Aviapartner, le maillon faible de Zaventem

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Cela fait des années qu’Aviapartner suscite de l’inquiétude à Brussels Airport. Le bagagiste belge fonce-t-il tout droit vers la faillite?

Gestion chaotique, équipements obsolètes et grèves sauvages, de préférence juste avant les vacances. À Zaventem, cela fait des années que l’on se plaint d’Aviapartner.

Le bagagiste belge joue pourtant un rôle crucial à l’aéroport national. Aviapartner doit non seulement charger, décharger et trier les bagages des passagers, mais il s’occupe également de l’enregistrement (check-in) et du remorquage des avions sur le tarmac. Avec Ryanair et TUI Fly comme clients, Aviapartner détient environ 40% du marché à Zaventem.

Mais l’entreprise n’en profite pas vraiment. L’an dernier, d’après son dernier rapport annuel, Aviapartner affichait un déficit de 3 millions d’euros et traînait des pertes reportables de 24,3 millions d’euros.

Même si l’entreprise se partage depuis des décennies le marché de Zaventem avec son concurrent Swissport (anciennement Flightcare et Sabena Handling), elle ne réussit pas à dégager des marges acceptables. Les compagnies aériennes considèrent la manutention comme un des rares postes sur lesquels ils peuvent encore réaliser des économies. De plus, les contrats sont souvent conclus au niveau européen. Et les compagnies aériennes refusent de payer plus cher à Amsterdam qu’à Zaventem.

Chiffres rouge vif

40 millions €
La branche de Zaventem d’Aviapartner, qui affiche des fonds propres négatifs de 15,4 millions d’euros, traîne une dette de 49 millions d’euros.

Aviapartner doit d’urgence réduire ses coûts. 80% sont des frais de personnel. Au moment où la plupart des avions atterrissent à Zaventem – c’est-à-dire le matin entre 9 et 11h et le soir entre 18 et 19h – les bagagistes doivent traiter des milliers de valises. Mais pendant de nombreuses heures de travail, ils sont payés pour attendre.

Pour maintenir les frais de personnel sous contrôle, les manutentionnaires doivent traiter suffisamment de volume. À la fin de l’an dernier, Swissport a réussi à remporter le contrat avec le principal client de Zaventem, Brussels Airlines. Grâce à ce contrat, Swissport peut proposer de bonnes conditions aux autres clients.

Relation tendue

Swissport et Brussels Airlines vivent par ailleurs une relation tendue. Swissport n’a remporté le contrat en 2012 qu’à l’issue d’une féroce guerre des prix avec Aviapartner, guerre qui a fait tache d’huile dans tout l’aéroport. Résultat: tant Aviapartner que Swissport se sont retrouvés ces dernières années dans une situation financière impossible. La branche de Zaventem d’Aviapartner, qui affiche des fonds propres négatifs de 15,4 millions d’euros, traîne une dette de 49 millions d’euros.

Malgré ces problèmes, Brussels Airport a, en février dernier, renouvelé les licences de Swissport et d’Aviapartner, qui seront ces sept prochaines années les seuls bagagistes actifs à l’aéroport pour le transport de passagers. Ce n’est qu’en 2025 qu’un troisième acteur pourrait éventuellement les rejoindre.

Alors que la situation semble s’améliorer du côté de Swissport, le personnel d’Aviapartner continue à se plaindre d’un manque d’organisation et d’investissement. Les bandes transporteuses tombent régulièrement en panne, et certains véhicules roulent sans ceintures de sécurité ni portes. " Récemment, un collègue a foncé dans un mur parce que les freins de sa voiture ne fonctionnaient plus ", explique Fouad Bougrine du syndicat libéral.

Faillite?

Les syndicats s’inquiètent de l’avenir de l’entreprise. Ils craignent que les propriétaires d’Aviapartner – son président Laurent Levaux et le groupe américain de private equity HIG – déposent le bilan de leur filiale belge.

"Ce scénario n’est pas irréaliste", indiquent certaines sources à l’aéroport. "Il est possible qu’Aviapartner préfère déposer le bilan plutôt que de continuer à accumuler des pertes."

"Il est possible qu’Aviapartner préfère déposer le bilan plutôt que de continuer à accumuler des pertes."
certaines sources à l’aéroport

Chez Aviapartner, on dément fermement. "S’il l’entreprise fait faillite, ce ne sera pas à cause du management, mais des exigences absurdes des syndicats", a déclaré le directeur général Yves Nuyts. "La faillite n’est pas à l’ordre du jour." D’après la direction, Aviapartner est à nouveau en bonne voie. Il y a deux semaines, 50 nouvelles voitures ont été livrées à Zaventem. Et grâce au plan de restructuration (baptisé "Take-off"), l’entreprise serait à nouveau dans le vert (du moins avant la grève).

Certains observateurs nuancent l’endettement d’Aviapartner. Les groupes de Private Equity comme HIG font facilement glisser des dettes vers leurs filiales locales, afin que le holding reste financièrement sain. Pour l’entrepreneur belge Laurent Levaux, Zaventem reste un contrat prestigieux.

Ostende

Malgré tout, on ne peut pas exclure totalement une faillite. Il y a quelques années, Aviapartner a réparti ses activités belges dans plusieurs entités. Conséquence: il est plus facile de se défaire de certaines activités.

Ce week-end par exemple, Aviapartner a demandé un concordat judiciaire pour ses activités à Ostende, en pertes suite à la baisse des volumes. Aviapartner recherche (en vain) depuis quelque temps un repreneur pour ses activités à Liège et à Ostende.

La grève à Zaventem s’est entre-temps étendue à Liège, où des actions ont déjà eu lieu en juillet, pendant qu’un nouveau concurrent débauchait du personnel chez Aviapartner.

A Zaventem, un nouveau concurrentDNata – se profile à l’horizon. La branche de "handling" de la compagnie aérienne Emirates de Dubaï a obtenu une licence pour la manutention des cargaisons de vrac. Résultat: Brussels Airport a pour la première fois accordé une troisième licence. D’après certaines rumeurs, plusieurs clients d’Aviapartner envisageraient de passer chez DNata.

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