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Atterrissage compliqué pour l'aide d'État à Brussels Airlines

Avec une flotte clouée au sol, Brussels Airlines pourrait être à court de liquidités le 15 mai, ce qui la plongerait de facto dans la faillite. ©BELGA_HANDOUT

Lufthansa et Brussels Airlines seront à court de cash d'ici quelques semaines. Les discussions sur une aide d'État belge patinent.

Mi-mars, alors que la majorité de la flotte de la compagnie aérienne était clouée au sol affectant "gravement et négativement la situation financière", Brussels Airlines lançait un appel à l'aide à l'État belge. Un appel chiffré alors à 200 millions d'euros. 

10
avions
L'injection de capital de Lufthansa serait conditionnée à une réduction de 25% de l'activité de Brussels Airlines et donc à la suppression de 10 avions.

Un mois plus tard, le président du conseil d'administration Etienne Davignon annonçait que la compagnie bénéficierait de cette aide. Il était cependant rappelé à l'ordre par les autorités qui brandissaient le "rien n'est décidé". Depuis Etienne Davignon a dû céder son siège de président avec quelques semaines d'avance à Jan Smet. 

Aujourd'hui, c'est la dernière ligne droite pour ce dossier qui doit aboutir "dans les prochaines semaines", nous revient-il du gouvernement. Et pour cause, Lufthansa, la maison-mère de Brussels Airlines a communiqué ce jeudi soir que sa liquidité allait devenir intenable d'ici quelques semaines. Il ne lui sera plus possible de se financer sur les marchés et donc de payer ses échéances sans aides d'État, a fait sa voir la compagnie.

Son plan est donc de mettre l'Allemagne en premier lieu, mais aussi les États de ses filiales, à savoir l'Autriche, la Suisse et la Belgique à contribution. En plus de l'économie à l'arrêt, Lufthansa fait face à des remboursements de tickets de "plusieurs milliards d'euros". Elle doit aussi maintenant faire face à la chute drastique des prix du pétrole. La société avait négocié des prix à l'avance pour se protéger de l'envolée des cours du brut. Elle se retrouve maintenant à calculer le coût excédentaire. En janvier Lufthansa tablait sur prix du baril à 63 dollars sur l'année 2020. Elle indiquait alors qu'un baril à 45 dollars lui coûterait une perte de couverture de 800 millions de dollars. Le baril se situait à un peu plus de 22 dollars ce jeudi...

Une aide, deux volets

Ce vendredi, La Libre Belgique indique que l'État serait prêt à voler au secours de la compagnie aérienne qui pourrait se retrouver à court de liquidité le 15 mai.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

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L'aide octroyée serait en deux étapes. L'État offrirait un crédit-pont de 290 millions à Brussels Airlines, et donc indirectement à sa maison mère Lufthansa. Ces millions représentent le montant estimé de l'impact du Covid-19 sur la compagnie. Ce prêt serait conditionné, par ailleurs, au maintien de l'activité en Belgique. Contrairement à ce que voulaient les écolos, aucune contrainte environnementale ne semble avoir été décidée.

La seconde étape viserait une injection de capital de la maison mère allemande dans sa filiale. Néanmoins, cela ne se ferait pas sans conséquence: Brussels Airlines devrait réduire son activité de 25% et donc céder 10 avions. Un plan social semblerait aussi inévitable. Il serait supporté financièrement par Lufthansa.

Le quotidien précise que si cet accord semble presque bouclé, certains points demeurent ouverts: Lufthansa voudrait la suppression des nightstops (les nuits des équipages à l'étranger). Or les primes associées à ces nuitées représentent parfois jusqu'à 40% du salaire des hôtesses et stewards. 

Alexander De Croo dément

"L'information de La Libre Belgique est fausse."
Alexander De Croo
Ministre des Finances

Contacté, le ministre des Finances Alexander De Croo dément. "L'information de La Libre Belgique est fausse", assure-t-il.

Le libéral flamand, qui a la tutelle de la Société fédérale de participations et d'investissement (SFPI), a pris le lead sur les discussions. Le patron de la SFPI, Koen Van Loo est l'un des huit experts du gouvernement censés sauver l'économie belge. C'est lui qui doit se pencher sur le sauvetage des grandes entreprises. Il nous revient qu'il connaît d'ailleurs bien la société.

Alexander De Croo assure que le moment n'est pas venu de parler de ce dossier. C'est déjà lui qui était sorti de ses gonds pour dire que rien n'était décidé sur une aide d'État, contrairement aux propos d'Etienne Davignon.  

Selon LN24, les négociations sur la table seraient en fait de 200 millions en crédit-pont et de 90 millions d'euros en "dons". Selon la châine d'information en continu, les Belges refuseraient ce genre de mécanisme qui reviendrait de facto à injecter des fonds quasi directement dans Lufthansa.

"Les positions sont tellement éloignées que les négociations ont été mises sur pause pour permettre de faire baisser la pression. Les Belges souhaiteraient entrer au capital de l’entreprise pour avoir une capacité de décision", écrit LN24.

10 milliards
d'euros
Lufthansa discuterait d'une aide pouvant aller jusqu'à 10 milliards d'euros avec les États allemand, suisse, autrichien et belge.

Lufthansa discuterait avec les différents gouvernements d'une enveloppe totale pouvant aller jusqu'à 10 milliards d'euros comprenant des garanties, des prêts et un renforcement des fonds propres. Selon certaines sources, les pourparlers se limitent à la forme que prendra le plan de sauvetage alors que le groupe se bat pour devoir répondre aux moins de conditions possibles.

Michael O'Leary menace de poursuivre ces aides

Mais la pression monte aussi d'un cran via Michael O'Leary le patron de Ryanair. Dans une lettre adressée à Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la concurrence, il menace d'intenter des poursuites judiciaires contre ces aides. Dans son courrier, Michael O'Leary s'oppose au "don arbitraire de milliards d'euros des pays de l'UE à leurs compagnies nationales inefficaces".

Il estime que toutes les compagnies aériennes européennes, en ce compris Ryanair, devraient pouvoir bénéficier de prêts garantis par les pays de l'UE et d'"autres avantages". Cela devrait se faire sur la base du volume de trafic aérien qu'ils fournissent dans un pays donné, soutient-il. Si ce n'est pas le cas, Ryanair ira en justice, prévient Michael O'Leary. Selon le patron, en cas de victoire, l'UE sera "forcée de prendre un virage embarrassant".

 

 

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