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Des avions transformés en meubles vintage

Hans Verbist, fondateur et patron de Fenix Recycling.

Fenix Recycling , une jeune société de démantèlement d'avions, se développe sur le site de Brustem. À côté du recyclage classique, elle veut produire du mobilier vintage avec des pièces déclassées.

Dans un ancien hangar, une véritable caverne d'Ali Baba pour passionnés d'aviation: des morceaux d'ailes et d'ailerons, des éléments de réacteurs, des rangées de sièges... Des dizaines de milliers de pièces parfois difficiles à identifier, des plus petites - des tasses avec différents logos - aux plus importantes, en l'occurrence le cockpit d'un vieux Boeing 727 séparé du reste de la carlingue. Nous sommes à Brustem (Saint-Trond), dans l'entrepôt 27 de l'ancienne base aérienne de la Défense, reconvertie aujourd'hui en aérodrome civil et en pôle de développement pour les start-ups du secteur aérien et des drones civils. À 300 mètres de là, vient de sortir de terre le bâtiment de l'incubateur DronePort, symbole de la réorientation du site vers ce nouveau segment de l'industrie aéronautique.

700
avions
L'Association internationale du transport aérien international (IATA) évoque quelque 700 appareils à déclasser chaque année.

Ce hangar construit par les Allemands durant le dernier conflit mondial abrite le trésor de guerre de Fenix Recycling, une jeune entreprise spécialisée dans le démantèlement et le recyclage de vieux avions. Un marché en pleine croissance. En raison notamment des contraintes environnementales, la durée de vie d'un avion est en train d'être ramenée à une fourchette de 10 à 15 ans, contre 20 à 30 ans auparavant. L'Association internationale du transport aérien international (IATA) évoque quelque 700 appareils à déclasser chaque année. Et avec le covid, ce chiffre ne fera sans doute qu'augmenter, vu qu'une partie des milliers d'avions immobilisés ne reprendront plus du service.

Une solide expérience

Fondateur et CEO de l'entreprise, Hans Verbist ne compte grignoter qu'une minuscule partie de ce marché. C'est que l'entrepreneur ne dispose que de peu de moyens pour l'instant. Il doit donc être rentable dès le départ - ce qui est déjà le cas -, pour ne pas subir le sort d'Aerocirular, située sur l'aéroport d'Ostende, tombée en faillite en mai malgré un accord signé deux ans plus tôt avec Lufthansa Technik. Même s'il est soutenu par les autorités locales, il ne dispose pas non plus des montants évoqués par le gouvernement wallon pour mettre sur pied une filière de recyclage d'avions près de l'aéroport de Gosselies, à savoir 39 millions d'euros.

"À six ans, j'étais déjà sous un avion. Mon père m'avait dit de ne jamais travailler dans l'aviation."
Hans Verbist
Patron de Fenix Recycling

S'il se voit comme le Petit Poucet de ce secteur relativement nouveau, Hans Verbist bénéficie d'une belle expérience. "A six ans, j'étais déjà sous un avion. Mon père travaillait à la Sabena et était responsable du hangar 40 à l'aéroport de Zaventem, où on faisait les grands entretiens des Boeing. Il m'avait dit de ne jamais travailler dans l'aviation. Mais cette passion ne m'a pas lâché" assure-t-il. Le jeune Hans abandonne donc une formation en comptabilité pour devenir magasinier chez European Air Transport (EAT) et chez DHL, où il termine responsable pour la réparation de pièces d'avions. Après un passage dans d'autres sociétés et une première aventure entrepreneuriale, il se lance dans le démantèlement d'un avion complet, sur l'aéroport de Malte. Fenix Recycling nait en 2016. D'autres appareils suivront, encore à Malte, mais aussi à Rome et à Chypre.

Dans un premier temps, le modèle est de déconstruire les avions sur place, faute d'installations suffisantes près du siège de Westmeerbeek . Mais rapidement, l'idée de travailler également en Belgique voit le jour. Les regards se tournent vers Brustem, qui cherche à attirer de nouveaux acteurs de l'aéronautique et dispose de possibilités à des prix plus modestes. Fenix Recycling s'y installe début 2021.

Pièces recyclables

Mais que fait-on avec les vieux avions? La première activité, ce sont les pièces révisables. "On vend les pièces qui sortent de l'avion" explique Hans Verbist. Cela part aux USA chez des spécialistes, qui font la révision, les certifient et les revendent aux compagnies. La traçabilité des pièces est très importante. Mais nous ne les révisons pas nous-mêmes, je ne veux pas me lancer là-dedans."

Le deuxième segment, c'est le recyclage. Aujourd'hui, ce pactole est mal utilisé, alors qu'environ 90% des pièces d'aéronefs peuvent être recyclées. "Dans un avion, il y a plein des choses. Des métaux exotiques, des câbles, des composites... On pense que c'est facile de trier, pas du tout. Cela prend du temps. On travaille en économie circulaire. Tout reçoit une nouvelle vie" explique le CEO. Pour les composites, Hans Verbist indique déjà travailler avec des clients au Royaume-Uni, qui utilisent des panneaux des cabines pour fabriquer des tableaux de bord pour des voitures. Il est par ailleurs en contact avec des acteurs belges du recyclage.

"J'ai trouvé un spécialiste pour transformer les métaux des avions en meubles vintage très aboutis."
Hans Verbist

Enfin, il y a aussi la vente pour les collectionneurs et les amateurs de pièces transformées. "J'ai trouvé un spécialiste pour transformer les métaux des avions en meubles vintage très aboutis. On peut aussi faire des lampes, des chaises... On voit clairement que cela provient d'un avion" note Verbist. Cette activité vient de démarrer, mais l'entrepreneur place beaucoup d'espoir dans ce nouveau filon. "La demande est encore embryonnaire en Belgique, mais elle est importante en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie. Au Royaume-Uni et aux États-Unis, il y a déjà de gros vendeurs". Par ailleurs, Fenix Recycling ouvre également son hangar tous les samedis aux particuliers pour de la vente directe. Selon le patron, "il y a énormément d'amateurs dans la région. Des anciens militaires, mais aussi des gens qui viennent de Hollande, d'Allemagne". Début septembre, une bourse d'échange a été organisée à l'initiative de la société. En Belgique, ce genre d'événement reste confidentiel, mais dans d'autres pays européens, cela attire des dizaines de milliers de personnes.

Hans Verbist indique recevoir deux à trois propositions par semaine. Actuellement, Fenix, qui ne compte que quelques personnes, peut travailler sur des avions allant jusqu'à 200 places maximum. Pas d'A330 ou de B747 donc. La société découpe encore les appareils à l'étranger avec des partenaires locaux, avant de rapatrier en Belgique par conteneur les pièces démontées. Elle prévoit néanmoins de faire venir bientôt à Brustem chaque année deux ou trois aéronefs, jusqu'à des appareils de type A320 ou B737. "Notre but n'est surtout pas de faire de Brustem un cimetière d'avions, mais on veut maintenant aller plus loin" conclut Hans Verbist.

Le résumé

  • Créée en 2016, la société de démantèlement d'avions Fenix Recycling vient de s'installer sur le site de l'ancienne base militaire de Brustem, en cours de reconversion.
  • À côté du recyclage classique et de la récupération des pièces révisables, elle veut produire du mobilier vintage avec des pièces déclassées.
  • Le nombre d'avions à recycler est en croissance régulière, avec l'augmentation de la flotte mondiale et la diminution de la durée de vie des appareils.

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