En pleine crise de l'aérien, Aviapartner redevient belge

Aviapartner décharge les bagages dans les aéroports, mais aussi s'occupe de l'enregistrement et du dégivrage des avions. ©Bart Dewaele/ID

Aux côtés de quelques managers, le président du conseil, Laurent Levaux, a racheté la part du fonds d'investissement américain HIG.

Alors que le secteur aérien traverse la pire crise de son histoire, c'est un sacré coup que vient de réaliser dans la discrétion Laurent Levaux. Aux côtés de quelques managers, l'actuel président du conseil d'administration vient de racheter la participation du fonds d'investissement américain HIG Capital dans la société de manutention, a-t-on appris à bonne source.

Et si l'homme d'affaires, aussi président du CA de Nethys, n'a pas souhaité commenter l'information, un résultat s'exprime quant à lui: la société qui décharge les bagages dans les aéroports, mais aussi s'occupe de l'enregistrement et du dégivrage des avions, se retrouve à nouveau complètement en mains belges. Mais aussi, sans plus aucun actionnaire financier.

Aux mains de fonds depuis 1995

Ce qui n'était plus arrivé depuis 1995, au moment où AvH avait décidé de prendre 25% du capital du prestataire de services à l'aéroport d'Anvers, fondé en 1949 par la famille Verougstraete – à l'époque, sous le nom "Belgavia".

Le reste appartient à l'histoire. Les mouvements capitalistiques se sont en effet enchaînés. Avec, en 2005, l'arrivée du fonds britannique 3i qui, en raison d'une politique d'expansion ambitieuse et d'une dette devenue trop lourde, a vu Aviapartner se retrouver au bord de la faillite après la crise financière de 2008-2009. Résultat, le fonds d'investissement appelait Laurent Levaux à la rescousse, qu'il connaissait depuis le sauvetage d'ABX Logistics. En effet, deux ans auparavant, les deux acteurs revendaient l'ex-filiale de la SNCB pour quelque 750 millions d'euros au danois DSV, deux ans seulement après l'avoir rachetée pour 10 millions.

Profil Aviapartner
  • Manutentionnaire aérien, fondé en 1949.
  • Actif dans une quarantaine d'aéroports (Belgique, Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne, Italie,...)
  • Plus de 6.000 employés
  • Aux mains, désormais, de Laurent Levaux et d'autres managers.

Une belle opération que 3i entendait répéter chez Aviapartner; le Liégeois étant nommé CEO dans la foulée – et entrait au capital à l'occasion d'une restructuration importante de la dette du manutentionnaire aérien.

Ce qui nous amène à 2014. Là, c'est au tour du fonds HIG d'entrer dans la danse, rachetant son concurrent britannique. Avec une nouvelle donne. Fifty-fifty. Le fonds américain détient 50% des parts, Laurent Levaux le restant. Du moins, au départ. Car au fil des ans, l'homme d'affaires se serait peu à peu dirigé vers une position majoritaire, et ce, après avoir lâché la gestion opérationnelle en cours de route. 

Levaux monte à bord avec le CEO

On en arrive donc à aujourd'hui. Alors que HIG souhaitait se défaire d'Aviapartner depuis quelque temps déjà, au vu des difficultés rencontrées par l'entreprise, le Liégeois a profité du contexte pour reprendre la main. Et ce, aux côtés de son bras droit, le Néerlandais Maurits Beerepoot, et de l'actuel CEO d'Avia, le Britannique Richard Prince.

Aucune information n'a filtré quant au montant de l'opération.

Aucune information n'a filtré quant au montant de l'opération. Mais ce qui est sûr par contre, c'est que sur son plus grand marché qu'est la Belgique, l'entreprise nage en eaux agitées depuis des années en raison des faibles marges de Zaventem. À ce titre, Aviapartner Belgium enregistre des pertes depuis des années et se débat avec des fonds propres négatifs. Et, pour ne rien arranger, les relations avec les syndicats sont loin d'être simples – et ce, depuis des temps immémoriaux.

Pour autant, 2018 a été une année de transition pour Aviapartner. Cruciale, même. Mais avec du positif: tout comme Swissport, le manutentionnaire a de nouveau obtenu sa licence à Brussels Airport. De quoi assurer ses revenus dans le pays pour 7 ans.

Mais le plaisir ne fut que de courte durée. Quelques mois plus tard, Aviapartner a subi un nouveau revers. Après une grève de plusieurs jours du personnel, l'entreprise a dû signer une convention collective de travail coûteuse qui, selon les mauvaises langues, hypothèque lourdement la rentabilité de ses activités au sein du plat pays.

Certes. Mais le PDG Levaux est fier que l'entreprise gagne par ailleurs de l'argent dans les aéroports de cinq autres pays. De quoi amener aujourd'hui le chiffre d'affaires annuel total à un peu moins d'un demi-milliard d'euros, bien qu'aucun chiffre consolidé ne soit disponible. Ce qui n'empêche pas le groupe de demander une aide de l'État en pleine crise du coronavirus. De l'ordre de 10 à 20 millions d'euros.

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