En sauvant Lufthansa, l'État allemand va-t-il sauver Brussels Airlines?

Si l'accord entre le gouvernement allemand et Lufthansa se traduit par une montée de l'État allemand au capital de la compagnie, cela donnerait un moyen de pression à la Belgique pour en faire de même avec Brussels Airlines. ©Photo News

La compagnie aérienne Lufthansa affirme être proche d'un accord en vue de son sauvetage par l'État allemand. Cet accord pourrait changer la donne pour Brussels Airlines.

En Belgique, où Brussels Airlines est en pleines turbulences, les pilotes se disent prêts à abandonner 45% de leur salaire pour éviter le bain de sang social annoncé. Mais avant tout, la compagnie aérienne attend un accord entre l'État belge et sa maison mère Lufthansa pour être renflouée.

20
%
Ce plan amènerait le fonds de stabilité économique du gouvernement fédéral à acquérir au moins 20% du capital de Lufthansa.

Les choses pourraient quelque peu se débloquer du côté allemand où le groupe Lufthansa ne se porte guère mieux. Ce jeudi, la compagnie confirme être proche d'un accord avec Berlin pour son plan de sauvetage de 9 milliards d'euros. L'État prendrait en échange une participation importante dans le groupe. 

"Le projet, qui n'a pas encore été finalisé, prévoit des mesures de stabilisation pour un montant allant jusqu'à 9 milliards d'euros, dont 3 milliards d'euros sous forme de prêt" de la banque d'investissement publique KfW, selon la compagnie. 

L'accord pourrait être officialisé ce jeudi, après approbation du plan par la direction. Une assemblée générale extraordinaire devra ensuite l'approuver, car ce plan va diluer la part de ses actionnaires actuels. La Commission européenne devra aussi donner son accord. 

L'État allemand au capital

Ce plan amènerait le fonds de stabilité économique du gouvernement fédéral (WSF), créé pour amortir les répercussions de la pandémie de coronavirus, à acquérir 20% du capital, ainsi que des obligations convertibles en actions valant "5% supplémentaires plus une action", a détaillé Lufthansa. La convertibilité pourrait être exercée "en cas d'offre publique d'achat par un tiers", ce qui donnerait de fait au gouvernement une minorité de blocage pour la faire échouer. En outre, deux sièges au conseil d'administration devront être octroyés en concertation avec le gouvernement fédéral, poursuit-on au sein de compagnie.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Reste à voir maintenant à quel point ce sauvetage sera bénéficiaire aux filiales étrangères de Lufthansa. Dans la semaine, des syndicats belges s'interrogeaient d'ailleurs: "L'Allemagne sera-t-elle prête à voir l'argent de son contribuable utilisé pour relancer une activité en Belgique?"

Porte ouverte?

Le CEO du groupe aérien allemand a rencontré les autorités belges la semaine dernière pour discuter des conditions posées par la Belgique à son aide financière. Carsten Spohr s'est toujours montré réfractaire à voir les États monter au capital de ses compagnies. Si l'accord avec Berlin se traduit effectivement par une montée au capital de Lufthansa de l'État allemand, il donnerait un nouveau moyen de pression à la Belgique pour en faire de même. Plusieurs partis demandent, en effet, au gouvernement d'obtenir une minorité de blocage.

À noter que la filiale autrichienne de Lufthansa, Austrian Airlines, a indiqué mercredi avoir trouvé un accord avec son personnel navigant sur des réductions de salaire et une réduction du temps de travail, susceptible de permettre une reprise des vols en juin, selon l'agence APA. 

Besoin d'agir, vite

Le groupe Lufthansa, qui emploie près de 140.000 personnes dans le monde, traverse une grave crise, avec environ 700 de ses 760 appareils cloués au sol, et plus de 60% de ses salariés au chômage partiel. En avril, elle a transporté moins de 3.000 passagers par jour, contre 350.000 avant la pandémie.  

Sa capitalisation boursière a chuté à quelque 4 milliards d'euros, la rendant vulnérable à une acquisition. Et selon Carsten Spohr, le groupe (qui comprend également Eurowings et Swiss) connaît une hémorragie d'"environ un million d'euros de liquidités par heure. Jour et nuit. Semaine après semaine".  D'après lui, la compagnie emploie 10.000 personnes de trop, et risque le dépôt de bilan sans injection d'argent frais. 

Lire par ailleurs notre carte blanche| L'aviation doit-elle être sauvée?

 

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés