Brussels Airlines prend une nouvelle trajectoire

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Lufthansa a confirmé lundi le départ du CEO Bernard Gustin. Le personnel est dans l’expectative, mais le président Étienne Davignon assure qu’il n’y aura pas de bain de sang social. On en saura plus mercredi.

La nouvelle était dans l’air depuis la semaine dernière. Elle a été confirmée par Lufthansa à l’issue d’un conseil d’entreprise du groupe qui s’est réuni lundi après-midi. Bernard Gustin, CEO de Brussels Airlines et son directeur financier Jan De Raeymaeker ne feront plus partie de la compagnie aérienne après le 31 mars. Le premier a été remplacé, dès le 1er avril, par l’Allemande Christina Foerster. Le successeur du second n’est pas encore désigné. D’ici-là, les deux futurs anciens responsables du transporteur aérien assureront la transition avec la nouvelle équipe dirigeante.

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Pas de plan social

Un conseil d’entreprise extraordinaire de Brussels Airlines a eu lieu lundi en fin d’après-midi à Zaventem où la décision a été confirmée aux représentants du personnel. Aucune information sur la nouvelle stratégie n’a été donnée. Désormais, la compagnie aérienne belge, dont Lufthansa a pris le contrôle total il y a un an, volera aux côtés d’Eurowings, la filiale low-cost de Lufthansa.

Son CEO, Thorsten Dirks sera présent à Bruxelles mercredi et devrait exposer les nouvelles orientations. En attendant, Étienne Davignon, le président de Brussels Airlines se veut rassurant. "Il n’y aura pas de plan social, ni de bain de sang social. On n’en a pas fait que nous perdions 100 millions d’euros. Ce n’est pas maintenant qu’on parle de développement qu’on va en faire", nous a confié Étienne Davignon, président du conseil d’administration de SN Airholding, la holding de Brussels Airlines.

"Il faudra trouver un modèle dans l’intérêt de Brussels Airlines et d’Eurowings."
Etienne Davignon
président de Brussels Airlines

Mais il précise dans la foulée qu’il y aura des adaptations sur les fonctions support (administration, back office, etc.). "Il y aura forcément des synergies et elles peuvent aller loin. Pour le personnel navigant, il ne devrait pas y avoir de problème", nous a confié un pilote de Brussels Airlines. Aucun changement ne devrait intervenir dans les opérations en 2018, car dit-on, la saison d’été commence dans environ deux mois et du personnel de Brussels Airlines est déjà envoyé à Dusseldorf pour voler pour le compte d’Eurowings. "Il n’y aura pas de changement pour les voyageurs parce qu’il y aura la continuité du service. Les programmes de fidélité ne changeront pas. Il faudra trouver un modèle dans l’intérêt des deux compagnies. Le sujet est compliqué et difficile, il n’y a pas encore de consensus", renchérit Étienne Davignon.

Il met le départ de Bernard Gustin et de Jan De Raeymaeker sur "une incompatibilité de relation entre les individus". Car Lufthansa entend poursuivre le développement de Brussels Airlines. "Brussels Airlines continuera sa croissance. Le professionnalisme, l’expertise et la passion des employés de Brussels Airlines sont des éléments essentiels sur notre voie commune vers le succès", a déclaré Thorsten Dirks.

"Une destination ne sera opérée que si elle est rentable et si on peut la faire de Dusseldorf ou de Francfort, les Allemands n’hésiteront pas. L’Afrique n’intéresse pas tellement Lufthansa au départ de Brussels Airport."
Etienne Davignon
président de Brussels Airlines

La question est de savoir si Lufthansa maintiendra pendant encore longtemps le modèle hybride mêlant une offre bon marché en Europe et des vols long-courriers (Afrique, USA, etc.). "Les consignes vont changer. Il ne sera question de la souplesse dont les dirigeants belges ont fait preuve jusqu’à présent. Une destination ne sera opérée que si elle est rentable et si on peut la faire de Dusseldorf ou de Francfort, les Allemands n’hésiteront pas. L’Afrique n’intéresse pas tellement Lufthansa au départ de Brussels Airport", nous a déclaré un membre du personnel de Brussels Airlines. Il se veut réaliste.

Divergence de vue

Le personnel ne s’émeut pas trop du licenciement des deux cadres dirigeants de la compagnie aérienne. "Il fallait s’y attendre. À partir du moment où la compagnie a été vendue à Lufthansa et que le groupe allemand en a pris le contrôle total, il fera ce qu’il veut, quitte à désigner celui en qui il a confiance pour dérouler sa stratégie", entend-t-on au sein du personnel de la compagnie aérienne belge. Certains d’entre eux n’excluent même pas un changement de nom. "Sur le plan psychologique, il est difficile d’accepter le changement, mais il faut être réaliste, Lufthansa ne fait que concrétiser sa prise de contrôle total de Brussels Airlines", commente un personnel de cabine.

Contacté par nos soins, Philippe Vander Putten, ancien patron de Brussels Airlines et aujourd’hui CEO du Comité olympique et interfédéral belge ne dit pas autre chose. Il avait signé la lettre ouverte paraphée par une cinquantaine de patrons belges demandant le développement des activités de Brussels Airlines à Bruxelles et un ancrage belge. "Le départ des deux responsables est probablement le fait d’une divergence de vue sur la stratégie que d’une simple question de personnes. C’est dommage car la compagnie a besoin de continuité et Bernard Gustin a l’énergie et la vision pour son développement. Mais c’est aussi le droit de tout actionnaire de nommer qui il veut pour diriger son entreprise. On verra si le résultat sera positif", dit Philippe Vander Putten.

Les dirigeants de Brussels Airport company, la société gestionnaire de l’aéroport national attend d’avoir des précisions sur la nouvelle stratégie de Lufthansa pour Brussels Airlines avant de réagir. Ils sont aussi dans l’expectative.

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En coulisses

Pas question de prendre un nouveau cataclysme social à la Carrefour dans les gencives à une semaine d’intervalle: le Premier ministre Charles Michel a donc pris le taureau allemand Lufthansa par les cornes dès jeudi dernier, quand il a appris l’intention qu’avait la compagnie allemande de mettre le CEO et le CFO belges de BA sur la touche.

Selon nos informations, le Premier ministre belge a eu un entretien téléphonique avec le CEO de Lufthansa Carsten Spohr ce week-end.

Dans la foulée, les services diplomatiques du Premier ont également pris contact avec les services de la chancelière allemande Angela Merkel. L’objectif pour les Belges est de s’assurer que Bruxelles et la Belgique demeurent une place importante dans le dispositif Lufthansa/Star Alliance et a fortiori qu’on puisse éviter des pertes d’emplois en Belgique.

De sources gouvernementales, on s’étonne que le président de BA, Étienne Davignon, ne se soit pas donné la peine de prévenir ni l’exécutif, ni son bras financier la SFPI. "C’est quand même une manière très personnelle et particulière de travailler", pointe-t-on. Côté allemand, on insiste sur le fait que Lufthansa n’a pas le moins du monde l’intention de désinvestir le hub bruxellois et qu’il s’agit avant tout de "problèmes personnels de confiance" avec Bernard Gustin.

La démarche des CEO belges visant à soutenir l’ex patron de Brussels Airlines a été particulièrement mal vécue par Carsten Spohr, qui juge qu’elle est partiale et uniquement destinée à salir l’image de Lufthansa en Belgique.

Pour le reste, les Belges ont rappelé aux Allemands qu’ils disposaient de quelques leviers en main, dont la délivrance des slots à Bruxelles-National.

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