interview

Alexandre de Juniac (IATA): "Le transport aérien aura encore besoin de près de 80 milliards de dollars d'aides"

Alexandre de Juniac quittera la direction de l’Association du transport aérien international à l’issue de la prochaine assemblée générale en juin. ©Bloomberg

Le patron de l'IATA, l'Association du transport aérien international, n'est guère optimiste quant à une reprise rapide des voyages d'affaires. En revanche, pour les loisirs, la reprise sera plus forte, car il y a un réel besoin de voyager.

Alexandre de Juniac, quittera la direction de l’Association du transport aérien international (Iata – 290 compagnies, 82% du trafic mondial de ligne) à l’issue de la prochaine assemblée générale qui doit se tenir en juin à Boston, mais qui pourrait être reportée. Son successeur  est connu: c’est Willie Walsh, ex-Aer Lingus et ex-British Airways. Un autre tempérament, moins en rondeurs, mais peut-être nécessaire.

de Juniac aurait pu être reconduit dans ses fonctions, mais, nous dit-il, "il y a un moment pour arrêter". Que fera-t-il ? "Il y a plusieurs pistes, mais pas que l’aérien." On verra, donc. En attendant, on sait déjà que le boss ne partira pas sur des résultats enthousiasmants. "Les premiers chiffres de 2021 sont décevants en regard de nos prévisions, explique Alexandre de Juniac. En cause, les différents variants qui ont surgi dans la pandémie et les réactions gouvernementales en matière de fermetures de frontières ou de quarantaines. Les réservations pour la période juillet/août sont actuellement 78% inférieures à celles de février 2020."

- 78%
de réservations
Les réservations de voyages en avion pour la période juillet/août sont actuellement 78% inférieures à celles de février 2020.

Dans l’hypothèse (optimiste) d’un désenclavement progressif des frontières, lié aussi à une vaccination intensive, on pourrait revoir une hausse du trafic, mais qui ne sera toujours qu’à 38% des chiffres de 2019, estime de Juniac. "Il n’empêche que cela signifiera de l’ordre de 75 milliards de dollars de cash à débourser en 2021."

Hypothèse "optimiste", disions-nous car une autre, plus funeste, parle de 95 milliards de cash. En tout cas, la situation est claire, le transport aérien mondial aura besoin de l’ordre de 80 milliards pour garder la tête hors de l’eau. "Nous aurons encore besoin d’une enveloppe çà et là, c’est clair », confirme de Juniac.

Reprise dès 2021?

Quand peut-on imaginer une reprise du transport aérien? "Tout dépend de la nature des passagers, nous dit le patron de l’Iata. Pour ce qui est du voyage d’affaires, elle sera lente, non pas à cause des téléconférences auxquelles ont été forcés les hommes d’affaires, mais parce que les grandes entreprises ont coupé dans les budgets voyages. Il n’y a plus d’événements, de congrès et de grandes réunions, mais nous pensons qu’une reprise se dessinera en milieu d’année. En revanche, pour le voyage de loisirs, la reprise sera plus forte, car il y a un réel besoin de partir."

"On le voit déjà dans certaines compagnies, le réseau, les effectifs, la flotte sont réduits. Nous aurons des acteurs plus petits, mais plus musclés et prêts à repartir."
Alexandre de Juniac
Patron de l'IATA

Les mesures prises par les compagnies rendent l’avion le plus sûr des modes de transport: pas de face à face, mesures strictes, tracing assuré, etc. Mais les touristes reviendront-ils pour autant? Car si les transporteurs sont sûrs, les tracasseries au sol risquent d’en décourager plus d’un: tests préalables, quarantaines au retour et autres… C’est la raison pour laquelle, l’Iata propose le "Travel Pass".

"Entendons-nous bien, ce n’est pas un carnet de vaccination comme celui de l’OMS", souligne Alexandre de Juniac: "D’abord, il est électronique et ensuite, il est à la disposition souveraine des États qui décident de son usage. Il peut contenir les tests demandés au préalable, tout comme les vaccins. Mais il n’interdira pas le passage des frontières des non-vaccinés. Au fond, c’est comme un visa. Certains pays l’exigent, d’autres pas. Ce ne sera pas un système géré par l’Iata, avec une banque de données Iata. Les seules données que nous fournirons, ce sont les formalités locales actualisées au jour le jour, les centres de tests, par exemple, ceci pour faciliter la vie des voyageurs où qu’ils se trouvent."

"Le problème majeur que nous rencontrons est l’absence de coordination mondiale."
Alexandre de Juniac

À ce titre, l’ancien président d’Air France-KLM loue l’initiative de la Commission européenne de proposer un passeport numérique: "Tout ce qui peut unifier les formalités nous convient." Malheureusement, il n’y a pas que les 27. Les pays asiatiques sont assez sévères dans l’accueil des voyageurs, avec quarantaines obligatoires à Singapour, en Thaïlande ou en Chine (six semaines!). Pas de quoi favoriser l’entrée de touristes ou de voyageurs d’affaires!

"Le problème majeur que nous rencontrons est l’absence de coordination mondiale. Nous sommes en contact étroit avec l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale), mais il faut bien admettre que chaque pays joue l’individualité et ça change tous les jours. Ce n’est pas cela qui va développer les liaisons aériennes." Alors, justement, comment voit-il l’avenir? "On le voit déjà dans certaines compagnies, le réseau, les effectifs, la flotte sont réduits. Nous aurons des acteurs plus petits, mais plus musclés et prêts à repartir", conclut Alexandre de Juniac.

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