Airbus ne profitera pas des déboires de Boeing

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Boeing devrait souffrir cette année de la mise au sol de ses 737 Max, mais son concurrent Airbus ne placera pas plus d’avions pour autant. L’européen souffre aussi.

Avec 393 modèles 737 Max immobilisés au sol, suite aux crashs de deux appareils de Lion Air et Ethiopian Airlines, Boeing verra sa production réduite et est d’ores et déjà menacé de lourdes indemnités auprès des compagnies aériennes et des familles des 346 victimes. Les analystes évoquent une perte variant de 1 milliard à 1,8 milliard de dollars par mois, avec une remise en service des avions fluctuant entre les mois d’août et novembre. On part donc vers 9 milliards de dollars de perte, voire plus.

Certes, le constructeur de Seattle a les reins solides. Selon le bureau d’études canadien Canaccord, ses liquidités opérationnelles tournent aujourd’hui autour des 17,5 milliards de dollars, avec un carnet de commandes de 5.600 appareils valant grosso modo 400 milliards. Mais le problème sera de savoir si la clientèle des compagnies gardera confiance dans le Max.

Paradoxalement, Airbus n’a pas intérêt à voir le 737 Max disparaître. Car en se concentrant sur ce nouveau modèle, Boeing a laissé de côté son projet "MoM" (Middle of the Market) destiné à remplacer le 757, avion de 200 places à distance franchissable "coast to coast" et même transatlantique. Un nouveau 757 handicaperait fort les A321 LR Neo d’Airbus et obligerait Toulouse à investir dans un projet neuf. Or, de l’avis de spécialistes, le marché et la technologie ne sont pas encore mûrs pour passer à une nouvelle génération de monocouloirs à longue distance.

Chacun son marché

De toute façon, les clients du 737 Max ne vont pas se précipiter sur la nouvelle génération A320 Neo. Alors que les européens approchent des 60 monocouloirs livrés chaque mois, avec un carnet plein pour huit ans au bas mot, il ne faut pas s’imaginer que les sous-traitants pourraient compenser les ventes de 737 par celles d’A320: les avions sont différents et leurs composants aussi! On comprend qu’Airbus ne se réjouit pas outre mesure des déboires de son rival.

Du reste, le moment serait mal choisi de fanfaronner, puisque les résultats trimestriels du groupe sont peu glorieux. Certes, le chiffre d’affaires consolidé est en hausse de 24% (12,5 milliards d’euros), grâce surtout aux 162 livraisons d’avions commerciaux, mais le bénéfice net est tombé à 40 millions, alors qu’il était de 283 millions au 1er trimestre 2018. En cause, des "ajustements" liés à la nouvelle politique allemande en matière de livraisons d’armes à l’Arabie saoudite. Pour Airbus, l’impact négatif serait de 190 millions, suite à cet embargo sur le matériel de défense.

À ceci, il faut ajouter les annulations de commandes relatives aux A380 (Emirates, Air France) et A350 (Etihad) et d’autres qui ont porté sur 120 commandes en tout. Compte tenu de nouveaux ordres d’achat pour 62 appareils, le solde négatif du trimestre est de 58 appareils. Mais restons optimistes: le 17 juin s’ouvrira le Salon du Bourget. Boeing et Airbus cachent probablement quelques cartes de leur jeu.

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