Publicité

Blocus sur le ciel biélorusse, une tuile pour l’aviation européenne

L'UE a "recommandé" aux compagnies du bloc d'éviter de survoler la Biélorussie suite au déroutement d'un avion de la compagnie Ryanair par les autorités biélorusses. ©VIA REUTERS

Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu le survol de la Biélorussie suite au détournement d'un vol Ryanair. Avec l'est de l'Ukraine qui est déjà une "no flight zone", éviter l'espace aérien du pays est compliqué.

Le secteur aérien se serait certainement bien passé de cette mauvaise publicité, alors qu'il lutte contre les conséquences de la crise sanitaire depuis plus d'un an. Des passagers d'un vol de ligne Ryanair qui voient leur avion détourné avec le renfort d'un avion de chasse, comme ce fut le cas ce dimanche, voilà qui ne va pas rassurer les personnes devant voler vers l'Europe de l'Est ou l'Asie.

Les dirigeants européens n'ont d'ailleurs pas tardé à réagir. Réunis lors d'un sommet européen extraordinaire, lundi soir, les Vingt-Sept ont recommandé aux compagnies européennes de contourner l'espace aérien de la Biélorussie. Ils ont également décidé de fermer leur propre espace aérien au pays.

"Nous modifions la trajectoire de nos vols vers l'Europe pour éviter le survol de l'espace aérien du Bélarus, et nous continuerons à suivre de près la situation."
Porte-parole
Singapore Airlines

Les compagnies réagissent

Ce mardi matin, de nombreuses compagnies aériennes s'étaient déjà pliées aux recommandations européennes. La compagnie balte AirBaltic a été la première à annoncer lundi qu'elle évitera dorénavant l'espace aérien biélorusse. "La sécurité et la santé de nos passagers et de nos employés sont la principale priorité de la compagnie aérienne", a précisé le groupe.

D'autres compagnies lui ont rapidement emboité le pas, comme SAS, Air France, KLM ou Finnair. Singapore Airlines a également annoncé, ce mardi, modifier la trajectoire de ses vols pour éviter le pays. "Nous modifions la trajectoire de nos vols vers l'Europe pour éviter le survol de l'espace aérien du Bélarus, et nous continuerons à suivre de près la situation", a indiqué un porte-parole de la compagnie singapourienne à l'AFP.

Brussels Airlines précise, de son côté, ne pas opérer actuellement de vols passant au-dessus de la Biélorussie. Évidemment, la donne est différente pour la maison mère de la compagnie aérienne, Lufthansa, qui a aussi décidé d'éviter le survol du pays.

Axe important

Un simple coup d’œil à une carte, et on l’aura vite compris: la Biélorussie est un axe important de l’aviation européenne.

En 2014, un vol de Malaysian Airlines était abattu au-dessus de l'Ukraine, faisant 298 morts. ©REUTERS

L'espace aérien au-dessus de la Biélorussie fait partie d'une route majeure pour les vols entre l'Asie et l'Europe et des compagnies comme Lufthansa ou FedEx Corp. Les compagnies aériennes ont acheminé le trafic au-dessus de la Biélorussie pour éviter la région agitée de l'est de l'Ukraine, interdite depuis qu'un avion Boeing 777 de Malaysian Airlines y a été abattu en 2014, faisant 298 morts.

Contourner la Biélorussie et l'est de l'Ukraine en même temps serait donc compliqué. L'agence européenne de contrôle du trafic aérien, Eurocontrol, a ainsi indiqué, à l'agence Reuters, qu'elle s'efforçait à aider les compagnies aériennes qui souhaitent contourner l'espace aérien biélorusse.

Eurocontrol attendait pas moins de 64 vols exploités par la compagnie biélorusse Belavia dans son espace aérien lundi.

Selon l'agence européenne, environ 2.500 vols utilisant l'espace aérien de l'UE ont décollé, atterri ou survolé la Biélorussie au cours de la semaine du 19 mai. 419 de ces appareils étaient exploités par Belavia. La compagnie aérienne assure actuellement des vols au départ ou à destination de 21 villes de l'Union, dont Charleroi.

"C'est néanmoins une ligne en moins, du coup, il y a un impact pour les voyageurs qui vont vers Minsk, mais aussi vers les destinations au-delà comme la Russie et tous les pays de l'Est."
Vincent Grassa
Porte-parole de Brussels South Charleroi Airport

Vol maintenu... Pour le moment

Du côté de l'aéroport de Charleroi, qui opère des vols directs vers Minsk, on précise que le prochain vol à destination de la capitale biélorusse, prévu ce samedi, est pour le moment maintenu.

"L'avion de lundi est bien parti vers Minsk, on attend des décisions de la compagnie aérienne pour le vol de samedi", précise Vincent Grassa, porte-parole de Brussels South Charleroi Airport. Si le vol avait lieu aujourd'hui il serait probablement annulé, note toutefois le porte-parole.

L'aéroport de Charleroi opère, en temps normal, 4 vols aller-retour Charleroi-Minsk par semaine, chaque avion transportant 70 à 80 passagers. Cependant, en raison de la crise sanitaire et du fait que Minsk se situe en dehors de l'UE, de nombreux vols sont annulés et la fréquentation de la ligne est plus faible qu'à l'habitude.

"C'est néanmoins une ligne en moins, du coup, il y a un impact pour les voyageurs qui vont vers Minsk, mais aussi vers les destinations au-delà, comme la Russie et les pays de l'Est", précise Vincent Grassa. "La principale conséquence à notre niveau, c'est qu'on devra, peut-être, renforcer les contrôles frontières pour cette destination. Mais on attend encore les recommandations."

"Actions illégales"

Lundi, Ryanair a "condamné les actions illégales des autorités biélorusses [...] il s’agit d’un acte de piraterie aérienne". Le patron Michael O'Leary a affirmé que des agents des services de sécurité biélorusses, le KGB, ont pu se trouver à bord du vol.

"Il s’agit d’un acte de piraterie aérienne"
Ryanair

L'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) "suit de près la situation du point de vue de la sécurité [...] Il a été recommandé aux autorités aériennes de transmettre cette information aux compagnies aériennes afin qu'elles puissent l'intégrer dans leur propre processus d'évaluation de risques".

Londres et Kiev ont déjà mis sur liste noire l'espace aérien de cette ex-république soviétique. La Lituanie et la Lettonie avaient appelé, dès dimanche, à ce que tous les vols internationaux évitent l'espace aérien biélorusse, une forme de sanction contre les autorités de ce pays.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés