Des vols de ligne en jets privés vers Ibiza

Philippe Bodson d’ASL lance une ligne aérienne en jets privés vers Ibiza. ©Brecht Van Maele

L’entrepreneur aéronautique limbourgeois Philippe Bodson lance une ligne aérienne de jets privés vers Ibiza. Un pari calculé en ces temps de coronavirus. "Les voyageurs peuvent prendre place seuls ou à côté d’un proche. C’est bon pour la quiétude et la convivialité."

Pour 495 euros, se rendre en jet privé à Ibiza, avec en prime 25 kilos de bagages, des collations raffinées et un verre de champagne. C’est l’offre que propose l’entrepreneur aéronautique limbourgeois Philippe Bodson depuis le 4 juin sous l’enseigne Flying Executive. En vols hebdomadaires au départ de Bruxelles, avec un concept qui se situe entre le vol privé et la ligne aérienne classique: on peut s'inscrire seul ou à plusieurs, sans devoir louer toute la capacité de l'appareil.

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Le prix? À partir de 495 euros pour un aller simple en jet privé de Bruxelles vers Ibiza, avec 25 kilos de bagages, des collations raffinées et un verre de champagne.

Une ligne aérienne en jets privés n’est pas une première en Europe. Mais le timing de lancement en étonne plus d’un. Philippe Bodson, le patron d’ASL Group, a conscience de naviguer à contre-courant. "Cela va à l’encontre de toutes les tendances à l’œuvre dans le secteur aéronautique, mû par le low-cost. Mais cette offre répond parfaitement aux besoins de voyages post-corona."

Pour cette nouvelle formule, Philippe Bodson utilise deux avions du type Embraer, qui ne comprennent qu’un nombre limité de sièges (respectivement 30 et 42) mais avec plus d’espace pour les jambes (12 cm en plus) qu’un avion de ligne ordinaire.

L’espace intérieur — formé d’une dizaine de rangées avec un siège à gauche et deux sièges à droite — rend également le vol beaucoup plus agréable. "L’avantage est que les voyageurs peuvent toujours s’asseoir seuls ou à côté d’un proche", souligne-t-il. "En cette ère de Covid-19, c’est bon pour la quiétude et la convivialité."

Commission pour les agences de voyages

Cette ligne vers Ibiza doit marquer le coup d’envoi du développement d’un grand réseau. "Nous envisageons d’autres lieux de départ au Benelux et d’autres destinations en Europe." Pour y réussir, il pense à une collaboration avec des agences de voyages agréées, en leur offrant une commission de 10%. "Cela aussi, c’est inédit dans le secteur. L’époque où les compagnies aériennes payaient des commissions remonte déjà à plus de vingt ans."

"Nous envisageons d’autres lieux de départ au Benelux et d’autres destinations en Europe."
Philippe Bodson
Patron d'ASL Group

Le patron ambitieux d’ASL Group, qui gère quelque 35 appareils, a vu "s’envoler" une part importante de sa clientèle au cours des mois de coronavirus: de riches particuliers et de personnes d’affaires qui, moyennant un budget important, préfèrent désormais les vols privés aux vols de ligne. Le chiffre d’affaires d’ALS Group a chuté ainsi de plus de la moitié (50 millions d’euros l’an dernier). "Nous avons dû nous replier sur un autre segment, dédié aux vols de dons d’organe, aux rapatriements et à la livraison de matériel médical."

Philippe Bodson est convaincu cependant que le marché des jets privés redécollera rapidement, comme le secteur s’était redressé plus fort que jamais après les attentats du 11 septembre 2001. Les patrons d’entreprise et gens fortunés ont commencé à cette époque à privilégier les déplacements en appareils plus petits et plus chers, pour échapper aux strictes mesures de sécurité et aux longues files d’attente des grands aéroports.

Cette fois, c’est la crainte d’une contamination virale sur les lignes régulières qui renforcera cette tendance, prévoient les analystes qui ajoutent que la faiblesse historique des prix du carburant rendra aussi le coût des vols plus abordable.

Neutre pour le climat

"Les gens en ont assez des longs délais d’attente et des déplacements en masse dans de grands appareils", explique Amaury Verelst (28 ans), un jeune entrepreneur et promoteur immobilier de Nieuwerkerken qui voyage souvent dans les avions d’ASL Group: "J’ai une demi-douzaine de projets de construction en cours à Ibiza. Je prends donc l’avion en moyenne deux fois par mois pour me rendre sur l’île. Si, demain, s’ouvre un vol de ligne en jets privés, j’achète immédiatement une carte d’abonnement de dix ou vingt trajets."

Amaury Verelst estime que ce type de vols n’est pas réservé aux super-riches. La classe moyenne pourrait y trouver son compte également. "En haute saison, un billet en last minute pour Ibiza peut vite grimper à 350 euros. Ce n’est pas tellement moins cher que la nouvelle formule. Et en plus, on s’épargne les affres du corona."

Jan Onderdijk (82 ans), un Néerlandais de Brasschaat qui a fait fortune dans le secteur pétrolier et gazier, s’enthousiasme également pour le projet. "Les vols privés sont très onéreux. Je possède moi-même un appareil et sais ce que cela coûte. Si on peut aller à Ibiza, pour un prix relativement modéré, sans masque buccal mais avec un verre de champagne, cela comble un vide dans le marché."

Quant à l’empreinte écologique des vols, les clients n’ont aucun souci à se faire, souligne Philippe Bodson. "Toutes nos émissions de CO2 sont calculées et investies dans un projet qui retire de l’atmosphère la même quantité de CO2."

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