Brussels Airlines (ré) ouvre les portes de l'Inde aux industries belges

©REUTERS

Une mission économique belge s’envole ce lundi pour Mumbaï, nouvelle escale de Brussels Airlines. Une belle vitrine promotionnelle. Pour SN, le pari est aussi audacieux qu’une liaison vers New York.

Ce lundi, une mission économique conduite par le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur Pieter De Crem (CD&V) s’envolera de Bruxelles à destination de Mumbaï. Brussels Airlines (SN) en profitera pour en faire son vol "inaugural" sur cette ville que l’on nommait autrefois Bombay. Le premier vol a en réalité eu lieu le 30 mars dernier et la compagnie a multiplié les "éductours" depuis lors. Un premier avec des travel managers, puis un, parti vendredi, avec des agents de voyages; un troisième donc avec des industriels.

L’Inde est le neuvième partenaire de l’Union européenne, mais celle-ci est le premier pour l’Inde. Un marché annuel de quelque 80 milliards d’euros avec une balance équilibrée: 40 milliards d’exportations et autant à l’import.

TOP 3 européen

Au sein de l’Union européenne, le marché le plus important est fort logiquement le Royaume-Uni (mais les Britanniques importent plus). Arrive ensuite l’Allemagne (qui exporte plus) et puis, ô (bonne) surprise, la Belgique avec un marché de 12 milliards d’euros. Et ici, la balance est largement en notre faveur: de l’ordre de 7,5 milliards d’exportations contre 4,5 milliards d’importations. À lire les chiffres d’Eurostat, c’est la balance la plus positive de toute l’UE.

Ceci est dû en grande partie à l’industrie du diamant. 80% des diamants sont taillés en Inde et on connaît l’importance de la Bourse du diamant d’Anvers. "Il existe donc un marché naturel entre la Belgique et l’Inde", note Emmanuel Menu, directeur égnéral Asie-Amérique du Nord-Europe de Brussels Airlines.

"Manu" Menu n’est pas un inconnu. Ce jeune quinquagénaire est entré en 1989 à la Sabena et a accompagné le lancement de SNBA jusqu’en 2003. Après deux ans en Thaïlande, il est entré au sein de la compagnie indienne Jet Airways en 2005. Deux ans plus tard, Jet Airways atterrissait à Bruxelles et elle y restée jusqu’à l’année dernière, avant son déménagement pour Amsterdam. C’est aussi à ce moment que Emmanuel Menu a décidé de quitter le transporteur, alors qu’il occupait le poste de directeur Europe continentale et Amérique du Nord.

Avec Air India

C’est donc un spécialiste du marché indien – "des Indiens en dehors de l’Inde" sourit Emmanuel Menu – qui a piloté l’ouverture de la ligne. Un choix qui a été non seulement avalisé, mais poussé par la Lufthansa, avant qu’elle n’acquière la totalité des parts de SN Airholding. Aujourd’hui, malgré la concurrence de Jet Airways à Schiphol, mais surtout des compagnies du Golfe à Bruxelles, le groupe Lufthansa détient 50% du marché Belgique-Inde.

12 milliards €
Au total, les échanges commerciaux entre l’Inde et la Belgique pèsent 12 milliards d’euros par an. La balance penche largement du côté belge avec 7,5 milliards d’exportations.

Rien que sur Mumbaï, aux cinq vols hebdomadaires de Brussels Airlines, il faut ajouter ceux de Lufthansa via Francfort (deux vols par jour) et Munich (un), ainsi que de Zurich avec Swiss (un par jour), soit 33 vols par semaine sur cette destination.

Au-delà même de la croissance naturelle du marché qui suit l’ouverture d’une ligne, il faut aussi se rappeler que, selon les statistiques de l’Iata, le marché domestique indien devrait connaître une croissance aussi importante que celui de la Chine. Voire la première d’Asie.

Mais pour capter le marché intérieur indien, il faut quand même des spécialistes. Et de préférence indiens. Le partenaire était tout trouvé, Air India, membre lui aussi de Star Alliance. Les deux transporteurs partagent donc leurs codes sur Bruxelles-Mumbaï et entre Mumbaï et Ahmedabad, dans l’Etat de Gujarat. Sur ces deux lignes, les compagnies commercialisent les places à leur guise, mais rétrocèdent une sorte de redevance qui a fait l’objet d’un "special prorate agreement" qui vise à récupérer les frais encourus. Pour le reste, SN peut vendre, selon des accords interlignes classiques, des places sur le réseau domestique d’Air India (une quarantaine de destinations de Mumbaï) et celle-ci sur le réseau européen de SN.

Pari insensé?

Mumbaï est surtout une destination d’affaires, comme montré plus haut. C’est aussi un pôle "Visit Friends & Relatives", c’est-à-dire que l’escale va attirer la diaspora indienne. L’avantage du vol est qu’il est direct. Pas besoin de faire une escale dans le Golfe et de changer d’avion, par exemple. La métropole est donc à distinguer de Delhi qui draine plutôt une clientèle diplomatique et touristique.

Le pari est-il insensé? C’est ce qu’on avait dit lors du lancement de New York, puis de Washington. Maintenant, Brussels Airlines ne peut que se féliciter de son initiative transatlantique. Emmanuel Menu est confiant, parce que tous les feux sont verts et les perspectives prometteuses.

"Rien que pour le marché diamantaire, le fait que nous puissions proposer un axe Mumbaï-Bruxelles (Anvers)-New York est un atout inestimable. D’autant plus que toutes nos connexions ont été calculées pour que les passagers venant de Mumbaï aient un temps d’attente réduit avant de repartir pour New York. Et vice-versa." Idem évidemment pour les connexions sur l’Afrique.

Tiens oui, l’Afrique! Dans la triangulaire diamantaire, ne manque-t-il pas Johannesbourg dans l’offre Brussels Airlines? La réponse aujourd’hui est que le groupe Lufthansa peut répondre à la demande. Et qu’il y a aussi des exploitations diamantaires en Afrique centrale. Mais ce n’est peut-être pas suffisant. L’Afrique du Sud, tout de même… Notre spécialiste national de l’Afrique devrait peut-être y réfléchir, non? Si ce n’est déjà le cas.

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