose sur l’utilisation des ondes de relief, des masses d’air en déplacement qui permettent aux planeurs de gagner de l’altitude. Près des zones polaires, ces courants ascendants peuvent atteindre des altitudes extrêmement élevées lorsqu’ils rencontrent des montagnes. Ce qui explique que les prochaines phases d’essais, dans le courant de l’été, se dérouleront en Argentine.

Les objectifs du constructeur européen sont multiples. Il s’agit d’abord de confirmer qu’un équipage peut survivre dans des conditions similaires à celles de la planète Mars. A l’altitude visée, les températures (-57 degrés Celsius) avoisinent en effet celles observées sur la planète Rouge.

Face à l’encombrement de l’espace aérien, Airbus entend par ailleurs se servir du planeur spatial comme d’une plateforme à bon marché pour tester ses projets de construction d’avions pouvant voler jusqu’à 18.000 mètres, contre 10.000 à 13.000 actuellement. Il s’agit notamment de découvrir à quel moment les ondes de relief deviennent dangereuses pour un appareil. Perlan 2 compte également collecter des informations pour aider à lutter contre le changement climatique car il devrait pouvoir aller jusqu’aux portes de l’espace étudier l’atmosphère.

En prenant part à ce projet qui renvoie à l’âge d’or de la conquête spatiale, Airbus essaie d’autre part d’associer son nom aux innovations en cours dans l’industrie aérospatiale, sous l’impulsion des milliardaires américains Elon Musk (SpaceX, Tesla) et Jeff Bezos (Blue Origin, Amazon). Des fusées "low cost" ou réutilisables aux constellations de satellites en passant par le tourisme spatial, ces nouveaux entrants sont devenus en moins d’une vingtaine d’années la force d’impulsion de l’industrie spatiale, donnant un coup de vieux aux poids lourds du secteur.

"Ce planeur est en phase avec l’image que nous voulons donner. Celle d’un groupe innovateur", a fait valoir Tom Enders, personnellement impliqué dans le projet. Airbus a lancé depuis peu dans la Silicon Valley un fonds de capital-risque et un centre d’innovations technologiques baptisé "". En partenariat avec le service américain de location de voitures avec chauffeur Uber, il planche sur un service d’hélicoptères à la demande. Son projet d’appareil volant ayant recours à l’intelligence artificielle est encore plus ambitieux. Enfin, le constructeur aéronautique européen a également développé un prototype d’avion à motorisation électrique, l’E-fan, ainsi qu’un démonstrateur de drone solaire à très haute altitude, le Zephyr, un programme racheté en 2013 au britannique QinetiQ.

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